Interview-réponse à Jean Valette de Bonapartine (3) - Par Gérad Brazon

Publié le 13 Mars 2011

Dernier chapitre de l'interview de Bonapartine sur l'Education Nationale en Réponse à Jean Valette.

 

 

Partie III de publication (un peu plus de 3 pages 

 

Gérard Brazon - Au souvenir de cette partie de votre enfance, qu’est-ce qui vous permet d’affirmer, à l’examen de ce que vous observez aujourd’hui, que le niveau des élèves des années 2000 a chuté comparativement à celui des élèves des années 1950 ? 

En dehors de l’instituteur du village qui avait, à l’époque des souvenirs qui sont les miens, son Baccalauréat, du médecin qui était "le plus diplômé"comme ils disaient tous, certains des habitants de ce village et des environs avaient obtenu "leur certif.". D’autres avaient commencé à travailler très jeunes aux champs ou à l’usine. Mais je peux vous assurer que ceux qui avaient obtenu leur certificat d’études s’exprimaient dans une langue française autrement mieux maîtrisée que celle de nos futurs bacheliers ! Cela ne signifie en rien que nos futurs bacheliers ne soient pas intelligents. Simplement, il faut être honnête et reconnaître les carnages qu’ont causés "ces gens qui se livrent à de hasardeuses expériences de pédagologies plus délirantes les unes que les autres", en particulier depuis Mai 1968. Nos élèves ne savent plus écrire correctement la langue française et s’expriment oralement malheureusement aussi parfois dans un langage qui laisse à désirer, même s’il faut savoir également ne pas tout généraliser et dire que l’excellence existe encore dans ce pays.

Il n’en demeure pas moins que je comprends le désarroi, peut-être l’inquiétude, je ne sais exactement, qui semble saisir Monsieur Valette quand il entend, dans le bus les "conversations" de lycéens et d’étudiants, précisant : "Le nombre de mots de leur vocabulaire est "édifiant", les bras m’en tombent souvent. Et çà se croit instruit." Et il faut bien reconnaître que les moyens technologiques modernes de communication facilitent et accélèrent la déconstruction lente mais certaine de la langue française. Aujourd’hui, plus aucun élève n’écrit un mot en entier, ne construit une phrase sur un SMS par exemple. Autre exemple : lorsque vous demandez à des adolescents de répondre à un mail en construisant des phrases entières pour répondre, "au mieux" les élèves de 3ème laissent entendre que vous ne comprenez rien à votre époque dans la mesure où maintenant "on écrit tout en raccourci; au pire, les élèves inscrits en classe de Terminale répondent  au mail sans rien contester de votre demande de départ mais néanmoins sans jamais mettre  pour autant une majuscule en début de phrase dans leur mail ! En d’autres termes, nous sommes aujourd’hui face à une génération qui fait ce qu’elle veut. Je dis bien "ce qu’elle veut" chez elle avec ses parents, à l’école face à l’enseignant dont ils se contrefichent parfois complètement de l’autorité, devant leur employeur temporaire quand ils font un stage en entreprise dès l’année de 3ème. Dans ce dernier cas, il n’est par exemple pas rare de voir désormais de jeunes gens en CAP de coiffure quitter un stage au terme de quelques jours, ne pas prévenir l’employeur et annoncer avec une décontraction certaine à leur enseignant référant qu’ils arrêtent tout car le stage ne leur plaît pas ou que "c’est vraiment trop chiant de travailler debout toute la journée".

Sur la base de ces exemples, je confirme donc effectivement ce qu’écrivait Jean Valette : non contents de se distinguer par leur apathie, voire la pauvreté ou la vulgarité de leur langage, certains adolescents se targuent hélas aussi parfois d’être intelligents, le claironnent et n’hésitent pas à narguer l’adulte – référent sur cette base.

