Interview de Jean Robin d'Enquêtes & Débats par Pierre Cassen de Riposte Laïque

Publié le 27 Juin 2012

Jean Robin : Cet appel est le fruit de 10 ans de travail, de réflexion et d’action sur le journalisme, la démocratie, les médias, et internet. En 2002 j’ai publié en auto-édition un manifeste du journalisme continue, où j’expliquais comment Internet allait bouleverser le journalisme et la démocratie. Je ne me suis pas trompé. En 2003 j’ai lancé uneassociation pour que les citoyens fassent pression sur les journalistes pour améliorer la qualité de l’information. Là encore j’avais visé juste, mais il me manquait l’expérience du terrain. Je l’ai acquise les années suivantes, à travers mes enquêtes (sur Ardisson, sur les médias, sur la liberté d’expression etc.), mes entreprises (maison d’éditionsite internet d’information), et le mûrissement de mes idées.

J’en arrive aujourd’hui à la conclusion que chacun peut découvrir dans cette vidéo. La seule chance pour nous, les petits, les faibles, les exclus, la France du non, la France d’en bas, les 99%, appelez-nous comme vous voulez, non seulement de nous faire entendre, mais de changer les choses, et de reprendre la main sur le cours de l’Histoire, c’est de passer à l’offensive en s’attaquant de front aux médias, et d’abord aux médias publics, France Télévisions, Radio France, et l’AFP, qui représentent environ 80% des informations de ce pays, sinon plus. Le peuple finance ces machines de propagande devenues folles car laissées sans le moindre contre-pouvoir, seul le peuple peut constituer le contre-pouvoir aux médias et ainsi faire sauter le verrou principal qui tient le système. J’appelle évidemment à le faire dans la non-violence et le respect de la loi, je suis socratiste, et disciple de Gandhi. Mais toute la différence tient dans ce mot : offensif. Après 40 ans environ à subir les caprices d’une caste auto-proclamée de journalistes, présentateurs, animateurs et producteurs, qui fait la pluie et le beau temps sur tous les autres aspects de la société grâce au pouvoir immense des médias, il s’agit de dire stop, de dire non, de dire que nous n’acceptons plus l’inégalité médiatique, la censure, la chape de plomb, le copinage, la connivence, les renvois d’ascenseur, les exclusions, les cordons sanitaires anti-républicains, la diabolisation, et le mensonge. Le pouvoir n’attend qu’une chose : notre torpeur, notre abêtissement, et notre passivité. Ne lui faisons plus ce cadeau, ne lui rendons plus la tâche aussi facile, ne laissons plus les mêmes nous dire, du haut de leur incompétence que nous sommes incompétents, populistes, d’extrême-droite, fascistes, nationalistes, pétainistes, antisémites, racistes, simplement parce que nous dénonçons des abus de pouvoir.

Les mots ont un sens, les calomnies, les insultes, les diffamations, les intimidations n’ont plus aucune prise sur nous, car nous savons qui nous sommes, quelles sont nos valeurs, qui sont nos modèles, et les raisons pour lesquelles nous vivons. Nous sommes étrangers à tout ce qu’on nous plaque sur le dos comme une vulgaire tunique de Nessus. Ces diversions verbales ne fonctionnent plus, elles ne nous font plus peur, le roi est nu et nous le disons, haut et fort. Les médias publiques ne peuvent plus continuer à être gérés tel qu’ils le sont, nous le démontrons factuellement, rationnellement, scientifiquement, quantitativement et qualitativement, avec modération et détermination, et quand la vérité éclate il faut savoir qu’elle fait du bruit, beaucoup de bruit. Nous voulons canaliser ce bruit et cette fureur, afin de les rendre constructifs, afin de proposer des solutions, calmement, paisiblement, et empêcher au pire d’arriver. Le pire arrivera si la même situation continue comme avant, et nos dernières tentatives de conciliation n’auront été que les preuves de notre bonne foi. Mais le peuple ne peut être pris indéfiniment pour un troupeau de moutons ou de veaux, il a ses limites et certains de ses membres comprennent plus tôt que d’autres que les limites ont été franchies depuis trop longtemps maintenant pour pouvoir rester couché à ne rien faire, et à attendre que ça aille mieux. Ça n’ira mieux que si nous décidons, ensemble, que ça doit aller mieux. C’est le sens de mon appel, que vous avez la gentillesse de relayer.

