Histoire de classes moyennes et de malaise social.

Publié le 28 Avril 2012

Le Monde

C'est un sujet récurrent des discours politiques que tente de cerner l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), le centre de recherche et de prévision économiques deSciences Po, dans un rapport publié cette semaine, signé du sociologue Louis Chauvel et intitulé Les Raisons de la peur : les classes moyennes sont-elles protégées de la crise ? On y apprend que si l'expression est en soi conflictuelle, dans la mesure où il n'y a pas une seule classe moyenne, elle souligne bien le problème du malaise social de ces groupes sociaux, souvent perçus comme relativement protégés.

Si l'on peut considérer que les classes moyennes se maintiennent dans leur statut, avec un"affermissement de la protection dont elles jouissent et [une] ascension économique confirmée, thèse qui rend paradoxale la peur de déchoir qui les anime", reconnaît M. Chauvel, on peut aussi penser qu'elles sont sujettes à une "remontée objective de problèmes sociaux, naguère confinés dans les classes populaires (employés et ouvriers, deux groupes sociaux dont les salaires horaires sont semblables)".

LA THÉORIE DU MORCEAU DE SUCRE

La note de l'OFCE adopte le second point de vue et s'attache à montrer que des difficultés croissantes des catégories populaires, par exemple le risque de chômage, remontent progressivement au sein des classes moyennes intermédiaires, dont on ne peut plus direaujourd'hui qu'elles sont protégées. "Il s'agit d'un élément de la théorie du morceau de sucre au fond d'une tasse de café : si la partie supérieure et moyenne de la société semblent toujours intactes, l'érosion continue, progressant par capillarité de la partie immergée, la menace d'une dégradation inévitable, si rien n'est fait", rapporte l'auteur.

Le niveau de vie relatif des classes moyennes intermédiaires a connu son apogée à la fin desTrente Glorieuses, rappelle-t-il. "Depuis la fin de cet âge d'or, la stagnation des salaires et des revenus, la réduction des écarts salariaux avec les classes populaires en emploi, le risque inédit de chômage, l'expansion numérique des diplômes située très au-delà des places disponibles dans les professions intermédiaires, le déclassement scolaire qui s'ensuit, etc. ont été autant de dimensions problématiques (...) soulignant l'existence d'un malaise bien réel."

LE RÔLE DES DIPLÔMES

Selon l'étude, il est possible de montrer que, du point de vue des diplômes, la population des classes moyennes intermédiaires se répartit entre les cadres ayant manqué leur entrée véritable dans les classes moyennes supérieures, faute de places en nombre suffisant, et d'autre part les survivants d'une concurrence exacerbée, témoins de la rétrogradation d'un nombre croissant de personnes de même niveau de qualification.

Se référant aux travaux d'autres chercheurs, Louis Chauvel rappelle que la dynamique sociale des années 1960 à 1980 n'était pas simplement fondée sur l'expansion numérique des classes moyennes, mais aussi sur "un projet social et politique cohérent, aujourd'hui déstabilisé". Pourrenouer avec cette dynamique, il faut, affirme l'auteur, miser sur "l'investissement productif dans des secteurs porteurs d'avenir de long terme". Ou sinon, faute de comprendre les causes réelles du malaise des classes moyennes et d'en traiter les origines, "nous pourrions bien nous préparer à une décennie problématique", avertit M. Chauvel.

Lire l'intégralité du rapport

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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