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A titre d’exemple, j’interviens cette année auprès d’une collégienne inscrite en classe de 3ème, d’un niveau scolaire passable et d’un niveau de culture générale quasi inexistant au point qu’elle pensait que Bonaparte et Napoléon Ier étaient deux personnages historiques différents, "le premier" ayant vécu, pensait-elle, "au  XVIème  siècle et "le second" (Napoléon Ier) ayant, quant à lui, vécu, selon cette adolescente, "au XVIIIème siècle" (uniquement au XVIIIème siècle) …. Pour autant, elle continue de déclarer régulièrement devant moi et avec beaucoup d’autosatisfaction : « Qu’est-ce que je suis intelligente ! »

Or, dans cette affaire, autant vous dire que le système scolaire français est complice et donc en partie responsable de ce qu’il a engendré car, en l’occurrence, cette élève n’a jamais redoublé une seule fois de sa vie. Ce qui est complètement anormal au vu de son niveau scolaire d’ensemble dont les acquis sont globalement à peine ceux d’une élève de fin de 5ème dans le domaine de la maîtrise de la langue française. Et parfois, pour certains d’entre eux, pas même ceux d’une élève de Cycle 3 à l’école primaire (Cycle III = classes de C.E.2, C.M.1, C.M.2). Comment, en effet, comprendre qu’une élève soit parvenue en classe de 3ème sans jamais redoubler et ne soit pas en mesure de vous donner l’infinitif d’un verbe conjugué ? Comment comprendre que la même élève vous déclare, à l’âge de quinze ans, que tous les verbes terminés en "IR" appartiennent au deuxième groupe ? Et des exemples de ce genre, je pourrais vous en donner des dizaines depuis le début de l’année scolaire !

 

Alors évidemment, une fois que j’ai dressé ce constat, je n’oublie pas, je le répète volontiers, qu’il faut aussi relativiser l’image que renvoie une partie de la jeunesse dont parlait Jean Valette ou dont je parle dans cet article et qui ne représente pas toute la jeunesse française. En effet, de même que le niveau scolaire de tous nos collégiens, lycéens et étudiants n’est pas systématiquement faible, il y a aussi une partie de notre jeunesse qui vit dans un mal être et/ou est très angoissée par l’avenir. Il ne faut pas le nier non plus. Et je remarque, ce n’est d’ailleurs pas sans me préoccuper, que parmi les adolescents attirés par certaines addictions, déprimés, dépressifs ou suicidaires, nombre d’entre eux sont plutôt des élèves d’un niveau intellectuel au-dessus de la moyenne. Sont-ils en mal être pour des raisons uniquement personnelles et/ou familiales ? Pour partie, oui. Mais ce n’est pas là la seule explication à leur mal être. Ou sont-ils en mal être également parce qu’ils sont plus aptes à percevoir et à analyser plus tôt que d’autres adolescents, combien cette société capitaliste et profondément injuste n’a, en réalité, rien ou tout au moins si peu à leur proposer ?

Sur le dossier de la santé psychologique de nos adolescents en France, j’apprécierais que notre classe politique s’en préoccupât plutôt que de se laisser submerger, le week-end venu, par la psychose des sondages ! 

Gérard Brazon Bonapartine, comment résumeriez-vous la situation actuelle ? 

Je crois que nous ne vivons pas seulement une crise de société mais plus globalement une crise de civilisation. Dans ce contexte, il me semble que Platon avait déjà fort bien écrit à quoi pouvait ressembler la crise grave, lourde et profonde que nos sociétés traversent et dont notre école est le reflet : 

« Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les fils ne tiennent plus compte de leurs paroles, lorsque les maîtres tremblent devant leurs élèves et préfèrent les flatter, lorsque les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus, au-dessus d’eux l’autorité de personne, alors c’est là en toute jeunesse et en toutebeauté, le début de la tyrannie. » (Platon, IVème siècle avant Jésus-Christ)

Bonapartine.

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Bonapartine

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Jean Valette (Johanny) 14/03/2011 21:09



Bonsoir Bonapartine et merci.


