Interview-réponse à Jean Valette de Bonapartine (2) - Par Gérad Brazon

Publié le 13 Mars 2011

 Suite de l'interview de Bonapartine.

 Chapitre II de publication (environ 4 pages)

 

Gérard Brazon - Quelles sont les valeurs qui ont marqué cette période de votre enfance où vous passiez une partie de vos vacances dans le Périgord et dont vous retrouvez, à l’évidence, l’empreinte dans le commentaire de notre lecteur Jean Valette ?

Ce que j’ai appris très tôt, à l’observation de cette France que "les milieux autorisés" qualifient encore aujourd’hui, non sans mesquinerie, de  "France profonde", c’est le goût de l’humilité d’une part. J’ai eu tout loisir, d’autre part, d’apprendre à prendre le temps d’observer, d’écouter, d’entendre et d’essayer de comprendre le discours de ceux qui vous parlent. Or, ce sont là des qualités fondamentales parce qu’elles sont le socle même de la tolérance : on ne peut vivre en harmonie dans une société, parfois avec des gens très différents de soi, que si chacun écoute et entend le discours de l’autre sans jamais tenter de lui nuire par des discours démagogiques et/ou prosélytes.

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Les vacances à la campagne, les "excursions" en forêt pour repérer et apprendre le nom des arbres, des fleurs, des champignons, des animaux et  observer le sens de l’orientation du soleil ou écouter d’une oreille attentive les clapotements de l’eau que provoque l’écoulement d’un ruisseau,  vous font ressentir, dès l’enfance, combien les équilibres naturels sont fragiles. Et donc combien le respect de soi et des autres passe d’abord par le respect de son environnement. De même, la découverte et la compréhension du patrimoine culturel extrêmement riche de la région (incontournable chez moi, y compris en vacances, où l’enseignement de l’Histoire de France occupait une place primordiale), mais aussi la modestie qui était celle de tous ces gens qui avaient des savoirs et des savoir-faire multiples et pas seulement liés au travail de la terre, croyez-moi, c’est une leçon de vie qui vous ôte ensuite toute tentation d’avoir "la grosse tête".

De fait, ce n’est sans doute pas un hasard si, aujourd’hui, rien ne m’exaspère plus que les gens qui se prennent au sérieux d’une part, méprisent d’autre part ceux qui n’appartiennent pas aux castes de pensée bien établies dans ce pays, à savoir : « Vous êtes un ouvrier, alors forcément vous n’avez pas de diplôme et donc vous ne pouvez pas avoir acquis un niveau de culture générale tout à fait honorable quand on ne sous-entend pas que vous seriez carrément un con ! » ; « Vous êtes un manuel, alors vous ne pouvez pas être un intellectuel » ; « Vous êtes un sportif, alors vous ne pouvez surtout pas être un intellectuel, pas un manuel non plus » ; « Vous avez un petit revenu ou une petite retraite, alors vous n’êtes socialement rien et vous ne mériteriez pas que l’on considérât l’être humain que vous êtes avant tout » ; « Vous avez un mauvais caractère et/ou vous avez tendance à verbaliser un peu trop souvent ce que vous pensez sans vous embarrasser des conventions, alors vous devenez "un problème pour cette société" » ; « Vous êtes politiquement de droite, vous serez très vite catalogué de"facho" » ; « Vous êtes un catholique pratiquant, alors vous ne pouvez pas voter à gauche » ….. Et si vous êtes un artiste, alors là, malheur à vous car vous risquez de vous voir cataloguer très rapidement de "marginal, d’homosexuel, d’illuminé" et surtout vous devenez incapable d’être un être stable qui peut aussi avoir dans la vie d’autres centres d’intérêt et/ou d’investissement personnel que ceux liés à votre art ». Les exemples de cette nature pourraient, malheureusement, être multipliés à l’infini dans la France de 2011.

