Iran-Turquie : La bataille hégémonique, la minorité chiite en Egypte et l'Iran. Par Dore Gold

Publié le 27 Octobre 2012

empire turc et empire perse

De belles guerres inter-religieuses en perspective, cette analyse précise nous démontre encore une fois que la rivalité entre sunnites et chiites est le principal détonateur d’une guerre régionale 

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par Dore Gold 

La Turquie et l’Iran se battent pour l’hégémonie dans le monde arabe mais pour détourner leurs ambitions, Erdogan et Khamenei utilisent la lutte contre Israël comme fer de lance.

L’évolution des derniers évènements dans la région en particulier à la frontière turco-syrienne ont remis en évidence les fluctuations que traversent le Moyen-Orient changeant ainsi l’équilibre des forces et modifiant l’échiquier entre les camps. Les représailles turques au nord de la Syrie en réponse aux tirs de mortiers qui ont causé la mort d’une famille de cinq personnes a provoqué la convocation urgente du parlement turque. Après un débat rapide il a délibéré en autorisant l’armée à opérer sur le sol Syrien.

Le président turc, Abdullah Gull, a même mis en garde contre « le  pire des scénarii », et le Premier ministre, Tayyip Erdogan, a enchéri: « Nous nous rapprochons de la guerre »!

La puissance turque jette donc son ombre sur les pays arabes, et en premier chef sur son voisin syrien. La réaction de Damas ne s’est pas fait attendre, le ministre syrien de l’Information a exprimé les préoccupations historiques des Arabes à l’égard de la Turquie, et a affirmé que les Turcs visent à contrôler le monde arabe en nommant des dirigeants fantoches. Il a protesté contre l’insolence turque en déclarant: « la Turquie n’est pas l’empire ottoman ».

Dans ce contexte, il convient de noter que les Irakiens aussi ressentent un renforcement turc dans la région et de ce fait le gouvernement à Bagdad a décidé d’annuler les accords avec la Turquie, signés il y a une quinzaine d’années, lui permettant d’installer des troupes sur le sol irakien.

Dans un article paru le 2 octobre dernier, le New York Times révèle que le général Kassem Suleimani, commandant de la force al-Qouds au sein des Gardiens de la Révolution est en fait  le principal acteur iranien ayant une influence considérable sur la politique intérieure en Irak, et c’est bien lui qui dirige le transfert de l’aide militaire au régime d’Assad.

Dans la même veine, le Gardian rapporte qu’un homme politique irakien avait déjà transmis en 2008 un message au général américain David Petraeus. Dans cette missive publiée par le journal britannique    nous pouvons lire: « Général Petraeus, vous devez le savoir que c’est bien moi, Kassem Suleimani, qui  dirige la politique iranienne en Irak, au Liban, à Gaza et en Afghanistan ».

Ces propos ont été confirmés partiellement par l’agence de presse iranienne ISNA se référant à un des discours de Suleimani qui disait : »toutes ces régions sont d’une manière ou d’une autre sous contrôle de la république islamique iranienne et suivent son idéologie ». Téhéran a aussi avoué pour la première fois que des activistes de la force al-Qouds ont été déployés au Liban et en Syrie.

Depuis la Deuxième Guerre mondiale, intellectuels et hommes politiques dans le monde arabe avaient expliqué que le manque de progrès  dans leurs pays est dû à la présence « de l’impérialisme occidental », et Ils rappelaient que Napoléon avait envahie l’Egypte déjà en 1798. Ils oublient de constater que la France a bien quitté l’Algérie en 1962, et que la Grande Bretagne s’est retirée définitivement de Suez, et qu’en fait, les seules forces occidentales existantes dans la région sont américaines, et mêmes ces dernières sont sur le point de se retirer.

Cependant, le monde arabe qui souhaite vivement prendre en main son propre destin se trouve face à un nouveau défi en raison de l’implication croissante de l’Iran et de la Turquie, deux puissances qui ont régné dans la région avant que l’armée de Napoléon ait débarqué sur la côte égyptienne.

Le ministre turc des Affaires étrangères n’avait-il pas déclaré en octobre 2009 à Sarajevo que « les Balkans, le Caucase, et le Moyen- Orient se « portaient mieux » à l’époque ottomane »… en ajoutant que   »la Turquie est en train de revenir »… et elle peut jouer un rôle plus actif pour résoudre les conflits dans la région.

Les manigances iraniennes au Moyen-Orient ont été dévoilées au grand jour dans l’implication croissante de Téhéran en Irak, au Liban, à Gaza, lors du soulèvement chiite de Bahreïn, au moment de la révolte   au Yémen et par le soutien au régime d’Assad pour réprimer  la rébellion sunnite.

