Historiquement correct-Pour en finir avec le passé unique par Jean Sevilla.

Publié le 18 Novembre 2011

 

Présentation du livre de Jean Sevilla.

L’historiquement correct, c’est le politiquement correct appliqué à l’histoire : ce n’est pas une lecture scientifique du passé, une tentative de le restituer tel qu’il a été, c’est une interprétation idéologique et politique du monde d’hier, visant à lui faire dire quelque chose pour les hommes d’aujourd’hui, avec les mots et les concepts d’aujourd’hui.

L'historiquement correct ne cherche pas à comprendre le passé pour éclairer le présent : il part du présent pour juger le passé. Dans cet état d'esprit, l'histoire devient un écran où se projettent toutes les passions contemporaines. A l’école, à la télévision ou au café du Commerce, l’historiquement correct règne en maître, proposant une histoire tronquée, falsifiée, manipulée. Et c’est ainsi que l’on voit tous les jours traquer l’obscurantisme, l’impérialisme, le colonialisme, le racisme, l’antisémitisme, le fascisme ou le sexisme à travers les siècles, même si ces mots n’ont pas de sens hors d’un contexte précis : l’historiquement correct s’en moque, car son but n’est pas la connaissance mais la propagande. L’historiquement correct pratique l’anachronisme (les événements d'hier sont évalués selon les critères de notre époque) et porte des jugements manichéens, le Bien et le Mal étant définis selon les valeurs qui ont cours aujourd’hui.

Du Moyen Age à la guerre d’Algérie, ce livre étudie dix-huit points chauds de l’histoire française et européenne, plusieurs d’entre eux concernant directement l’histoire du catholicisme : les croisades, les cathares et l’Inquisition médiévale, l’Espagne des Rois Catholiques, les guerres de Religion, l’Ancien Régime, les Lumières et la tolérance, la Révolution et la Terreur, les catholiques sociaux au XIXe siècle, l’abolition de l’esclavage, la colonisation, l’antisémitisme et l’anticléricalisme des années 1900, l’affaire Pie XII. Exposant les événements en les replaçant dans leur contexte, cet ouvrage rappelle des faits oubliés ou dissimulés, qui bousculent les schémas préétablis et les jugements préconçus.

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Voir interview ICI (Vous pourrez constater le niveau de culture historique du bobo-gaucho Gérard Darmon et de ses quelques compères à une des émissions de  Thierry ARDISSON! Le genre d'émissions qui me donnent des boutons -Ndlr Gérard Brazon

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Jean Sévilla à l'occasion de la sortie de son livre Historiquement incorrect répondait le 7/11/2011 à une interview dans le journal Famille Chrétienne

Question (Famille Chrétienne)Comment se définit, en Histoire, le « politiquement correct » ?

Réponse (Jean Sévilla) : Globalement, il s’agit d’une lecture du passé commandée par l’idéologie actuellement dominante. Quelle est cette idéologie ? Celle d’un monde sans frontières, où les enracinements sont condamnés par principe ; d’un monde multiculturel, où toutes les civilisations sont déclarées égales ; d’un monde voué au libre-échange humain et matériel, où toute référence morale et métaphysique est bannie dès lors qu’elle paraît faire obstacle au libre-arbitre individuel.

Dans la pratique, en France, le politiquement correct appliqué à l’histoire se traduit par un anti-occidentalisme systématique, par l’aversion à l’égard de notre héritage national, et surtout par une animosité non-dissimulée envers la présence du christianisme dans notre histoire, spécifiquement envers le catholicisme.

Sur le plan méthodologique, le phénomène se traduit par trois procédés principaux. D’abord l’anachronisme : le passé est jugé à partir des critères du présent. Analyser le Moyen Age, par  exemple, époque communautaire et sacrale, au nom des droits de l’homme et d’une vision sécularisée de la société, c’est s’interdire de comprendre la civilisation médiévale. Deuxième procédé : le manichéisme. Les bons sont opposés aux méchants, mais toujours selon les canons d’aujourd’hui. Troisième procédé, enfin, la simplification. Alors que l’histoire est le lieu de la complexité, le politiquement correct interprète le passé en fonction d’un ou deux facteurs explicatifs (le racisme, l’intolérance, etc.) tirés de l’arsenal idéologique contemporain.

Lutter contre le politiquement correct en histoire, c’est tenter de retrouver la vérité d’une époque, que cette vérité soit ou non plaisante à nos yeux.

FC : En 2003, vous avez écrit « Historiquement correct ». En 2011, vous publiez « Historiquement incorrect ». Y a-t-il une évolution ?

