Immigration de travail - par Anne Merlin (De ligne droite)

Publié le 10 Mai 2011

Immigration de travail par Anne Merlin

Je pense que les « bons esprits » qui estiment que la France a besoin d'immigrés « de travail » le font pour trois raisons :

1. Assistés à outrance, les Français sans qualification (95.000 nouveaux quittent le système scolaire sans diplôme et sans la moindre qualification) répugnent à accepter les emplois peu payés (et pourtant payés, charges sociales comprises, plus cher que ne vaut le travail effectué !) , alors que la différence entre les ressources d'un assisté total, ne faisant strictement rien de ses journées que dormir, manger et éventuellement se distraire et celles d'un travailleur qui se lève tôt et travaille 7 heures par jour, 47 semaines par an, est si faible qu’elle n'en vaut pas la peine. Ils considèrent que puisque le revenu d'assistance est un dû, seule cette différence constitue un salaire et qu'en fait celui-ci est dérisoire.

Il ne faut pas croire que c'est la pénibilité des tâches qui dissuade les Français sans qualification de les accepter : c'est la trop faible différence de revenu entre assisté et travailleur. Or, comme la doctrine est que toute personne doit recevoir « selon ses besoins », c'est à dire une somme très proche du salaire minimum garanti, il n'est pas possible d'éviter que l’assistance soit d’un niveau tel qu’elle entraîne ce refus d'accepter un emploi non qualifié et rémunéré au SMIC, à moins de conserver à ceux qui acceptent de travailler la totalité de l'assistance, leur vie durant, donc de presque doubler leur rémunération effective. Ceci aurait évidemment pour effet de décourager à leur tour ceux qui ont une qualification moyenne, lesquels constateront alors que leur revenu est plus faible que celui de ceux qui ont été assistés... et ainsi de suite, par un effet de dominos; jusqu'aux seuls emplois suffisamment gratifiants en eux-mêmes pour que le fait d'y gagner moins que ceux qui n'ont pas acquis la même qualification devienne secondaire.

Cette situation est aggravée par le fait que la victimisation des délinquants autochtones et surtout allogènes et la complaisance judiciaire qui en a découlé ont fait exploser les trafics dont les profits sont, évidemment, sans commune mesure avec le faible salaire que les jeunes gens peuvent espérer recevoir. Comment travailler pour le SMIC à 18 ans quand à 8 ans on gagne déjà plus, simplement pour faire une ou deux heures par jour le guet dans la rue pour un dealer ?

Devant l'impossibilité de faire tomber cette barrière qui empêche les jeunes chômeurs de France d'accepter des emplois non qualifiés, les « bons esprits » en question espèrent que, pendant un certain temps au moins, les immigrés « économiques »venant en France dans l'espoir d'y vivre mieux que chez eux mais n'ayant pas encore goûté aux délices émollientes de l'assistanat, accepteront d'occuper ces emplois modestes mais nécessaires. Mais c'est reculer pour mieux sauter, car il ne faudra pas longtemps pour que ces immigrés constatent, eux aussi, que leur revenu est à peine supérieur à celui des assistés et pour qu'ils renoncent à travailler pour une trop faible différence de revenu.

2. Les entreprises françaises traitent fort mal les jeunes diplômés qui, s'ils ne sortent pas d'une Grande École prestigieuse, traînent de stage en CDD sans pouvoir obtenir un emploi stable correspondant à leur qualification. Je fais bien entendu allusion à ceux qui ont fait des études sérieuses, susceptibles de les rendre employables, et non à ceux qui ont choisi de faire des « études » qui, pour gratifiantes qu'elles soient et quelque intérêt qu'elles aient pour le développement intellectuel de ceux qui les choisissent, sont totalement sans valeur sur le marché de l'emploi. D’autres - notamment dans les professions médicales - ne se voient proposer dans les hôpitaux que des emplois insuffisamment payés et, pour les médecins au moins, harassants par les horaires démentiels imposés.