Riposte Laïque : Partant d’un constat juste, l’omni-présence, sur le service public, France Télévisions, Radio France et l’AFP, d’une caste aux idées clairement marquées à gauche, voire à l’extrême gauche, tu proposes, au nom du peuple, aux Français de rentrer en Résistance, voire, ce qui peut paraître plus problématique, de ne pas hésiter à interrompre des émissions, pour y faire passer un point de vue occulté. Penses-tu vraiment que cette solution soit la meilleure réponse, et ne crains-tu pas d’entraîner tes amis dans un cycle provocation-répression cher aux gauchistes ?

Jean Robin : Justement je ne prononce à aucun moment les termes gauche ou extrême-gauche, pas plus que droite ou extrême-droite, dans mon appel. Je ne veux pas mettre la charrue avant les bœufs, nous devons construire un contre-pouvoir dont le rôle va justement consister à déterminer factuellement, scientifiquement, etc. quels sont les réseaux, les discours, les postures, les idéologies, les partis, les associations, les orientations philosophiques, économiques, psychologiques qui bénéficient le plus des médias actuels. Cela passe par la généralisation d’une veille des citoyens sur les médias, et de la coordination de cette veille, coordination rendue d’autant plus réaliste par les nouveaux moyens de communication dont nous disposons tous. Ainsi, les médias ont fait irruption dans la grande démocratie que nous connaissions, et ils l’ont petit à petit prise en otage. Telle une nouvelle maladie qui frappe le corps sain, elle arrive en terrain conquis et rentre comme dans du beurre, aucun anticorps adapté n’étant opposé à sa progression fatale.

Les médias n’ont jamais eu de contre-pouvoir, pas plus les médias publics que privés. Même De Gaulle, qui détenait l’ORTF, disait : « J’ai l’ORTF parce que la radio et la presse sont contre moi. » Les médias sont passés progressivement de défenseurs de la démocratie et de la liberté d’expression à ennemis de la liberté d’expression et de la démocratie. Les enjeux économiques sont considérables, de même que l’influence que procure la médiatisation. Un scientifique est plus important s’il est passé à la télévision que s’il est reconnu par ses pairs. Hasard ou coïncidence, la science patine depuis une cinquantaine d’années, et n’a fait aucune découverte majeure. Et je ne parle pas des revues à comité de lecture, devenues des centres de copinage quasi-exclusifs. Donc il ne faut surtout pas avoir d’idées préconçues sur les idées dominantes dans les médias, la seule certitude que nous ayons c’est qu’il y en a une multitude qui cohabitent en même temps, et que tout cela change plus ou moins rapidement selon les idées et les idéologies dont on parle. Un des buts du contre-pouvoir dont j’appelle la création, c’est précisément d’en savoir plus sur ce continent inexploré que constituent les médias.

Certes, on peut dores et déjà, avec le peu d’études réalisées, affirmer que des dysfonctionnements absolument intolérables perdurent dans les médias depuis trop longtemps, certains sont très invités sans raison apparente quand d’autres sont maintenus en dehors du cadre de la démocratie sans plus de raison. Car la démocratie se résume hélas aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, à l’apparition dans les médias, et les Français sont bien plus passionnés par leur télévision et leur radio que par leur Assemblée Nationale ou leur Sénat. Les premiers dysfonctionnements dont nous avons déjà connaissance sont à la base de notre engagement et de notre détermination. Mais c’est surtout l’intuition que ces dysfonctionnements ne sont que la partie émergée de l’iceberg qui nous motive par dessus tout. Quand Christophe Colomb découvre l’Amérique, il pense d’abord être aux Indes, puis il va rencontrer des situations auxquelles il ne s’attendait absolument pas. Je pense que c’est à ce genre de découvertes que nous allons avoir affaire. C’est l’aventure moderne par excellence, en un temps où l’on pensait avoir tout conquis, tout découvert, tout su, on découvre qu’un continent gigantesque est là, sous nos yeux, que rien n’est caché, que tout est à portée de main (et de souris), mais que nous l’avons complètement négligé, comme souvent avec les phénomènes qui sont devant nos yeux. L’énorme avantage de ce continent c’est qu’il est tangible, factuel, concret et qu’il n’est nullement caché. Tout le monde peut donc y avoir accès de la même manière, et parler de la même chose, en dehors de toute idéologie, de toute formation intellectuelle, de tout parcours personnel.