 


J'ai deux enfants nés respectivement en 70 et 72, tous deux ont suivi l' ENS, l'un est prof l'autre chercheur au CNRS, je crois pouvoir affirmer qu'il n'y a jamais eu entre eux et moi quoique ce
soit qui s'apparenterait à du "conflit générationnel".


Nous ne sommes pas toujours d'accord sur la vision du monde et c'est heureux tout simplement parce qu'au lieu de trouver dans ces différences de popint de vue le moindre antagonisme, je crois
pouvoir affirmer de même que nous y trouvons surtout une sorte de "complémentarité"... Lorsque j'ai des questions pour me servir de cet ordinateur en particulier mais sur bien d'autres sujets, ce
sont eux, maintenant, qui m'apprennent ....   Finalement je m'aperçois qu'ils sont avec leurs enfants à peu près comme je l'étais avec eux ... 


Maintenant à la retraite (dans mon cas ce fut à 65 ans) depuis quelques années, toujours aussi curieux de nature je continue de vouloir apprendre tout ce que je n'ai pas eu le temps
d'apprendre durant ma vie, je dis souvent à la blague que j'en ai au moins encore pour deux cents ans !.... C'est une galéjade bien évidemment, il me faudrait beaucoup plus de temps que
ça !!!....    :-)



Bonapartine 13/03/2011 10:09



Bonjour Monsieur Valette,


Je vous remercie pour ce commentaire (synthèse mise en fin de partie 1).


Je voudrais juste ajouter que contrairement à une idée préconçue ( Jean Valette l'a, du reste, parfaitement compris comme le laisse deviner son commentaire), ce débat ne concerne pas seulement,
comme disent certains jeunes "les vieux" si tant est qu'il faudra m'expliquer qui sont "les vieux" dont ils parlent et dont ils feraient mieux d'écouter les conseils parfois. Je considère, en
effet, que nous avons tout à apprendre de ceux qui sont plus agés et qui sont parfois plus créatifs et/ou jeunes d'esprit que bien des jeunes de 15 ans qui se demandent toujours ce que leur pays
devrait faire pour eux sans jamais se demander, en retour et alors qu'ils ont tout l'avenir devant eux, ce qu'eux, pourraient proposer et comment agir pour permettre à la France de se relever !
Ils veulent pouvoir s'exrpimer ? Parfait ! Mais la majorité d'entre eux se cantonne à manifester dans les rues de Paris sans jamais proposer ... La majorité d'entre eux refuse également d'aller
voter ... Mais comment comptent-ils se faire entendre s'ils ne commencent pas par se rendre massivement dans les bureaux de vote ?


Ce débat engagé par Jean Valette démontre que dans toutes les générations      ( j'appartiens à la génération née en 1967), il y a des gens qui sont conscients des handicaps
lourds que cumule depuis quelques décennies notre pays. C'est pourquoi j'accorde beaucoup d'importance dans ce dialogue inter-générationnel. Mais je vous avoue une chose, Monsieur Valette : qu'il
est difficile pour une personne de la génération de 1968 de se faire entendre de sa génération sans passer pour une "martienne" ! Ce qui ne m'empêchera pas, pour autant, de continuer à clamer
haut et fort mes convictions. Et j'espère que nous serons de plus en plus nombreux, dans ma génération et dans celles qui suivent, malgré les signes alarmants qui tendent peut-être à démontrer le
contraire, à comprendre l'impérative nécessité de reprendre le flambeau de l'héritage que nous avait transmis les maîtres d'école des années 1950 .... et même bien avant 1950 !


Très cordialement,


Bonapartine.



Gérard Brazon 13/03/2011 15:27



Ils préfèrent faire la grève et manifester pour les retraites alors qu'ils n'ont encore pas travaillé. (sourire). C'est la déliquescence de la pensée. Le consumérisme politique. La manif
jouisive, sans idée. La bof génération. C'est triste mais relève d'une vie politique sans avenir.



Jean Valette (Johanny) 13/03/2011 09:22



( même réponse qu'au droit de votre chapitre n° 1 )