Intégration ou assimilation, il faut choisir

Publié le 22 Octobre 2013

Les naufragés de Lampéduza , les Roms de Manuel Vals , Léonarda expulsée au Kosovo. L'actualité chauffe les esprits sur le sujet de l'immigration . Voici les extraits d'une texte de Charles Rambaud  intitulé "Intégration ou assimilation, il faut choisir" paru dans la revue Permanence d'avril 1998 qui nous fait prendre du recul sur le sujet  :

   Tout pays se trouve, à certain moment de son histoire, confronté au problème que pose l'arrivée d'étrangers. Quand ils sont peu nombreux, on les repère avec curiosité, voire sympathie ; plus nombreux, on ne les remarque plus, trop nombreux, on ne voit qu'eux. (...) Lorsque la situation en est là, le corps social réagit comme tous les organismes vivants : il rejette ou assimile. Il n'intègre pas. Cette réaction est de l'ordre du réflexe qui, bien que prouvant le bon fonctionnement de l'organisme, ne dispense pas de la réflexion. (...)

 

  II y a d'un côté ceux qui veulent devenir Français et, de l'autre, ceux qui, vivant chez nous, prétendent y rester des étrangers, quitte à bénéficier du monstre juridique que constitue la bi-nationalité. Il en découle qu'il convient de traiter différemment l'étranger qui, entendant le rester, ne saurait bénéficier des avantages liés à la citoyenneté française, et celui qui, venu pour ne pas repartir, souhaite devenir Français. A celui-ci, sous certaines conditions et dans la mesure où sa présence n'est pas contraire au bien commun et à l'intérêt général, il est charitable d'offrir l'hospitalité en vue d'une assimilation qui sera forcément progressive et impliquera une appropriation de l'histoire et de la culture française.

 

  L'intégration réalise une bi-nationalité de fait et lorsque le nombre des étrangers est tel qu'ils constituent une communauté autonome, elle consiste à accepter que celle-ci vive chez nous comme chez elle (...).

Le quartier chinois de Paris est un bon exemple d'intégration fondée sur le refus de l'assimilation. Qu'en l'occurrence, ce quartier ne pose pas de problèmes trop évidents parce qu'ils sont traités en silence, en dehors de nos lois et souvent contre elles, ne change rien à l'affaire. L'intégration tend à créer une société multiculturelle, ce qui est une contradiction dans les termes, puisqu'une société se définit justement par l'appartenance heureuse à une même culture.Ce n'est donc pas un paradoxe de dire que l'intégration est plus proche du rejet que de l'assimilation et qu'elle favorise et institutionnalise le racisme. Une société multiculturelle est, par nature, conflictuelle.

 

Quand M. Nétanyahou construit en secteur arabe un nouveau quartier juif, il fait de l'intégration forcée en vue de coloniser et judaïser. II introduit un corps étranger qui a pour consigne de ne jamais se laisser assimiler ni renoncer à son intégrité originelle. Cela ne peut que se terminer dans la violence.(...)

 

Les Etats-Unis ont intégré les Noirs et autres communautés ethniques, mais ils ne les ont pas assimilés, et cela se traduit par une juxtaposition de ghettos protecteurs et séparateurs, crispés sur leur identité raciale et historique, ressassant le souvenir des avanies, des injustices, des persécutions, et rêvant de revanche.

 

  Quant à croire que, chez nous, des communautés séparées se rejoindront dans une commune révérence des droits de l'homme, des valeurs de la République et de la démocratie, il suffit de se l'entendre dire à haute voix pour être sûr qu'on parle pour ne rien dire. Une société peut assimiler des hommes d'une autre race et d'une autre culture, mais au prix d'une adhésion impatiente et valorisante à la tradition culturelle du pays qui les accueille.

 

  Aucune société ne peut, sans risque d'explosion, intégrer des groupes étrangers refusant de se conformer à ses manières d'être, ne s'associant pas à ses angoisses qui ne sont pas qu'économiques, à ses fiertés et à ses espérances, ne partageant pas son sens de l'honneur.

