Histoire d'une beurette belge comme il y en a en France.

Publié le 19 Novembre 2011

Bonne Anniversaire cher papa.

Oui, cher père, c’est aujourd’hui ta fête.

Je voudrais retourner 16 ans en arrière,

Au temps où tu me préparais mon mariage forcé avec ton neveu,

Quand tu me disais : ne fais pas honte à ton père

Si parfois il m’arrivait de verser des larmes pour des coups que tu m’infligeais,

Tu les arrêtais bien vite en me disant :

Ramasse  et n’oublie pas que je suis ton papa.

Par tes coups, tu m’as appris à serrer les dents et

À faire face à la douleur.

Bien sûr, cela ne s’est pas fait en quelques heures,

Ce fut un long apprentissage

A force de ramasser des coups, ont finit par s’y habituer.

Je me souviens encore de la fois où tu as pris la ceinture avec laquelle tu m’as battue,

Je suis restée immobile sans bouger, sans hurler, sans pleurer.

Dans ma petite tête, je me disais ne crie pas, ne pleure pas il ce fatiguera et arrêtera.

Pourtant j’avais très mal, mais j’ai résisté.

Toi tu ne comprenais pas pourquoi je ne réagissais pas, alors tu as saisi la raclette.

Tu m’as donné des coups et avec la vice qui serrait cette raclette, tu m’as ouverte à l’arcade.

Mon sang coulait et ce n’est qu’à ce moment la que tu as arrêté.

Ce jour la, mon crime était d’avoir été chez la voisine sans avoir porté le foulard sur ma tête.

Je me souviens encore lorsque tu me disais : tu es une femelle, et ta place est au foyer tu vas apprendre à devenir une bonne épouse.

Je devais apprendre les bonnes manières : nettoyer, faire la vaisselle, repasser, servir mes sept frères, m’occuper des petits frères, cuisiner… et lorsqu’une chose était mal faite, tu m’éduquais en me donnant des coups.

Bien que je me laissais faire, je préparais un plan pour te quitter.

J’ai réussi en espérant qu’un jour tu me comprendras.

Quelques mois plus tard, je te croise par hasard.

Tes dernières paroles m’ont fait très mal.

Tu m’as dit : Je te répudie devant dieu.

Tu as privilégié le regard social à ton cœur.

Ce jour là, j’ai eu beaucoup de peine.

J’ai pris une décision qui n’a pas été facile.

J’ai décidé de faire ton deuil bien que tu sois en vie.

Mais malgré tout, je n’ai jamais cessé de t’aimer en silence.

Des années plus tard, tu décides de m’attaquer en justice.

Pour faire interdire mon livre de la vente.

J’avais beaucoup de peine à faire nos retrouvailles treize ans après au tribunal.

Mais j’étais aussi fière que toi, j’ai décidé de gagner cette fois.

Le jour de ma victoire, j’ai compris qu’ici sur terre nous ne nous reverrons plus.

J’ai appris à vivre avec. Et j’ai construit ma petite famille à moi.

J’ai du apprendre à mes enfants de faire de toi un inconnu.

Pourtant ce sont tes petits enfants que tu n’as jamais vus.

En début de cette année, alors que je rentrais dans la seizième année de notre séparation,

Tu me contactes et demandes de mes nouvelles.

Je me suis posé des questions, pourquoi subitement ? Après tant d’années ?

Est-ce un piège, un complot ???

La peur se mélangeait au bonheur.

Que dois-je faire ? Dois-je accepter ou refuser ?

J’ai décidé de mettre ma peur de coté et de prendre sa main qu’il me tendait et tant pis si c’étais un faux espoir, j’aurai essayé.

Depuis quelques mois, j’ai retrouvé un papa, et mes enfants ont fait connaissance avec leur grand père.

Ce père que j’ai toujours aimé s’est remis en question et a décidé de ne plus vivre pour le qu’en dira t on.

 Après seize ans d'éloignement, moi  la militante et toi le traditionaliste, nous nous sommes réconciliés.

 

Et je ne peux que te dire ceci :

Merci, papa, par ton dévouement,

Tu m’as donné le plus beau des bagages qui soit :

Le courage d’affronter les obstacles de la vie.

Si je t’ai déçu,

Pardonne-moi, de ne pas avoir compris.

Je sais aujourd’hui que tu n’y pouvais rien, tu es arrivé dans les années 60 en Belgique.

Sans aucun bagage, sans connaitre la langue du pays qui t'a demandé de venir travailler.

Sans connaitre le système, les lois, les devoirs, les droits…

En réalité tu n’as fait que nous éduquer comme dans ton village au bled.

Tu avais peur de t’ouvrir à ce monde occidental que tu ne connaissais pas.

Ce pays qui ne t'a donné aucun outil pour t’intégrer comme il se doit.

Tu as vécu dans l’ignorance et t’es réfugié dans un monde sectaire.

Un monde où règne les traditions archaïques et extrémistes.

Mais aujourd’hui papa, je suis fière de toi.

Tu as réussi à bannir le qu’en dira t on pour l’amour de ta fille.

 

Après toutes ces années de durs labeurs,

Tu mérites d’avoir une fille meilleure.

Je t’aime papa !!!

Ta fille, Karima.

 

Karima Safia


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Avec moi à la fin de sa conférence au Sénat en 2011.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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francis Claude 19/11/2011 16:03


bravo chrére Karina...bravo a son Papa, vous devez etre ce que nous cherchons depuis des années des musulmans modéres et tolérants, mais j'ai bien peur tout en ne le souhaitant pas que vous soyez
"l'exeption qui comfirme la régle".

Philippe Boehler 19/11/2011 15:39


Merci Gérard pour ce texte, bravo pour ton courage...Remercie  également KARIMA et félicite-là pour ce qu'elle a osé publier...