Grèce : Le risque démocratique s'est réalisé! Par Martin d'Auch

Publié le 3 Novembre 2011

-Par Martin d'Auch

Grèce : Le risque démocratique s'est réalisé

 

argent-Euro.gifÀ peine la décision a-t-elle été connue que celui qui l'a prise a été attaqué, incendié, presque conduit à l'échafaud. Elle vient en effet au pire des moments pour nos gouvernants qui ne maîtrisent plus grand-chose, c'est-à-dire juste après le 6ème « plan » de « sauvetage », et juste avant le G20, où on aurait bien aimé papoter en toute quiétude.

Les gouvernements européens – et beaucoup de commentateurs – sont donc unanimement passés à l'offensive. Les plus polis se disent « surpris » et disent que G. Papandréou « joue avec le feu » (G. Krichbaum, de la CDU, dans Le Monde) ; d'autres trouvent cela « étrange », comme si « quelqu'un essa[yait] de se dégager de ce qui a été convenu » (R. Brüderle, du FDP). Les virulents sortent la grosse artillerie : « incompréhensible » (C. Estrosi), « anormal » et « pas loyal » (L. Parisot). J'oublie certainement les passages les plus croustillants.

Je ne vais pas dire que j'ai vu venir ; ce serait tout à fait erroné. Mais je prétends que c'est, justement, très compréhensible. J.-L. Mélenchon en donne une bonne raison : « Il y a eu 13 grèves générales en Grèce et chacune a réclamé un référendum, Georges savait qu'il ne pourrait pas tenir plus longtemps sans consulter le peuple grec. Aucun peuple au monde ne peut accepter de se voir annoncer un futur pareil. »

Il y a de quoi tomber d'accord.

En temps normal, les mesures de réajustement économique sont déjà très douloureuses : souvenons-nous de ce qu'ont enduré les pays « de l'Est » en 2008-2009 ou, un peu plus loin dans le temps mais plus proche dans les ordres de grandeur, la Russie et l'Ukraine dans les années 1990. Mais la situation actuelle est bien pire. 

Premièrement, le refus ânesque de nos gouvernants de se confronter à la réalité – j'entends par là l'insolvabilité totale et patente de l'État grec, que les investisseurs obligataires, pas idiots, ont depuis longtemps comprise et reflétée dans les prix de marché – a laissé les choses pourrir, et obligé le gouvernement grec à tenter le plus difficile des réajustements dans les conditions les plus terribles.

Deuxièmement, ce même refus les a empêchés de traiter les cas des autres États « périphériques » de la zone euro, dont il eût fallu dire explicitement que leurs difficultés relèvent de l'illiquidité plus que de l'insolvabilité, et qu'un soutien illimité – et justifié, celui-là – serait mis en place pour eux.

Troisièmement, je crois que très peu de gens parmi nous, et je ne fais nullement exception, prenons la mesure de ce qui se passe actuellement à Athènes. Même dans sa période relativement prospère, nous entendions déjà parler du dénuement de l'État grec face à l'immigration clandestine en Thrace et en mer Égée, ou alors des émeutes particulièrement violentes qui, de temps à autres, rendaient ce même État incapable de maintenir l'ordre public. Ces maux n'ont pu que devenir plus insupportables, et la pression sur le gouvernement en place, terrible. Acculé de toutes parts, il n'avait plus d'autre solution que de jeter cette ultime carte.

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Plus personne, aujourd'hui, n'est capable de prédire l'avenir, même à quelques semaines. Les réactions des investisseurs se font en ce moment, sur toutes les places financières du monde. Celles des petites gens, devant des écrans de télévision ou d'ordinateur qui, manque de chance, ne vont plus parler que de ça. 

Nos gouvernants savent maintenant qu'ils ont très peu de temps, quelques jours peut-être, pour proposer la solution cohérente qui, dans un monde idéal, serait arrivée sereinement il y a 18 mois.

Mais une chose est sûre : ils ne peuvent pas faire abstraction du référendum grec. Celui-ci ne sera retiré que s'il y a une contrepartie acceptable, à savoir une décote franche et massive sur la dette publique grecque, qui permette à ce pays exsangue de commencer – enfin – à se reconstruire. 

Dans le cas contraire, il n'y aura bientôt plus qu'une solution pour ce peuple poussé à bout : la rébellion. Avec les risques que cela implique.

Martin d'Auch

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Israël: une démocratie

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isabelle 03/11/2011 22:56



Je n'ai pas pu m'empêcher de faire la relation entre l'achat grec de matériel militaire et la révolte probable du peuple si on lui vole son référendum. Mais peut-être ai-je un pète au casque ...



Vanpyperzele 03/11/2011 12:38



Quant a la sécurité militaire,l'Europe ne saurait se passer de la Grece.



Vanpyperzele 03/11/2011 12:37



Quelque part je trouve que la Grece a raison,car si elle sort de l'euro,voire meme de la zone Europe,de nombreux investisseurs vont s'y installer et vont pouvoir produire a moindre couts des
produits typiquement européen qui nous manquent cruellement.



Epicure 03/11/2011 11:50



 


J'ai jugé la Grèce et les Grecs  en peu de mois après y être arrivé en voilier pour y croiser. L'excellence (archaîque quelque fois mais étonnante) et l'archaïsme SEUL autreemnt m'ont
fgrappé. De même que la richesse invraisemblable de l'église Orthodoxe. J'ai noté ce pays -Moins 3A, si j'ose dire!


Tien ne me surprend puisque en 91 la marina sur plan de Missolonghi n'est toujours pas réalisée voici trois ans selon un témoignage, et l'argent  des "études" englouti...sûrement dans les
poches des locaux architectes avbocats et édiles...Je présume?


Je n'aime pas le nouveau veau d'or actuel: le suffrage universel, sans valeur ni constructivité; mais dois avouer que dans certains cas, il permet à une population d'exprimer, non pas sa
compétence, hélas! mais au moins son ras-le-bol..


Au-delà, il reste les problèmes complexes et souvent insolubles car insupportés par les gens et que seule la frugalitépeut résoudre. On ne peut faire du clientèlisme qu'autant que dure l'argent
que Produisent les riches (industires savants et commerçants) pour satisfaire par des emprunts hypothéqués une population infantile qui n'accepte en aucun cas être privée de cadeaux de Noël...