 

  Une naturalisation qui n'est pas la reconnaissance d'une appartenance affective ou culturelle ou, tout au moins, d'un désir d'y parvenir, peut bien donner, avec une citoyenneté formelle, la carte d'électeur et d'identité, elle n'en reste pas moins aussi artificielle que la naturalisation d'un chevreuil par un taxidermiste. Le moins qu'on puisse en dire est que cela manque de naturel et, plus encore, de vie.

 

  Etre Français, c'est hériter d'une histoire et vouloir en écrire la suite. Vous me direz qu'à ce prix là, beaucoup de Français d'origine ont déserté la francité et bradé la maison de famille. Je sais, cela fait cinquante ans que les intellectuels et l'Education Nationale fabriquent des apatrides avec les résultats moraux et intellectuels que l'on constate. A leurs yeux d'ailleurs, ceci ne constitue pas un échec mais la réussite même de leur projet éducatif. Fréquentant les transports en commun, je peux dire que le "délit de sale gueule" n'est pas une affaire de race, mais d'éducation.

 

  Quand j'avais vingt ans, dans les transports en commun, justement, était affiché un avertissement ainsi rédigé :Acquittez le prix de votre billet, la fraude est inélégante". La morale devenait une esthétique (...) Je crois que c'est à ce regard sur la vie, plus qu'au P.I.B., que s'évalue la teneur en civilisation d'une société et que, plus cette teneur est élevée, plus cette société est apte à faire "signe" et à ajouter aux avantages matériels qu'elle offre une raison plus haute d'y prendre place et de la défendre. Demander à y entrer est lui rendre hommage.

 

  C'est dire que l'assimilation est la seule réponse humaine au problème des enfants nés de l'émigration, car il faudra "faire avec" et, autant que possible, bien faire, même s'il importe maintenant d'en réduire le flux à un filet en évitant de multiplier les avantages à en suivre le courant. Tout ce qui incite les étrangers à rester chez eux, toutes les aides apportées directement à ceux qui en ont besoin chez eux sans passer par les circuits officiels prévaricateurs, est plus de l'ordre de la charité que les gesticulations médiatisées en faveur de gens qui ne sont sans papiers que parce qu'ils sont des clandestins. Le temps travaille pour l'assimilation parce qu'elle est la vie même. "Les pauvres n'ont que la patrie", disait Jaurès. La nôtre peut devenir la leur, il suffit qu'ils l'aiment.(...)

 

On nous raconte que la France a toujours été une terre d'émigration. Cela fait partie des fariboles enkystées dans l'opinion comme la terreur de l'an Mil ou la nuit du Moyen-Age.

En fait, dans son enfance, notre pays a été plusieurs fois envahi par des peuples attirés par son climat et sa richesse. Il les assimila en commençant par l'essentiel; il les convertit et le reste en découla "de surcroît". En revanche, sa population resta ensuite homogène pendant des siècles. Entre l'invasion normande au Xème siècle et les grandes émigrations du XXème, en provenance d'Italie, d'Espagne, de Pologne, du Portugal, du Maghreb et de l'Afrique Noire, il se passe neuf siècles au cours desquels aucun mouvement migratoire massif ne vient se mêler aux autochtones. Les émigrations venues de pays chrétiens, pour cette raison, furent assimilées sans tragédie, sinon sans difficulté. Jamais ne fut remise en cause l'identité française.(...)

 

  L'assimilation, bien sûr, n'est indolore pour personne. La première génération, attachée légitimement a sa culture d'origine qui l'a formée, en souffre comme elle souffre de voir la deuxième s'en détacher, même s'il est un peu abusif d'appeler culture les habitudes de vie auxquelles elle se réduit chez des émigrés souvent analphabètes de leur propre langue(...)

 

Les enfants de l'émigration sont naturellement amenés à faire leurs les valeurs du pays d'accueil ou son absence de valeurs. Le vieil algérien qui voit ses petits-enfants devenir des paumés de banlieue, sans foi ni loi, peut, à bon droit, considérer qu'à devenir Français ils ont perdu au change.

 

 

Assimiler devrait devenir l'enjeu d'une grande aventure éducative, culturelle et spirituelle, car tout se tient. Mais pour cela, encore faudrait-il avoir des modèles et des certitudes à proposer.

Charles Rambaud 

Identité Française

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Pivoine 23/10/2013 14:48


Excellent texte, mais qui ne pouvait que déplaire aux destructeurs de la France !