Il en résulte une notable diminution du nombre des jeunes diplômés ayant accepté de faire des études plus arides et moins gratifiantes, mais qui les rendent employables. Les « bons esprits » en question espèrent donc débaucher dans les pays émergents de jeunes diplômés dotés des compétences qui intéresseront hôpitaux et entreprises et qui n'exigeront que des salaires inférieurs aux normes en vigueur dans leur profession; alors qu'il existe encore en France un vaste réservoir de jeunes diplômés qu'elles pourraient, peut-être avec un effort pour compléter leur formation et un salaire convenable, employer avec profit, même si le découragement devant la situation actuelle risque d'en diminuer considérablement le nombre à l'avenir.

Là aussi, il est évident que cette situation que les entreprises et les « bons esprits » considèrent comme favorable, n’aura qu’un temps et que les médecins et ingénieurs indiens, tunisiens ou indonésiens ne tarderont pas à exiger des salaires plus en adéquation avec leur valeur professionnelle.

3. Ils constatent que, même avec la récente réforme, la pyramide des âges rend le déséquilibre des caisses de retraite par répartition plus important chaque année et que le nombre de retraités pour lesquels chaque actif doit cotiser va croissant.

Ils en concluent qu’il faut faire entrer des immigrés dont les cotisations combleront ce déficit. Outre l’immoralité du projet, sur laquelle je n’insisterai pas, il est tout aussi illusoire que l’est l’idée de faire occuper de façon pérenne les emplois non qualifiés comme les emplois de haut niveau par des salariés immigrés acceptant d’être payés moins cher que des salariés autochtones. Car, compte tenu du fait que l’immigration légale et clandestine fait entrer chaque année dans notre pays plusieurs centaines de milliers personnes inactives (*) qui vivront du labeur de ceux qui se lèvent le matin pour travailler et qui ne cotiseront pas pour leur propre retraite (**), encore moins pour assurer la retraite de ceux qui travaillent, c’est également une illusion de compter sur l’immigration pour régler le problème que la pyramide des âges pose aux caisses de retraite, quoi qu’en pensent les « bons esprits ».

Tout concourt donc à me conforter dans l’idée que recourir à l’immigration de travail pour remédier aux dysfonctionnements de notre marché de l’emploi est pure illusion.

(*) Que leur âge ou leur état de santé les maintienne en inactivité temporaire ou définitive, ou qu’ils préfèrent, en toute connaissance de cause, vivre d’assistance et éventuellement de trafics.

(**) Laquelle leur est garantie, même s’ils arrivent dans notre pays à plus de soixante-cinq ans sans jamais avoir cotisé.

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Nancy VERDIER 11/05/2011 10:57



Tout à fait d'accord avec le point de vue d'Anne Merlin. Le patronnat puise dans les ressources humaines inépuisables des pays dits en voie de développement en délocalisant ou pratiquant
l'immigration. Celle-ci crée les problèmes que nous connaissons aujourd'hui et une caste exponentielle d'assistés qui comprend à la fois les autochtones et les migrants. Pas la moindre
considération humaine ou humaniste dans cette stratégie. L'individu est ramené à sa plus simple expression de N° de Sécu. Ce sont les statistiques qui dirigent nos Enarques et autres
décideurs. Je me souviens d'un de mes collègues travaillant il y a 30 ans sur le thème d'un SMIC pour tous, que l'on travaille ou non. Il m'avait assuré que d'après ses calculs, c'était tenable.
Les calculs n'ont certainement pas tenu compte de tous les facteurs, car le système est aujourd'hui explosif, injuste et intenable sur le long terme.



Topaze06 10/05/2011 17:14



Très très bonne analyse...


Comment se fait-il que nos Enarques ne la fassent pas ?????


A creuser....!


Serait-ce qu'ils manquent d'imagination ?