Islam des lumières: Est-ce un leurre ou est-ce possible?

Publié le 28 Octobre 2010

          Un autre site qu'une lectrice m'a fait découvrir (la magie de l'internet sans frontière qui permet une véritable information) et qui nous apporte un autre éclairage. celui de musulmans d'ailleurs qui nous disent leur réalité. L'islam sera ce que les musulmans en feront. Soit une religion de l'absolutisme totalitaire soit une religion comme une autre insérée dans la République Française et respectueuse des lois. En attendant et pour que se réalise la deuxième possiblité, il faudra aux dirigeants de la République un peu plus de courage pour affronter, de face ,les "docteurs" et autres "savants" rétrogrades de cette religion. 

          C'est un extrait de l'interwiew que vous pouvez retrouver dans son ensemble sur le lien en fin d'article. Bonne lecture.

Gérard Brazon

 

            Abdelwahab Meddeb est né à Tunis. Il est poète et universitaire : il enseigne la littérature comparée à Paris X-Nanterre, dirige la revue Dédale et anime sur France Culture l’émission Cultures d’islam. Ci-dessous son entretien en date du 4 octobre :
   

« Pas une semaine ne se passe sans qu’un incident, une information, un documentaire ne mette en lumière la progression en France et en Europe d’un islam radical qui semble imposer son emprise à un nombre croissant de musulmans et qui alimente chez les autres peur et suspicion. Cette peur relève-t-elle d’un fantasme islamophobe ou assistons-nous à une régression réelle ?
              
Le problème de l’islamisme radical est réel : il se manifeste partout dans le monde, donc aussi en Occident, en Europe, en France. Les estimations les plus fiables situent à hauteur de 7% les musulmans qui penchent pour l’islamisme : cela va du sympathisant inactif au militant clandestin qui attend les ordres pour agir au sein de cellules dormantes, sans oublier des financiers, idéologues et entraîneurs militaires. Et 7%, cela fait près de 80 millions dans le monde. Heureusement, ceux qui jouent aux héros sont une infime minorité. Les démocraties doivent se protéger avec les moyens qui sont les leurs, même si nos ennemis jouent sur les failles de nos systèmes. Le cadre juridique reste important même s’il ne faut pas négliger les guerres de l’ombre, policières, militaires, celle des services, celle aussi, très importante aujourd’hui, de l’espace cybernétique.
               Justement : Internet permet aujourd’hui aux musulmans d’Europe de vivre à l’heure de leurs pays d’origine où progresse l’islamisme. En somme, comment combattre ici un phénomène qui se déploie dans une grande partie du monde islamique ?
 
Vous ne voyez pas ce qui s’y passe ! Il faut compter sur les Etats de genèse islamique qui luttent contre le même phénomène, car les islamistes qui visent nos démocraties jugent aussi illégitimes les Etats des sociétés à majorité islamique. En ce moment, ces Etats cherchent à coordonner leur lutte idéologique contre le phénomène islamiste et sa diffusion. De l’Arabie saoudite du roi Abdallah à l’université Al-Azhar du Caire, le sunnisme élabore la doctrine de la wasatiyya, l’« islam du juste milieu », pour contrer son interprétation radicale. J’ai rencontré, au printemps, le nouveau grand cheikh d’Al-Azhar, Ahmed Al-Tayeb : francophone et francophile, il est aussi en lien avec le soufisme, avec l’islam intérieur et spirituel, et il a traduit en arabe un des livres que Michel Chodkiewicz a consacré à Ibn’Arabî. Lors de cet entretien, il m’a confirmé qu’il avait une stratégie pour lutter contre la vision qui réduit l’islam à la guerre de tous contre tous. Il veut réintroduire la complexité dans l’édifice théologique pour y amener la discussion, la controverse, la disputation, qui aménage une place au débat d’idées et à la pluralité des points de vue.

 

Excellente nouvelle, mais les porteurs de cet « islam du juste milieu » dont on ne voit guère de manifestations sont-ils des intellectuels isolés ou sont-ils en prise avec les sociétés ?