L’Arabie saoudite avait bien compris que la guerre des Etats-Unis contre le régime de Saddam Hussein en Irak entraînerait une influence iranienne dans ce pays. Le roi Abdallah estime aujourd’hui que le retrait de l’Occident du Moyen-Orient pourrait entraîner le retour de l’empire iranien en version moderne.

Dans ce contexte régional, il est clair que Téhéran et Ankara détournent leurs véritables intentions hégémoniques en poursuivant leur lutte contre l’Etat juif.  De ce fait, nous devons agir avec sagesse pour utiliser des intérêts communs parmi les enjeux régionaux et ainsi  faire face aux conséquences de la nouvelle donne géopolitique.

La minorité chiite en Egypte et l’Iran

 par Jacques Neriah 

*Alors que l’écrasante majorité des Egyptiens est musulmane sunnite, le nombre des chiites dans le pays des pharaons est estimé à plus de 2.2 millions. Rappelons qu’une dynastie chiite, les Fatimides, avaient conquis l’Egypte en 969 et ont dirigé le pays durant deux siècles.

*Le nouveau Président, Mohamed Morsi, aurait déclaré concernant l’islam que le chiisme  est plus dangereux que les Juifs. Un autre  chef des Frères musulmans qui fut candidat à la dernière présidentielle, Abdel Moneim Aboul Fotouh, avait mis en garde contre  le chiisme et affirmait que ce courant islamique devrait être interdit en Egypte.

*La doctrine  idéologique de base des Frères musulmans est pan- islamique et fondamentalement religieuse, et elle cherche à minimiser les différences entre les principaux courants de l’Islam: le sunnisme et le chiisme. Rappelons toutefois que l’enthousiasme initial des Frères musulmans en faveur de la révolution islamique iranienne s’est rapidement estompé car elle s’était transformée en révolution  nationaliste perse et spécifiquement chiite.

*Cette perception s’est répandue dans les sociétés sunnites arabes au moment où l’Iran a tenté d’exporter sa révolution dans les pays arabes du Golfe, et après qu’elle a tissé une alliance avec le régime syrien d’Assad, engagé depuis dans un conflit ouvert avec la branche syrienne des Frères musulmans.

*le Président Morsi comme ses prédécesseurs a adopté une politique de confrontation envers la minorité chiite et il a exclu qu’il accepterait une certaine alliance avec l’Iran.

En dépit des spéculations sur la première visite de Mohamed Morsi à Téhéran et ses implications sur la politique régionale et globale de l’Egypte, en particulier vis-à-vis de Washington, Jérusalem et Riyad, le nouveau président égyptien maintient,  par ses convictions et à la lumière de ses discours, une image d’un héros sunnite combattant le chiisme.

Toutefois, la nouvelle Egypte à l’intention de normaliser ses relations avec Téhéran, alors que Moubarak brandissait constamment le spectre  iranien destiné à déstabiliser son régime. Pourtant, même si l’Iran fut le premier pays musulman après l’Arabie Saoudite que Morsi a rendu visite, la rue musulmane considère que le nouveau président égyptien, membre à vie des Frères musulmans, rejette la notion d’un « croissant chiite », conscient que l’Iran pose une menace pour les communautés sunnites du Moyen- Orient.

Depuis l’invasion américaine en Irak en 2003, les divisions sectaires entre sunnites et chiites se sont aggravées, permettant à certains régimes d’accuser les chiites arabes de menacer la stabilité régionale au service des intérêts iraniens. Le président Hosni Moubarak avait accusé les musulmans chiites du Golfe d’être plus fidèles à Téhéran qu’à leur propre pays. Le roi Abdullah II de Jordanie, avait mis en garde contre « un croissant chiite »  assombrissant  l’ensemble de la région.

Durant les trois décennies du règne de Moubarak, les chiites étaient soumis à des restrictions sécuritaires et a à un contrôle constant  en raison de leur appartenance présumée avec l’Iran. Les chiites ont souvent été considérés comme des agents iraniens par les forces de sécurité égyptiennes.

En juin 2009, plus de 300 chiites ont été arrêtés sans explication officielle. Au début de cette année  les autorités égyptiennes avaient  arrêté une cinquantaine d’activistes accusés de conspiration avec le Hezbollah. Ils étaient suspects de préparer des attentats contre  l’infrastructure touristique de la péninsule du Sinaï.

Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah, a avoué avoir envoyé au Caire un émissaire pour acheter des armes et du matériel humanitaire pour les Palestiniens de Gaza assiégés par un blocus maritime israélien.

 Un an plus tard, en octobre 2010, 12 musulmans chiites ont été condamnés pour avoir propagé la doctrine chiite et pour avoir comploté contre le régime avec le soutien de fonds étrangers. Le groupe comprenait des citoyens Egyptiens, Marocains, Irakiens et Australiens.

