Interview-réponse à Jean Valette de Bonapartine - Par Gérad Brazon

Publié le 13 Mars 2011

        Comme annoncé le 04 mars dernier, Bonapartine réagit au commentaire d’un de nos lecteurs, Jean Valette, qui, en réaction à la publication d’un article de Gérard Serval sur les maux de notre institution scolaire, mettait l’accent sur la délisquescence des comportements et des mentalités qu’il observait chez nos élèves. Jean Valette insistait en particulier sur la baisse du niveau scolaire de nos élèves, déjà constatée et analysée à plusieurs reprises par Bonapartine à l’école primaire.

          Vous le verrez, Bonapartine a accepté, dans une démarche à la fois originale et très personnelle, d’effectuer un retour en arrière, notamment sur son enfance, pour nous démontrer combien les souvenirs personnels de Jean Valette étaient encore d’actualité il y a seulement un peu plus de trente ans. C’est ce qui me fait dire, contrairement à Bonapartine et c’est là la nuance de point de vue que j’ai avec elle, que la décadence de la société française, au-delà de Mai 1968, s’est  en réalité considérablement accélérée à partir des années 1980.

          Ce sont d’ailleurs les mêmes, aujourd’hui, ceux de cette gauche bien pensante qui était au pouvoir dès 1981, de cette gauche devenue la gauche des bourgeois bohèmes, qui n’hésitent pas à saper les fondements de la laïcité, ne contestent pas la suppression annoncée des personnages clefs de notre histoire, encouragent quand elles ne soutiennent carrément pas des organisations dites antiracistes à imposer une pensée unique au plus grand mépris de l’organisation de tout débat démocratique contradictoire.

         Je ne doute évidemment pas que Jean Valette appréciera le temps  et l’intérêt vif témoignés par Bonapartine à son commentaire d’origine. Par ailleurs, je rappelle que l’expression est libre sur ce blog et, par conséquent, Jean demeure parfaitement libre de nous faire part de son ressenti, une fois la lecture de l’interview de Bonapartine terminée. Qu’il partage ou pas son opinion. 

Gérard Brazon.

 

  L’interview et en quatre chapitre. 

Chapitre I

 

Gérard Brazon – Bonapartine, le 04 mars 2011, vous aviez souhaité réagir aux commentaires d’un de nos lecteurs, Jean Valette, qui donnait son avis à la suite de la parution sur mon blog d’un article de Gérard Serval sur l’état de notre institution scolaire française de toute évidence bien malade. Apparemment, vous avez été émue par le commentaire de Jean Valette. Pourquoi ? 

           J’ai souvent, au cours de mon enfance, passé les vacances d’été au cœur du Périgord. Et quand j’ai lu le commentaire de Jean Valette, j’ai d’abord été émue de retrouver des intonations de conversations que j’entendais autour de moi, notamment des paysans entre eux. Un discours plein de bon sens, pertinent et cohérent avec lui-même.

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A une époque qui n’est pas si lointaine, les paysans, commerçants, anciens ouvriers à la retraite que je côtoyais à la campagne constataient dans les cahiers de leurs petits-enfants qui venaient passer leurs vacances chez leurs grands-parents : « Mais qu’est-ce qu’ils mettent dans la tête des gosses tous ces "intellectuels" de Paris ? Dis, t’as vu çà, Marie, maintenant on apprend le présent des verbes du premier groupe aux trois premières personnes du singulier et quatre mois après, ils ont repris cette conjugaison aux trois personnes du pluriel. Eh, à ce rythme là, ils vont avoir un cerveau avec plein de trous, les gouyas ! »  

Ces mots qui ne concernaient, en l’occurrence, pas l’observation de mes cahiers de français mais ceux de copains ou copines, eux aussi en vacances, ont néanmoins marqué mon esprit puisque plus de trente ans après, j’en ai encore un souvenir précis. En revanche, nombreux étaient les commentaires portant sur mes cahiers de mathématiques, notre génération ayant été, hélas, et parfois déjà contre l’assentiment de ses instituteurs, la génération dite des"maths modernes".