Une personne invitée 100 fois en 3 ans comme Christophe Barbier sur le plateau de C dans l’air, plus 8 fois sur le plateau de Mots croisés, tout le monde peut le comprendre, tout le monde peut le vérifier, et tout le monde va pouvoir dire ce qu’il en pense. Est-ce normal ? Est-ce nécessaire, voire indispensable ? Est-ce délétère pour la démocratie ? Sachant que M. Barbier est le témoin de mariage de M. Calvi ? Sachant qu’il dirige par ailleurs un grand journal privé, l’Express ? Sachant qu’il bénéficie ainsi d’une publicité considérable, avec l’argent public ? Cela, nous ne pouvons le mettre sur la table qu’à partir du moment où nous avons fait ce travail préalable de décompte des passages des invités de C dans l’air. Et cela vaut pour toutes les émissions des médias publics. Et quand on pense au nombre de choses qu’on peut ainsi quantifier, et le nombre de choses que cela va nous apprendre sur la réalité de ce continent médiatique, et par conséquent sur le nombre de changements que nous pourrons légitimement imposer aux médias publics, selon des critères légitimes et sans tomber dans tous les pièges qui ne manqueront pas de se présenter, comme d’autres pièges se présentent constamment à la démocratie et qu’il convient à nos dirigeants politiques d’éviter, alors on se dit qu’il est bien tard pour s’occuper de ce continent pourtant si important pour tous les Français. Mais comme on dit, mieux vaut tard que jamais, et la France est loin d’être en retard dans ce domaine, au contraire elle pourrait rapidement devenir la première nation au monde à explorer ce continent et à en révéler les innombrables richesses et potentialités. Notamment la justice, la pluralité, l’innovation, l’intelligence, l’éducation, la science, la paix, la tolérance et la compréhension de l’être humain et de son avenir, entre autres. Pour donner un autre exemple, notre rôle avec ce contre-pouvoir sera de rendre visible la partie de ce continent qui est pour l’instant invisible. Par là j’entends tout ce qui concerne la censure, l’auto-censure, l’omerta, et les entorses diverses et variées à la liberté d’expression.

Nous avons réalisé une liste de 100 personnalités ayant écrit des livres, jusqu’à 23 livres pour le premier de cette liste, et pourtant jamais ou très peu invités dans les médias publics. Donc malgré l’inflation de médias depuis des années, il reste encore des gens, et qui sont peut-être même de plus en plus nombreux, à ne pas pouvoir exprimer leurs idées au grand public. Étrange paradoxe, mais symptomatique de notre époque. Puisque nous ne voulons pas croire aux complots, nous nous en tiendrons aux faits, et voulons juger un arbre à ses fruits. Untel est invité 100 fois et untel jamais malgré le fait qu’ils aient écrit le même nombre de livres, ou qu’ils aient la même formation intellectuelle, ou qu’ils aient le même nombre de militants dans leur parti ou leur association ? Parfait, c’est qu’il y a un problème. En le réglant une bonne fois pour toutes, nous règlerons un nombre incalculable d’autres problèmes qui lui sont liés, car les médias irriguent la totalité de la société comme je l’ai dit plus haut. En faisant sauter le double verrou de l’inconnu du continent médiatique et de l’absence de participation du peuple sur les médias publics, nous remettrons la société sur les rails de la démocratie, du progrès, de la connaissance, de la conscience, et du sens. Peut-être que la tâche qui nous attend est encore supérieure à celle qui attendait les encyclopédistes et les philosophes des Lumières il y a 2 siècles. Cette aventure ne se passera pas sans heurts, mais c’est le destin de l’Homme, alors ne refusons pas notre destin.

Les conséquences d’intervention sur les plateaux sont dérisoires par rapport à ce destin, et ces interventions ne s’imposent que pour une simple et bonne raison : seul le rapport de forces fait changer les choses. En appelant à envahir pacifiquement les plateaux, sans forcément parler (le but est de manifester un message, au plus grand nombre, tout en interrompant ponctuellement ces programmes), je veux casser la dynamique mortelle de la passivité dans laquelle ce pays se trouve depuis la défaite de 40. Il faut passer à l’offensive, pour les plus hardis d’entre nous, comme j’ai pu le faire moi-même à plusieurs reprises. Après, à chacun d’estimer au mieux comment intervenir, avec une cible particulière (un invité, un présentateur, etc.) ou pas, en parlant ou pas, en y allant en groupe ou seul, etc. Tout est possible, comme disait ce cher Morandini. Il s’agit de renverser le rapport de forces, en faisant prendre conscience à ces monarques tout puissants qu’ils sont à la merci d’une interruption de leur émission à tout instant, jusqu’à ce qu’ils décident de changer d’attitude. Toutefois, toute action violente ou illégale ne pourra être revendiquée par notre contre-pouvoir, et nous la condamnerons avec la plus grande fermeté. Les médias publics et ceux qui les dirigent doivent prendre conscience que le peuple n’est plus seulement derrière l’écran, il est dedans. Il n’est plus seulement sur les plateaux pour applaudir quand on le lui dit, ou pour ne surtout jamais rien dire et juste figurer, il est là pour s’exprimer, de façon chaotique au départ, puis canalisée au fur et à mesure.