Cette version « modérée » de l’islam correspond à la phase actuelle qui est, trans-historiquement, contemporaine du phénomène que décrit Hobbes pour l’Europe du XVIIe siècle qui vient de sortir de la terrible épreuve de la guerre des religions. Le prince neutralise le pontife, et c’est sa religion qui devient celle du sujet. Maintenant, c’est à nous, les intellectuels, d’élaborer le prolongement théorique de Hobbes. Nous devons détacher conceptuellement la religion de la politique et du juridique, vider le théologico-politique de son énergie, comme le fit Hobbes pour le christianisme. Or le théologico-politique continue d’être au centre, même chez ceux qui prônent ladite wasatiyya.Avons-nous les moyens de passer du « jugement de Dieu »au jugement des hommes ? Telle est la question. Elle est destinale pour l’islam et elle est l’horizon du penseur  critique. C’est la tâche de l’heure. Et elle se mène en ce moment en arabe, en persan, en turc, mais aussi en anglais, allemand, français.
Vous parlez d’islamistes assumés et organisés, politiquement ou militairement, et d’enjeux géopolitiques, mais qu’en est-il de la « rue musulmane », de « l’islam de France et de Papa » ? Dans La Maladie de l’islam, vous diagnostiquiez une islamisation diffuse. La distinction entre islam et islamisme à laquelle nous tenons tant, et à raison, est-elle en train de s’effacer dans les faits ? Autrement dit, assistons-nous à une « islamisation de l’islam » ?

           La véritable maladie est bien cet islamisme diffus qui contamine le sens commun islamique et fait des ravages. Son succès doit beaucoup aux télévisions satellitaires, et pas seulement à celles qui se présentent franchement comme propagatrices d’un message religieux. L’islamisme diffus est très présent, par exemple, sur Al-Jazira : il fournit la substance de l’identité polémique qui se veut alternative par rapport à l’identité hégémonique de l’Occident. Son message s’introduit dans les consciences au nom de la différence qui est au centre du multiculturalisme. Le concept de différence est ainsi perverti car il n’est pas intégré dans une dialectique qui permette de penser ensemble le même et le différent − il y a du même dans le différent et du différent dans le même, ce qui nous invite à guetter le ressemblant dans le dissemblable. C’est par cette dialectique que j’appréhende l’islam, en particulier par rapport au christianisme et au judaïsme. Et c’est ainsi qu’on peut limiter les dégâts causés par l’islamisme diffus. On parle beaucoup de la « globalisation ». Qu’est-ce que la globalisation ? Ce n’est pas quelque chose d’abstrait : pour moi, c’est tout simplement la civilisation. Et cette civilisation a été mondialisée par le vecteur de la latinisation. L’entrée de l’islam dans la mondialisation, c’est-à-dire dans la civilisation, exige de tester ce qui, dans les lettres arabes, rejoint les lettres latines, ce qui est identique dans leur différence et ce qui est ressemblant dans leur dissemblance manifeste.

(...)

 
Alors que la burqa concerne, dans les faits, une ultra-minorité, la loi qui l’interdit a été considérée par beaucoup de musulmans comme stigmatisante. Vous, vous avez approuvé ce texte…
 
J’ai donné ma position dans la déposition auprès de la commission parlementaire et dans une libre opinion parue dans Le Mondedu 28-29 décembre 2009. Que je sois contre la burqa peut ne pas compter. Mais ce qui compte, c’est la position d’Al-Azhar et de son cheikh cité plus haut. Eh bien, l’institution sunnite la plus influente y est, elle aussi, opposée : elle rappelle que la burqa appartient plus à la coutume patriarcale qu’aux normes islamiques et invite les musulmans de France à s’adapter aux normes culturelles de leur pays d’accueil. De plus, cet été, l’Etat syrien a tenu à rappeler explicitement sa genèse laïque et, pour ce faire, il a mené campagne contre la burqa et renvoyé autoritairement dans leurs foyers plus de deux mille enseignantes qui portaient le voile intégral. Ceux qui affirment que la loi stigmatise sont ceux qui jouent sur nos faiblesses et développent une stratégie de grignotage en se glissant dans les failles de la démocratie. Ne cédons pas à ce processus de culpabilisation.

 
La République a connu un affrontement très dur avec l’Eglise. Faut-il, pour faire naître ce fameux « islam de France », en passer par un nouvel affrontement républicain ?

 
Oui. C’est dans l’épreuve de la liberté (comme avec Rushdie, Benoît XVI ou les caricatures de Copenhague) que l’islam se sécularisera. C’est en se heurtant à la République qu’il deviendra républicain. »

Jean Vinatier
SERIATIM 2010

A consulter :

 

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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