JS : [...]Mon Historiquement correct, il y a huit ans, faisait ainsi état de la polarisation du débat historique, dans les années 1990, autour des années d’occupation. La décennie 2000-2010 a plutôt été caractérisée par les polémiques concernant le bilan de la colonisation. Un durcissement s’observe actuellement, nourri par un véritable terrorisme intellectuel, autour de tout ce qui touche à l’histoire de l’islam.

FC : Comme tristement exemplaire, vous évoquez l'affaire Gouguenheim, polémique sur ce que l'Occident médiéval doit aux Arabes...

Après la publication de son livre Aristote au Mont-Saint-Michel, Sylvain Gouguenheim, enseignant à l’Ecole normale supérieure de Lyon, a subi une véritable chasse aux sorcières, visant rien moins qu’à obtenir son interdiction professionnelle. Tout cela au nom de la tolérance, bien entendu…

Tout cela parce que ce médiéviste remettait en cause la vulgate aujourd’hui installée selon laquelle le passage de la culture antique vers l’Occident s’est opéré grâce aux philosophes arabes. Gouguenheim n’a fait que rappeler que le Moyen Age latin a travaillé directement sur les textes grecs, que certains de ces textes lui parvenaient par le canal de Byzance, que les traducteurs arabes, dans le monde musulman, étaient souvent des chrétiens, et que, globalement, le monde islamique n’a utilisé qu’une faible part de la pensée hellénique. Ce sont des faits historiquement établis, mais comme ils contreviennent au cliché d’une civilisation musulmane ouverte aux autres cultures, il devient interdit de les rappeler.

FC :Vous parlez beaucoup de la France. N'est-ce pas le cœur du malaise ?

JS : Un pays qui doute de son identité au point d’être incapable de s’accorder pour la définir, comme on l’a constaté lors du débat de 2009-2010 sur l’identité nationale, est mal armé pour regarder son passé, et partant mal armé pour aborder l’avenir : pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient.

(...)

FC : En Histoire, la vérité finit-elle toujours par triompher du mensonge ?

J’aimerais le croire, mais je n’en suis pas certain. Des mensonges, infiniment répétés, répercutés par l’école, les médias ou l’air du temps, finissent par s’imprimer profondément dans les esprits, et le travail nécessaire pour les démasquer est sans fin. Ce n’est pas une raison pour se décourager. D’autant que des victoires peuvent être remportées. Par exemple, si les crimes du communisme sont moins rappelés que ceux du nazisme, plus personne ne nie aujourd’hui les horreurs de Katyn ou du goulag, ce qui n’était pas le cas il y a encore trente ans. En histoire aussi, seule la vérité rend libre.

Interview paru dans Famille Chrétienne.

Propos recueillis par Jean-Marc Bastière

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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nana 19/11/2011 15:56


J'ai lu avec bonheur "hisoriquement correct" et je me procurerai rapidement ce nouvel ouvrage !!! Il devrait être dans toutes les bibliothêques et surtout sous le coude de tous les profs
d'histoire !!!

Epicure 19/11/2011 03:58


La Vérité, qui (en science et en histoire) fini par être la Réalité gagne toujours in fine...Mais notre "Temps" n'est évidemment pas celui de l'Histoire: Nous mourrons sous les tortures de Pierre
ou Paul mais ce ne sera que 4 siècles plus tard que Pierrre et Paul seront condamnés ad eternam "malgré la notion d'anachronisme" relevée par Sevilla....


Car il y avait alors "des gens" DE CETTE EPOQUE, un Las Casas par exemple, qui ETAIT ALORS CAPABLEs DE S'INSURGER ET COMPRENDRE CE QUE D'AUTRES NE COMPRENAIENT PAS.


Ce que la Majorité commet n'est pas disculpé alors par le fait que c'est la majorité qui Juge Ainsi...puisqu'il y a quelques personnes de Qualité qui jugent Autrement, BIEN.


Ainsi, on  peut CONTEXTUALISER un Fait mais cela ne le disculpe QUE SI aucune exception humaine n'y a dérogé. Un Inquisiteur reste un barbare mental paranoïaque et pervers, quand il a en
facede lui, un Dominicain qui lui oppose une vision Humaine de la même foi...Un Waffen SS français reste bien un traître à son pays et un immoral politique alors même qu"il dit avoir agi "De
bonne foi"...? Son destin politique  n'est pas (comme pour Katyn) un destin de vaincu mais un destin d'Egaré. La seule malchancxe est qu'il a perdu de son vivant alors que ceus de katyn ont
perdu Après leur mort...Mais ils ont perdu, Tous, aux yeux de la Morale et de l'Histoire.Ils ont pour explication qu'ils étaient malades (fous-normaux historiques) mais l'excuse ne vaut pas
puisque d'autres ont fait le bon choix moral d'abord, et donc Historique....