Quand un barrage a été rempli trop longtemps, il ne faut pas s’étonner qu’il fasse pas mal de dégâts quand il craque. Puis les choses rentrent dans l’ordre, en bonne intelligence, on s’organise, on tient compte des gens qui avaient prévenus longtemps à l’avance que le barrage allait sauter et qu’on a pas crus, au lieu de continuer à les mépriser. Ainsi, avec le contre-pouvoir en place, il n’y aura plus besoin d’intervenir de façon impromptue sur les plateaux, car tous ceux qui le méritent auront la parole, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, chacun le voit bien. Mais encore une fois, il ne s’agira jamais, et j’y veillerai personnellement, d’instaurer un système à la soviétique, égalitariste, qui tirerait tout le monde vers le bas. Ceux qui me connaissent bien peuvent me faire confiance de ce point de vue là. Mais je ne serai pas seul à diriger les opérations, nous serons nombreux, très nombreux même, sans devoir être des millions. A quelques milliers de personnes formées et déterminées, nous pouvons faire passer le pays tout entier d’un régime néo-féodal et oligarchique comme celui que nous avons, à un régime bien plus démocratique que tous ceux que le monde a jamais connu. Mais, encore une fois, rien ne se passera si quelques uns, les plus courageux sans doute, ne se donnent pas la peine de franchir le rubicon, et de prendre cette forteresse médiatique qui est pleine de brèches. Aujourd’hui on vous paie pour que vous fassiez partie du public des émissions de télé, ne demandez rien et allez-y, pour engager ce rapport de forces qui est légitime, et légal, contre un système médiatique devenu fou et irresponsable, car le pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument.
Les responsables des médias ne sont plus légitimes depuis longtemps, trop de connivences, trop de mépris envers le peuple (souvenons-nous juste de mai 2005 et du rôle des médias), trop de complaisance envers les pouvoirs et pas assez de travail pour le bien commun. Le peuple est toujours légitime quand il veut construire la démocratie, et tel est bien le cas. Nous ne voulons rien détruire, nous voulons reconstruire notre démocratie qui a été détruite, pierre après pierre, valeur après valeur, discours après discours. Et cela passe indéniablement, obligatoirement et invariablement à travers les médias. L’humanité n’a jamais connu ce que nous connaissons depuis à peine 40 ans, il est bien humain que certains aient cherché à s’approprier les leviers de pouvoir nouveaux que sont les médias, sans légitimité, sans élection, et sans contre-pouvoir, mais les meilleures choses ont une fin et nous allons l’expliquer calmement à ceux qui se sont rendus responsables, et parfois coupables, de ces abus de pouvoir. Certes, la lutte ne sera pas facile, car ces gens ont le pouvoir et pas nous, et comme ils n’ont pas été habitués à être contredit au point de ne pouvoir faire exactement ce qu’ils veulent, quand ils veulent et de la manière dont ils le veulent, il y aura des résistances, forcément. Mais quand une cause est juste, légitime et légale, car nous n’entendons pas user ni de violence ni de moyens illégaux pour parvenir à nos fins, alors rien ne peut l’arrêter.

Riposte Laïque : Mais est-ce la démocratie quand un groupe qui se proclame représentant du peuple peut se permettre de saboter une émission, sous le prétexte qu’elle ne lui convient pas ? Ne crains-tu pas, ainsi, d’ouvrir une véritable boite de Pandore dans laquelle nos adversaires pourraient s’engouffrer ?