Je dois dire qu’avec le recul, je souris, non sans une certaine nostalgie du reste, en me souvenant de ce que j’entendais : « Dis, Pierre, depuis quand 5+5 = 11 ? C’est ce qu’elle apprend la gosse… » Et le Pierre en question, interloqué dans un premier temps, de réfléchir quelques secondes puis de s’insurger ensuite : « C’est ce qu’elle apprend à l’école Bonapartine ? Ah, elle est bien sotte la nouvelle génération d’instituteurs qui croit nous avoir appris la vie avec leur révolution de pacotille, dans leurs écoles à Paris où on leur monte la tête et où ils se mettent à regarder de haut la France qu’ils commencent à appeler "la Franced’en bas" où ils sont pourtant nés. Mais en attendant, cette pauvre génération a perdu tout bon sens qui permet de comprendre sans avoir été à l’ école qu’avant d’apprendre la base de 2 à des enfants aussi jeunes, il faut commencer par leur apprendre la base tout court et donc que 5+5 = 10 ! C’est comme si moi je voulais faire démarrer le tracteur sans qu’il y ait un moteur dedans mais va expliquer çà à cette génération d’écervelés ! Tu sais, Marie, je  crois que la France est mal partie … »

Le seul hic dans l’histoire et que personne ne disait pour ne surtout pas contrarier cet homme, c’est que je n’ai jamais connu, à l’école primaire, d’instituteurs jeunes âgés de vingt-cinq ou trente ans. En conséquence, les nouvelles méthodes pédagogiques appliquées en mathématiques étaient déjà imposées "d’en haut" à des enseignants qui ne demandaient probablement pas qu’on leur bombarde sur les épaules "les maths modernes".

A titre personnel, j’avoue n’avoir pas souffert de l’application de ces nouvelles méthodes pédagogiques car, ayant eu une santé très fragile tout au long de mon enfance, j’étais régulièrement absente de l’école et les cours se rattrapaient finalement à la maison … avec des méthodes d’enseignement classique. D’autre part, nombreuses étaient les occasions données, au cours de l’été passé à la campagne, de se livrer à des exercices ludiques dans tous les domaines mathématiques (calcul mental, numération, opérations, maniement des unités de mesure et de grandeur, géométrie).

Pour autant, ce paysan périgourdin n’avait pas tort, sur le fond, car la première génération post soixante-huitarde d’enseignants sortis de l’Ecole Normale, a eu moins de scrupules que leurs collègues plus anciens et plus expérimentés dans le métier, à mettre en pratique des méthodes pédagogiques qui n’ont jamais fait leurs preuves  comme chacun le sait de manière parfaitement démontrée depuis plusieurs décennies maintenant, que ce soit dans le domaine de l’apprentissage de la langue française ou dans celui des mathématiques. Dans ce système bercé au son des slogans demeurés tristement "célèbres" de Mai 1968, l’instituteur devenait en quelque sorte "le copain" de l’élève d’une part. L’élève, quant à lui, était d’autre part considéré, d’un point de vue strictement pédagogique, comme "un cobaye" sur lequel on"expérimentait" – terme on ne peut plus atroce que celui là ! - des méthodes pédagogiques qui ont abouti aux mauvais résultats nationaux que nous connaissons tous, quarante ans plus tard, et qui font que nos élèves sont loin d’apparaître parmi les meilleurs dans les classements internationaux.

