"Hollande est en passe de constituer un Etat PS"

Publié le 1 Février 2013

Par Carl Meeus

«Je défends l'idée d'un <i>spoils system</i> à la française pour une centaine de postes de hauts fonctionnaires», explique Luc Chatel.

«Je défends l'idée d'un spoils system à la française pour une centaine de postes de hauts fonctionnaires», explique Luc Chatel. Crédits photo : PATRICK KOVARIK/AFP
  • NTERVIEW - Luc Chatel, ancien ministre de l'Éducation nationale, dénonce, dans Le Figaro Magazine, «une véritable chasse aux sorcières» chez les hauts fonctionnaires.LE FIGARO MAGAZINE. - Vous dénoncez les dernières nominations du gouvernement.

INTERVIEW - Luc Chatel, ancien ministre de l'Éducation nationale, dénonce, dans Le Figaro Magazine, «une véritable chasse aux sorcières» chez les hauts fonctionnaires.

LE FIGARO MAGAZINE. - Vous dénoncez les dernières nominations du gouvernement.

Luc CHATEL. - Plus de 30 % des préfets ont été changés, près de 50 % des recteurs dans l'Éducation nationale. Ce n'est plus un mouvement, c'est une véritable purge! On assiste à une chasse aux sorcières sans précédent ou, en tout cas, équivalente à celle de 1981. Mais cette fois-ci, en totale contradiction avec les engagements de campagne de François Hollande. Candidat socialiste, il nous avait promis un État impartial! Président, il est en passe de constituer un État PS. C'est cela qui me choque.

Quelles nominations vous choquent plus particulièrement?

Celle d'Olivier Schrameck à la présidence du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Pour moi, c'est le reniement total des engagements du président de la République. Je ne conteste pas ses compétences de haut fonctionnaire. Elles nous avaient échappé dans le secteur de l'audiovisuel! Mais il n'y a pas que la nomination des amis de M. Hollande qui me choque. C'est aussi le fait que cela s'accompagne d'une chasse aux sorcières qui ne s'embarrasse ni des formes ni du respect des hommes: on coupe des têtes en silence et sans même prendre la peine de mettre des gants. Prenez l'exemple de M. Canepa, préfet de la région Ile-de-France, haut fonctionnaire réputé qui a été remplacé du jour au lendemain alors qu'il était à six mois de la retraite et à qui on n'a pas trouvé de poste. Le doyen de l'Inspection générale de l'Éducation nationale a été limogé contrairement à tous les usages et remplacé par un fonctionnaire militant! Deux préfets en mission de service public, Olivier Buquen et Renaud Bachy, ont été remerciés avant même leur titularisation. C'est du jamais-vu!

Sarkozy n'a-t-il pas procédé de la même manière?

«À l'inverse de François Hollande, Nicolas Sarkozy a fait l'ouverture! Il a nommé un député socialiste président de la Cour des comptes. Combien de fois ai-je entendu le président dire à propos d'une nomination d'un préfet ou d'un ambassadeur: «On ne pourra pas dire que nous sommes recroquevillés dans notre camp.» D'ailleurs, cette vision très moderne d'une démocratie ouverte, apaisée, lui avait parfois attiré les foudres de sa propre majorité. Ça ne risque pas d'arriver à François Hollande… Où est le Didier Migaud de droite de M. Hollande?

Que préconisez-vous?

Je défends l'idée d'un spoils system à la française pour une centaine de postes de hauts fonctionnaires. Une modernisation de notre démocratie qui devra s'accompagner d'un système de passerelles pour les hauts fonctionnaires sortants qui ne doivent pas être victimes de leur engagement pour la poursuite de leur carrière. Mais aussi d'un renforcement de l'indépendance des nominations à la tête des grandes institutions. Je propose ainsi d'ouvrir une seconde étape après celle ouverte par Nicolas Sarkozy en 2008: il avait permis de soumettre les nominations à l'approbation des commissions du Parlement, sauf veto des deux tiers de leurs membres. Inversons le système: les personnalités nommées par le chef de l'État devraient être approuvées par les deux tiers des membres des commissions parlementaires. Cela obligerait le président à nommer des personnalités œcuméniques et non plus les affidés d'aujourd'hui. C'était d'ailleurs une proposition de M. Hollande pendant la campagne. Curieusement, il ne l'a plus évoquée depuis qu'il est entré à l'Élysée..

Par Carl Meeus

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Claude Germain V 01/02/2013 16:59


En definitive dans un sens comme dans l'autre , Sarkozy1er ou Hollande = deux grosse merdes fascistes ........... pour ne pas dire autre chose  ...

Epicure 01/02/2013 11:42


En effet, une fois encore ad libitum depuis la Révolution, union sacrée de tous pour la distribution systématisée des fromages....


Au lieu de gérer dans l'intérêt des citoyens...


Vive le spoil system qui en effet spoils les citoyens surtout...Dans tous les cas.
mais les Français, le peuple le plus versatile selon mon prof d'Histoire (1956) est toujours à vouloir le contraire (sondages) de ce pour quoi il a voté ...Et bien vu par La Boëtie en 1549, il
rêve d'être soumis, sans responsabilités, comme un gamin de 5 ans, pour pouvoir, à Loisir, faire des caprices sans risques...(Manifs à la con...)