Jean Robin : Non, je crois l’avoir amplement démontré. D’abord, de quels adversaires parlons-nous ? Pour moi, l’adversaire ce sont :

1/ ceux qui détiennent de manière illégitime les médias publics, qui les ont confisqué au peuple et qui n’ont jamais jugé utile de placer un ou plusieurs contre-pouvoir indépendants à ces médias publics

2/ ceux qui bénéficient de manière illégitime des médias publics

Nous sommes loin d’avoir identifié la deuxième catégorie, par contre nous avons identifié la première, d’où la stratégie que j’ai établie. Nous sommes également loin d’avoir identifié ceux qui ont souffert, parfois très cruellement, de ne pas avoir été médiatisé alors qu’ils le méritaient, qu’ils le demandaient, ou qu’ils ne le demandaient même pas sachant qu’ils n’y auraient jamais droit. De grosses surprises nous attendent, car ce qui est inconnu est souvent bien plus immense que ce qui est connu. Plus nous travaillerons dans les directions que j’ai indiquées et sans doute d’autres à identifier, plus nous pourrons répondre à cette question que vous me posez aujourd’hui. En attendant, il nous faut avancer dans notre stratégie et créer le rapport de forces d’une part, et partir à la découverte du continent médiatique de l’autre.
Mais ma conviction c’est que nous n’avons rien à perdre, car nous sommes exclus des grands médias, ceux qui ont beaucoup à perdre et qui vont s’opposer comme des chiens à nous sont ceux qui monopolisent les places, et qui verront cette intrusion dans leur pré carré comme un cambriolage dans leur propriété privée. Mais nous allons les raisonner calmement, en leur faisant comprendre que les médias publics ne leur appartiennent pas, que c’est le peuple qui les finance, et qu’ils nous concernent tous, quel que soit notre métier, notre âge ou notre tendance politique. Les médias publics ne sont pas une propriété privée, ni d’une poignée ni même de 1%. Ils sont à tout le monde, et la règle de la représentativité vaut aussi pour les médias publics, peut-être même davantage que pour l’Assemblée Nationale. Ce n’est pas un hasard si certains demandent à pouvoir se reconnaître dans la couleur de peau des présentateurs télé, c’est humain. Mais il faut aller plus loin, et se demander pourquoi le peuple tout entier n’aurait pas le droit de pouvoir se retrouver dans ses médias, donc publiques. Aujourd’hui des idées et des personnalités sont exclues des médias publiques, tandis que d’autres sont mises sur un piédestal. C’est cela que nous contestons, mais sans vouloir remplacer cette injustice par une autre. Nous voulons trouver l’équilibre, la solution la plus juste, et pour cela nous devons nous mettre au travail pour réaliser le même genre de travail que les premiers démocrates en Grèce, puis lors de la Révolution ont réalisé. La tâche est immense, passionnante, et je ne vais certainement pas chercher à la résumer ni à la conclure aujourd’hui, alors que le combat ne fait que commencer.

Riposte Laïque : Quelle forme d’organisation proposes-tu à nos compatriotes, et quel serait ton rôle ?

Jean Robin : Il nous faut marcher sur nos deux jambes. D’une part, l’action, de l’autre la réflexion.
L’action, c’est le public des émissions, ce sont les manifestations devant les sièges sociaux des médias publiques, ce sont les interviews des responsables comme celle que je viens de réaliser de Frédéric Taddéï, c’est l’intervention à la radio dans les émissions où les auditeurs peuvent intervenir, c’est le lobbying auprès des politiques pour leur faire comprendre leur intérêt à accompagner cette évolution inexorable, c’est tout ça.
La réflexion, ce sont des commissions spécialisées par thème, par média, qui travaillent sur la veille médiatique, le décompte des invités, ce qui se dit dans les émissions, ce qui ne s’y dit pas, les erreurs des journalistes afin de détecter les mauvais journalistes et les bons, c’est le fait d’identifier les pièges dans lesquels il convient de ne jamais tomber, c’est l’audition de tous les membres de la société qui ont quelque chose à apporter pour faire de ce contre-pouvoir une autorité morale la plus indiscutable possible, c’est un peu tout ça.
Mon rôle est assez simple, outre le déclic de départ, c’est de coordonner toutes ces commissions, toutes ces actions (même si beaucoup d’entre elles seront spontanées et en dehors de tout contrôle), toutes ces réflexions sans les étouffer et en laissant un maximum de marge de manœuvre aux différents chefs qui vont émerger lors de la conquête du continent médiatique. Il s’agira également d’éviter à différentes sensibilités, politiques, économiques, sociales ou autres, de trop se chamailler, perdant ainsi de vue l’essentiel.
Mon rôle sera donc, pour résumer, de faire en sorte que tout se passe au mieux, que la machine avance à un bon rythme, que les recrutements soient efficaces, durables et de qualité, afin que notre but soit atteint le plus rapidement et efficacement possible. Ensuite, nous verrons, chaque chose en son temps.