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                                       Un des slogans de Mai 1968

Quoi qu’il en soit, l’interrogation initiale de Jean Valette résume en fin de compte les observations de ce paysan périgourdin : « Quels sont ces gens qui se livrent à de hasardeuses expériences de "pédagologie" plus délirantes les unes que les autres ? » Ce qui démontre que notre école française version 2011 est malade, profondément malade et ce depuis déjà quelques décennies, là où l’école des années 1950 formait des enfants effectivement capables d’avoir des bases fondamentales qui leur permettaient, une fois devenus paysans de métier, de tenir leur ferme, leur comptabilité et de gérer leurs hectares de champs. Et je crois volontiers qu’elle parvenait tout aussi parfaitement à transmettre les savoirs fondamentaux permettant aux chefs d’entreprises auxquels fait référence Jean Valette de mener à bien leur entreprise: « J’ai connu bien des chefs d’entreprise, il y a des années qui n’avaient en tout et pour tout comme diplôme "que" ce certificat d’études primaires, et ces délicats enseignants ne leur arrivaient même pas à la cheville. »

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                           Une salle de classe dans les années 1950 

Une fois ce constat établi, pourrions-nous pour autant honnêtement affirmer que dans le monde globalisé qui est le nôtre, le certificat d’études primaires, même s’il avait été rétabli et avait conservé sa valeur d’origine, suffirait désormais à nos chefs d’entreprises pour gérer des sociétés aux structures parfois bien plus complexes qu’elles ne le furent pendant longtemps, faire des études de marché rendues souvent indispensables et aller chercher des marchés à l’étranger ? Je ne le crois pas. Il me semble, en effet, qu’en l’espace de cinquante, ans, notre société a fait face à des bouleversements qui sont, à mon avis, aussi considérables et probablement aussi dévastateurs que ceux qui avaient entraîné la chute de l’Empire romain d’Occident au Vème siècle après Jésus-Christ.

A suivre sur le chapitre II

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Bonapartine

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Jean Valette (Johanny) 13/03/2011 09:17



Bonjour Gérard et mes respectueux hommages à Bonapartine que je salue d'autant plus que je suis entièrement d'accord avec elle ...


 


Le passé est passé, bien des agriculteurs utilisent des techniques de pointe, les "expériences" pédagogiques hasardeuses que je fustigeais ne concernaient bien évidemment que l'enseignement
primaire, celui qui est la base de tout le reste . J'ai eu personnellement la joie à l' E.N.B.A. de visiter largement les programmes de "mathématiques spéciales" !.....   :-)


 


Il y a tout de même tout un monde à ne pas négliger entre le brave agriculteur des années cinquantes et les managers des entreprises multinationales, même aujourd'hui . Je ne citerai pas la liste
exhaustive de tous les métiers appelés autrefois "Arts libéraux", ils existent encore et un artisan seul à son compte est aussi un "chef d'entreprise"... Essayez et vous verrez !...  
:-)) 


Je ne citerai pas non plus toutes les professions appelées "travailleurs non salariés" que l'on nomme aussi "professions libérales", qui sont, considérées dans leur ensemble, comme le premier
employeur de France ...


 


" Une tête bien faite vaut mieux qu'une tête bien pleine", ce slogan de Célestin Freinet n'est il pas de nature à tout résumer ?


 


Celui que je considère comme le meilleur professeur que j'ai eu la chance de comprendre, il nous enseignait la technologie du bâtiment (vaste programme), nous répétait deux choses :


 


1° - L'ecole (en l'occurence l' E.N.B.A.) vous apprend à apprendre par vous-même...


 


2° - Soyez curieux, regardez, observez, vous comprendrez ...


 


.... Mais il est juste d'avouer que mon expérience professionnelle de concepteur en bâtiment et principalement en "résidences particulières", fait que chaque nouveau chantier non répétitif était
à chaque fois ce que je peux comparer à "un prototype", ceci peut expliquer mes craintes quant à un enseignement qui se voudrait total et définitif dès l'obtention d'un diplôme .... J'ai eu des
collaborateurs frais émoulus qui avaient naturellement "tout appris", sauf ce qu'ils allaient devoir affronter: la recherche de solutions à des problèmes jamais rencontrés ....  Là, une tête
bien pleine ne sert pas à grand chose ...   :-)


 


Bien cordialement, pardonnez mon humour léger, mais comme le disait Georges Clémenceau: "on ne peut raisonnablement parler de choses sérieuses qu'avec beaucoup d'humour" .......