La France meurt de ces représentations mentales figées, où chaque chemin de vie semble déterminé d’avance. Dans ce système là, si vous naissez dans un milieu ouvrier, alors vous deviendrez inéluctablement un ouvrier à votre tour. Au contraire, si vous êtes fils d’avocat ou d’un personnage public sur une chaîne de télévision, alors votre fils ou votre fille aura de toute façon plus de chances de réussir professionnellement dans la vie même s’il est ou si elle est d’une intelligence moyenne et/ou a un niveau de culture général faible !   

Je sais bien que la France a toujours été étouffée par ses corporatismes et que cette affaire ne date pas d’aujourd’hui.  Mais enfin, il faut tout de même reconnaître que le système scolaire de l’immédiat après Seconde Guerre mondiale jusqu’aux années 1960 d’avant Mai 1968, permettait à bien des enfants issus de milieux sociaux pauvres ou modestes d’accéder à des métiers et/ou à un rang social plus élevé que celui de leurs parents. Sur ce point, il faut être honnête : l’école des années 48/55 dont nous parle Jean Valette, cette école qui menait au certificat d’études primaires et où l’ascenseur social fonctionnait à plein, n’existe hélas plus !

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            En la matière, je persiste et je signe à dire que la "révolution" de Mai 1968 a donné naissance à une idéologie perverse qui a conduit au démantèlement progressif de notre école laïque, un des joyaux de notre république.

Désormais, "qui dirige l’Education nationale ", s’interrogeait Jean Valette dès les premières lignes de son commentaire du 04 mars 2011 ?

En 2011, ce sont les syndicats qui gouvernent en réalité, rue de Grenelle, et tout ministre sait que son avenir s’y jouera en partie au vu de ce que sera la nature des rapports qu’il entretiendra avec ceux-ci.

Ceux qui ont fait Mai 1968 sont ceux qui ont imposé progressivement leur marque de fabrique non seulement au sein de l’école française mais qui l’ont également étendue à toute la société française. En effet, à partir de Mai 1968, est née et s’est développée en France, essentiellement dans le monde politique et dans certains cercles de pensée, ce que j’appelle une véritable "caste de pensée" qui obéit à des codes spécifiques, uniquement réservés à ceux qui en sont les membres exclusifs, le plus souvent de père en fils/fille. Vous êtes d’ailleurs, Gérard, le premier à le constater, vous ainsi qu’un grand nombre de nos concitoyens : nos élus politiques, qu’ils occupent des postes au plus haut niveau de l’Etat ou qu’ils soient à la tête d’un parti politique, se sont quasiment tous connus à l’E.N.A, qu’ils soient ensuite entrés dans un parti de droite ou de gauche, se serrent les coudes quand des affaires judiciaires brûlantes sortent sur la place publique, parlent le même langage, cooptent leurs enfants ou les enfants de leurs amis. Comment ne pas comprendre, dans ces circonstances, que le fossé se soit de plus en plus creusé au point de devenir un gouffre sans fond entre une grande partie de la population civile française et la classe politique française ?

Je ne dis pas que les élus locaux ne s’investissent pas sur le terrain. Le seul souci, c’est que leurs efforts sont anéantis, à un moment donné, par l’image dégradée et désastreuse que renvoient bien souvent ceux des élus qui appartiennent à ce que nous qualifions, à tort, d’"élite" à la tête de l’Etat et du Parlement français, voire des élites à la tête de certaines grandes entreprises françaises ou de certains grands corps d’Etat. Je dis "à tort" car lorsque vous constatez qu’un élu tel que, par exemple, Bruno Le Maire, Ministre de l’Agriculture en poste, diplômé de l’Ecole Normale Supérieure et de l’Ecole Nationale d’Administration, n’est pas capable de calculer, suite à une question posée lors d’une émission du Grand Journal de Canal +, la superficie d’un hectare, comment comprendre que notre société range encore dans"l’élite" des personnes aussi diplômées alors qu’elles n’ont pas les bases mathématiques d’un élève de 5ème ? [http://puteaux-libre.over-blog.com/article-culture-generale-68197673.html, publié sur le blog de Gérard Brazon le 27.02.11]

Suite au chapitre III

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Bonapartine

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Jean Valette (Johanny) 13/03/2011 09:24



( même réponse qu'au droit de votre chapitre n° 1 )