Riposte Laïque : D’autres personnes, à leur façon, luttent contre les manipulations médiatiques. Ainsi, le site Polémia, depuis plusieurs années, organise tous les ans une soirée « Les bobards d’or » où sont égratignés les plus gros mensonges des journalistes. Ils viennent de lancer un observatoire des journalistes et des médias. Robert Ménard, depuis 2004, anime un trimestriel, « Médias », qui décortique également le parti pris de la caste journalistique. Comptes-tu travailler avec eux ?

Jean Robin : Nous sommes ouverts à tous ceux qui veulent s’inscrire dans la stratégie que j’ai indiquée dans ma vidéo et dans cette interview. Médias de Robert Ménard était un travail d’analyse intéressant, mais d’une part cela restait un peu trop à la surface à mon goût, et d’autre part faute de rentrées publicitaires suffisantes il doit arrêter le magazine. Preuve qu’il n’était pas complètement indépendant. Plus généralement, toutes les initiatives qui avaient été prises jusqu’à présent, concernant une tentative de modération du tsunami médiatique, m’ont semblé intéressantes mais très partielles, et donc partiales, peu ambitieuses, et donc peu motivantes, et surtout pas constructives du tout. Il y a un monde entre dénoncer une erreur journalistique, comme l’ont fait Acrimed, Arrêt sur images, les Pieds dans le PAF, TV Carton jaune, AQIT, Polemia et tant d’autres depuis des années sans que ça change quoi que ce soit ou presque, et créer LA base de données des erreurs journalistiques commises dans les médias français. Cette base, que j’ai commencée à constituer avec des moyens ridicules, permet déjà de classer des journalistes en fonction du nombre d’erreurs commises, et de même pour les médias où ces erreurs incontestables et incontestées sont commises. Tout naturellement, une méritocratie va naturellement se dessiner, et il deviendra plus important d’être bien classé dans ce classement que d’avoir une carte de presse. Je rappelle que la carte de presse ne se donne pas en fonction de la qualité journalistique produite. Et peut-être que demain, justement, pourra mettre en place une carte de presse à points, où les journalistes seront sanctionnés de la perte de points selon les erreurs qu’ils auront commises, à l’instar des chauffards du dimanche. Nous discuterons de tout cela, car il n’est même pas sûr qu’il faille un système de sanction, la position dans le classement étant déjà largement suffisante pour faire de vous un bon ou un mauvais journaliste (surtout si cette base de données est croisée avec d’autres bases complémentaires, comme celle sur les sujets à sens unique, que certains journalistes ont le courage d’aborder de façon inverse ou par le débat contradictoire par exemple). Bref, les possibilités sont infinies, et seule l’intelligence et le nombre de ceux qui nous rejoindront feront la différence. Et à terme, quand d’autres pays adopteront à leur tour ce genre de contre-pouvoir médiatique, une comparaison pourra se faire entre les contre-pouvoirs des différents pays, qui diffèreront en fonction des cultures, des niveaux d’appropriation des médias par une caste ou une autre, et nous pourrons à nouveau monter d’un cran vers l’idéal, sans jamais pouvoir l’atteindre évidemment. Mais nous serons loin, très loin de la nullité abyssale des médias publics actuels, et de leur caractère délétère et destructeur de notre démocratie, premier bien commun de notre civilisation.

Propos recueillis par Pierre Cassen

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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island girl 28/06/2012 19:52


Les journaux font faillite ,la télé n'intéresse  plus....la ou internet passe  les journalopes trépassent !

Marie-claire Muller 27/06/2012 22:43


Les médias écrits comme ceux de l'audio visuels sortent du même moule (l'école de journalisme; comme celle de la magistrature et de l'éducation, est de gauche) c'est pourquoi INTERNET leur fait
peur .Ils se référent pour la plupart à l'AFP qui est je croit financée par les émirats donc ce qu'elle diffuse est politiquement correct et dans la lignée de l'islamo gauchisme!c'est de la
désinformation et de l'intox en boucle pour endormir le bon peuple. INTERNET  EST UN OUTIL EXTRAORDINAIRE(toutes les choses cachées seront révélées! c dans la Bible) et bien nous y
sommes!!!!!!!