Hommage à David G. Littman (1933-2012) par Véronique Chemla

Publié le 23 Mai 2012


De sa haute taille, David Gerald Littman a arpenté avec élégance les continents.
Le jour de leur mariage, sa femme, la future Bat Ye’or, lui avait enjoint de « parler le français avec humour » ? David G. Littman s’était exécuté à la perfection, pour le plus grand bonheur des spectateurs de ses conférences.

Historien et militant des droits de l’homme
David G. Littman est né dans une famille britannique Juive bourgeoise.
Licencié en histoire moderne et sciences politiques de Trinity College Dublin (BA & MA), ce sportif accompli a continué ses études à l’Institut d’archéologie, Université de Londres.

De son éducation et de son tempérament affirmé, émanaient chez David G. Littman une rectitude, un respect à l’égard d’autrui, un flegme qui n'excluait pas la passion, une pudeur à l'égard de drames intimes, une grande exigence morale, un scrupule manifeste jusque dans les détails, une franchise et une chaleur à l’égard de ceux qu’il respectait et aimait. Magna est veritas, et praevalebit / La vérité est puissante, et triomphera, telle était la maxime latine par laquelle il dédicaçait son ultime livre magistral L’exil au Maghreb, la condition juive sousl’islam 1148-1912 (Presses universitaires de Paris Sorbonne, 2010) présenté notamment lors d’une conférence de presseau CAPE (Centre d’accueil de la presse étrangère) à Paris. L’indicatrice aussi de son objectif, de sa combattivité et de son optimisme.

David G. Littman a épousé Gisèle Orebi, contrainte de quitter, avec sa famille Juive, son Egypte natale. Et c’est lui qui a conçu son nom de plume d’historienne, Bat Ye’or(fille du Nil, en hébreu). Tous deux ont contribué à fonder WOJAC (World Organization of Jews from Arab Countries) en 1974-75 : ils ont milité pour faire reconnaître l’« exode oublié »d’environ un million de réfugiés Juifs du monde arabe, de Turquie et d’Iran.

David G. Littman a encouragé, soutenu et admiré le travail pionnier de Bat Ye’or sur la dhimmitude, Eurabia et la marche vers le califat. Dans ce couple d’intellectuels et de militants dévoués, chacun s’est épanoui en produisant sestravaux originaux et passionnants dans une émulation sans nuage ainsi que dans une entente profonde, en défrichant des domaines méconnus, voire inconnus, et hors cadre universitaire –tout en s’imposant tous les critères intellectuels des chercheurs. Il a affronté avec courage et détermination l’hostilité, y compris parmi les communautés juives institutionnalisées, suscitée par leurs écrits historiques sur des sujets sensibles.

Il découvre dans des livres l’horreur et l’histoire de la Shoah. Horrifié, il est décidé à agir en faveur du peuple Juif persécuté.

En 1961, alors que l’immigration des Juifs du Maroc était interdite, il a contribué avec le Mossad, sous le nom de code de « Mural », à la sortie de 530 enfants Juifs marocains vers l’Etat d’Israël, via la Suisse (« Opération Mural » : Casablanca1961, film de Yehuda Kaveh, 2007). Grâce à lui, le passeport collectif a permis l’aliyah des Juifs du Maroc. En 2009, ce Sioniste a été distingué comme le sixième Héros du silence d’Israël lors d’une cérémonie présidée par Shimon Peres. Tous les bénéfices du DVD sont « destinés aux enfants mentalement handicapés en Israël ».

Dès 1969, David G. Littman a entrepris des recherches dans les archives de l’Alliance israélite universelle (AIU) et du Quai d’Orsay à Paris et au Foreign Office à Londres, publiant jusqu’en 1985 de nombreux articles sur les Juifs du Maghreb et de l’Orient.

Avec Bat Ye’or, il a fondé à Genève le Center for Information and Documentation on the Middle East.

Depuis 1986, il s’était consacré à la défense des Droits de l’homme aux Nations unies à Genève à la Commission des droits de l’homme et la Sous-commission, et depuis 2006 au Conseil des droits de l’homme, en tant que représentant d’ONG, principalement l’Union mondiale pour le judaïsme libéral (WUPJ, http://wupj.org) en 1986-1991 et depuis 2001, et l’Association pour une éducation mondiale (AWE) depuis 1997. Atrocités au Soudan, terrorisme jihadiste et charte du Hamas, sharia attentatoire aux droits des femmes, Déclaration des droits de l’homme en islam (Le Caire, 1990) visant à miner la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948)… Tous ces thèmes ont été dénoncés avec vigueur par David G. Littman dans cette enceinte onusienne biaisée, partiale.

A la demande de la New York Public Library, Bat Ye'or et David G. Littman lui ont confié tous les manuscrits de leurs livres - de la première ébauche à l'édition originale et rééditée, via les épreuves -, leurs articles, leurs correspondances avec des personnalités ainsi que leurs photocopies d'archives, souvent traduites et dactylographiées, des pays d'Afrique du Nord du Moyen-Orient. Ils lui ont remis aussi leur documentation sur l’Opération Mural et sur l’ONU.

Il a coécrit et coédité trois livres :

Parmi ses articles :
· Jews and Arabs: myths and realities, David Littman, 1973.
  • Protected Peoples under Islam par David Littman et Bat Ye’or, Centre d'Information et de Documentation sur le Moyen-Orient, 3 éds. en anglais et français (1975-1977).
· “Jews under Muslim Rule in the late Nineteenth Century”, Wiener Library Bulletin28, n.s. 35/36 (1975), pp. 65-76.
· “Jews under Muslim Rule–II: Morocco1903-1912”,Wiener Library Bulletin 29, n.s. 37/38 (1976), pp. 3-19.
  • « Quelques aspects de la condition de dhimmi : Juifs d'Afrique du Nord avant la Colonisation », dans YOD, Revue des études hébraïques et juives modernes et contemporaines, (Publications Orientalistes de France), 2: 1, Octobre 1976.
· « Les Juifs en Perse avant les Pahlevi »,Les Temps Modernes, 395, pp. 1, 910–935, Juin 1979.

Cet homme d’une envergure exceptionnelle est décédé à l’âge de 78 ans, le 20 mai 2012, en Suisse, après avoir lutté avec courage contre une leucémie.


J’adresse à son épouse Bat Ye’or, à ses filles et petits-enfants, qu'il chérissait tant, mes condoléances émues.

Je rendrai hommage à David G. Littman ce jeudi 24 mai 2012, vers 13 h, sur Radio Chalom Nitsan.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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DUVAL Maxime 23/05/2012 19:08


Comme combien qui suivent votre blog, j'ignorais jusqu'au nom de David Gerald Littman. Seul le nom de Bat Ye'or me disait quelque chose, pour avoir eu sous les yeux dans riposte laïque ou
Résistance républicaine quelques uns de ses écrits, et qui m'avaient impressionnés ; autant que son "nom en écriture" qui m'intriguait. Merci  de publier cet hommage de Véronique Chemla à ce
couple formidable, témoin et acteur (bien discret) de notre temps. Je ne suis ni Juif, ni très ferré en histoire contemporaine, mais la grandeur des hommes (et femmes bien sûr) de ce petit peuple
aujourd'hui que la vie me laisse le temps de m'y intéresser m'est toujours source de bonheur.


Donc, tristesse pour cette disparition et courage pour Bat Ye'or, pour poursuivre leurs combats.