Depuis la chute de Moubarak, les tentatives chiites ont provoqué des menaces salafistes. Leur dirigeant, Mohamed El-Marakby, a critiqué sévèrement l’intention des chiites égyptiens de fonder un parti politique et un journal financé par l’Iran, et a appelé à lutter contre.

Au début de la révolution du mois de janvier 2011, l’attitude du régime égyptien  a été bien  ambivalente à l’égard de la minorité chiite. Dés les premiers jours, les chiites se sont exprimés sur la place Tahrir. En septembre 2011, la minorité chiite a annoncé son intention de se présenter aux élections législatives avec un parti politique, Unité et Liberté.

Encouragés par ce qui était perçu comme une nouvelle ère de libertés en Egypte, les musulmans chiites se sont rassemblés devant l’ambassade de l’Arabie Saoudite au Caire pour dénoncer la position de ce pays sur les décrets autorisant la démolition de lieux saints, et aussi sur le financement des mouvements salafistes d’Egypte.

En août 2012, suite à l’élection du Mohamed Morsi, la minorité chiite avait demandé une reconnaissance officielle de l’Etat, la permission de créer des salles de prière, et un quota fixe de sièges au Parlement national à l’instar des coptes.

Cependant, les forces de sécurité ont continué à appliquer une main de fer contre tout signe de « violence » à l’égard du régime par la minorité chiite. Les forces de sécurité égyptiennes ont même dispersé les fêtes religieuses chiites (les célébrations d’Achoura en décembre 2011) au sein de la mosquée Hussein du Caire, répondant ainsi à la rage de la foule sunnite et les salafistes. En mai 2012, la visite du chef religieux chiite libanais Ali Al-Korani au Caire a provoqué une sorte d’hystérie dans les médias et dans l’opinion publique en évoquant par des titres sensationnelles  « la marée chiite » encouragée et endoctrinée par l’Iran et de ce fait les autorités égyptiennes ont fermé leur mosquée en confisquant des publications, affiches, et enregistrements.

La visite de Korani au Caire a été condamnée par Al-Azhar, l’académie de recherche islamique et par le ministre des Cultes. Des religieux sunnites ont critiqué les séminaires religieux que Korani avait tenus et les conférences qu’il avait données dans les foyers chiites du Caire et ailleurs. Ils ont décrit les actions des religieux chiites comme « une ligne rouge inacceptable » et les ont considérées comme tentative à propager la doctrine chiite en Egypte.

L’Iran officiel a bien compris le message en provenance du Caire et s’est précipité à se dissocier des évènements en affirmant que Téhéran  n’avait pas de contacts directs avec les différents groupes chiites. De telles pratiques nuisent à la possibilité de dialogue et d’unité islamique, et sont donc irresponsables en les qualifiant de pratiques individuelles et expliquant que le chiisme fait partie de la nation égyptienne, et que l’Iran ne souhaite pas intervenir dans les affaires intérieures. Téhéran, comme d’habitude a accusé les Etats-Unis et Israël de semer la discorde entre l’Iran et la nouvelle Egypte.

La question chiite demeure une question très controversée et une source de division au sein des Frères musulmans, en particulier avec la  montée en puissance de l’Iran. Cela a été en outre souligné depuis le début de la guerre civile en Syrie où le régime  alaouite chiite lutte contre les islamistes, dont les principaux combattants sont issus des rangs des Frères musulmans interdits.

Les Frères musulmans sont dans leur ensemble déchirés sur la question chiite, entre sa vocation comme  mouvement panislamique  désirant l’unité avec l’Iran, et  son identité comme mouvement distinct sunnite et arabe opérant au sein d’un contexte sociopolitique unique et méfiant vis-à-vis du pouvoir chiite. En dépit de la face « conciliante » la division est profonde au sein de la confrérie sur cette question.

En conclusion, les récentes déclarations de Morsi prouvent que le président égyptien a  adopté comme ses prédécesseurs une politique de confrontation envers la minorité chiite et il  exclut toute alliance sur ce point avec l’Iran.

jcpa   - Dossiers –  Turquie, sur l’Iran  israel-flash

 



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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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DURADUPIF 29/10/2012 16:05


Qu'ils fassent le pas bon sangs et que les alaouites s'y joignent. Si cela pouvait amener à cinq cent ans de néant de cette secte pour l'Occident et pendant que nous y serions on pourrait y
ajouter notre coup de pied de l'âne pour dire merci à Jean Sobiesky.

Epicure 27/10/2012 20:39


De belles guerres intermusulmanes sont notre pain béni: vendons des armes et attendons leur exhaustion finale qui les rendra peut-être sages comme ce fut le cas des Nazis cinglés et des
bolchéviques ruinés...???