Hamza Kashgari, un journaliste saoudien de 23 ans, a dû fuir son pays à la suite de messages sur son compte Twitter

Publié le 12 Février 2012

Par Catherine Ségurane

Signons la pétition : un jeune saoudien risque la peine de mort pour des blasphèmes imaginaires

Hamza Kashgari, un journaliste saoudien de 23 ans, a dû fuir son pays à la suite de messages sur son compte Twitter interprêtés comme des blasphèmes. Il a fui vers la Malaisie, où il a été arrêté. Il pourrait être extradé vers son pays d'origine, où il risque la peine de mort sources : 123).

En tous cas, vous pouvez regarder vous-même cette vidéo incroyable, qui nous offre l'occasion d'un sourire grinçant dans cette affaire qui pourtant n'est pas drôle : nous voyons le scheikh saoudien Al Qarni, la voix brisée, qui pleure de vraies larmes tant il se dit blessé, mais n'oublie pas d'assimiler les propos de Kashgari à ceux d'un apostat, ce qui implique la peine de mort. 

Tartuffe est surpassé ! Lui au moins ne demandait pas la mort les larmes aux yeux

Pour signer la pétition en faveur de Kashgari, c'est ici.

Le saoudien Hamza Kashgari, un musulman bien entendu, ne voulait pas blasphémer, mais seulement, le jour de l’anniversaire du prophète Mahomet, s’adresser à ce dernier sur Twitter, en une série de conversations fictives, avec ses mots à lui, son émotion, son désir de mieux comprendre Dieu et son prophète, d’en être plus proche ; ses doutes aussi.

 Voici une vidéo en arabe avec des extraits du compte Twitter de Kashgari :

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=8dLVXEPOVG4# !

Une amie Facebook m’en a traduit des passages ; en voici quelques-uns :

" Chacun a une réaction ! mais comment s’appelle celui qui observe ces désastres, ces catastrophes, ces ruines et qui ne réagit pas ! comment devrions nous le nommer ?"

" Mon copain me crie : où est Allah devant ces oppressions ? je lui réponds : je n’en sais rien ! mais ce que je sais : l’être humain, lui, il existe et il n’a pas fait le nécessaire pour arrêter les oppressions."

"Soyez bon ! ne faites de mal à personne ! vous récolterez la bonté elle-même ! et admettons qu’Allah existe : il veillera sur vous tant que vous resterez bon."

" Celui qui peut affirmer qu’Allah existe, c’est celui qui l’a vu l’a touché ! cette grandeur d’Allah ! cette peur enseignée ! ce paradis miroité ne sont que le fait de nos imaginations."

" Une société qui croit aux djinns, au mauvais oeil, à la sorcellerie, sans remettre en question son héritage n’a pas à donner des leçons aux autres civilisations." (en réponse, dans le cours d’une discussion)

" Si, avant d’écrire, tu avais peur d’un politicien, c’est que tu es un lâche. Sii tu avais peur du peuple, c’est que tu es un hypocrite. Et si tu avais peur d’Allah, c’est que tu ne le connais pas comme tu devrais."

« Aucune Saoudienne n’ira en enfer, parce qu’il est impossible de s’y rendre deux fois »

" Allah est une musique qui élève, qui te rend ton âme ; Allah est une musique paradisiaque, qui descend des paradis ou bien monte partant des coeurs."

"La prière n’est pas un acte raisonnable."

" Mohammed, je te dis le jour de ton anniversaire : j’ai aimé ta révolte mais je n’aime pas que tu sois sacralisé ; alors je ne te salue pas je ne prie pas pour toi." (Mohammed = Mahomet)

" En ce jour où tu es partout, il faut que je te dise : il y a en toi des choses que j’ai aimées, des choses que j’ai détestées et des choses que je n’ai pas comprises."

"En ce jour de ton anniversaire, je ne me courberai pas ! je n’embrasserai pas tes mains ! je te parlerai d’égal à égal ! je te sourirai comme tu le ferais pour moi ! je te serrerai la main et je te parlerai comme un ami ! rien de plus."

Ma copine Facebook ajoute, à propos de cette vidéo en arabe :

"Voila ce qu’il a dit ! texto. Les autres écrans intermédiaires (fond noir), c’est l’interprétation fallacieuse ! ils disent qu’il a insulté ! ils considèrent que c’est une insulte ! à la fin on voit les pages twiter qui le soutiennent et d’autres qui appellent à la vengeance ! et enfin le disque sort : il est sioniste, il est chiite....on connaît leur disque."

Voilà donc ce que l’on appelle un blasphème en Arabie saoudite. Bien que le jeune homme s’excuse sans tarder, la machine s’emballe. 

C’est toujours sur Twitter que Kashgari s’en aperçoit :

« Soudainement, il y a eu des milliers de tweets disant que je suis contre la religion et demandant que je sois exécuté ».

Il poste alors un tweet d’excuses : « J’ai effacé mes anciens tweets parce que je me suis rendu compte qu’ils pouvaient être pris pour une insulte au Prophète. Je ne veux pas être mal compris »

Mais le mal était fait. Une foule électronique en colère se déchaîne. Un " hashtag" (regroupement de tweets sur le même sujet) se forme, intitulé : « Hamza Kashgari le chien ».

Les propos du jeune homme soulèvent une levée de boucliers sans précédent sur la Toile et attirent plus de 30.000 réponses. Une page Facebook baptisée "Le peuple saoudien réclame l’éxecution d’Hamza Kashgari" est ouverte, et compte près de 10.000 membres.

Des amis lui conseillent de quitter l’Arabie saoudite immédiatement :

« Je ne n’attendais pas du tout à cela. C’était une énorme surprise. Mes amis sont des auteurs et des blogueurs, et maintenant leurs vies sont aussi en danger.Ils ont peur de ce qui va leur arriver. Le gouvernement tente de leur faire peur et de leur montrer que tôt ou tard, il connaîtront le même sort que moi »

Kashgari réussit à gagner la Malaisie, comme on l’a vu.

Le ministre saoudien de l’Information, Abdel Aziz Khoja, a immédiatement réagi en annonçant sur Twitter la décision d’interdire au jeune homme de travailler pour tout média dans le royaume.

Ce Khoja est lui aussi un gros sensible, et il y va aussi de sa larme :

 "Quand j’ai lu ses écrits, j’ai pleuré et j’ai été furieux de savoir qu’il y a quelqu’un dans le royaume, gardien des lieux saints, qui puisse s’adresser au Prophète de cette manière offensive", affirme Khoja, avant d’ajouter : "Nous allons prendre les mesures nécessaires contre lui".

Le comité des fatwas (édits religieux) présidé par le mufti, plus haute autorité religieuse du royaume, cheikh Abdel Aziz Al Cheikh, a affirmé dans un communiqué publié par la presse jeudi que les propos de Kashgari constituent une apostasie. Il a réclamé que le jeune homme soit jugé. Ce "crime" est passible de la peine de mort .

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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Catherine Segurane 12/02/2012 19:15


Depuis le moment où j'ai rédigé mon article, la situation a évolué négativement.


Kashgari a été extradé vers l'Arabie saoudite.


Les risques d'application de la peine de mort sont donc très concrets.