Islam: les frères musulmans à l'usage des bien-pensants.

Publié le 1 Septembre 2011

Pendant ses études, au Caire, Hassan al-Banna entre en contact avec les intellectuels musulmans du mouvement "salafiyya," ou salafiste, qui se veut dans la tradition des compagnons du prophète Mahomet. En septembre 1927, il obtient son premier poste d’instituteur à Ismaïlia sur le canal de Suez.

« Allah est notre objectif. Le prophète Mahomet est notre chef. Le Coran est notre loi. Le djihad est notre voie. Mourir dans les voies d’Allah est notre plus grand espoir ».

 Il existe depuis 1944 une branche féminine : les « dames musulmanes »

En mars 1928, il crée la société des Frères musulmans avec une douzaine d’autres personnes. En 1929, elle compte déjà 4 sections, 15 en 1932 pour atteindre le chiffre de 300 cellules en 1938. En 1949, on estime les Frères à 2 millions de membres répartis à travers toute l’Égypte.

Dès leurs origines, les Frères pêchent en eaux troubles. De son aveu même, Al-Banna reçoit de l’argent, 500 livres, de la toute puissante "Compagnie du Canal" sous contrôle des Britanniques depuis 1876. Il reçoit aussi un permis pour construire une mosquée. Al-Banna se justifie d’abord en déclarant cet argent appartenant de droit au peuple égyptien comme tous les biens de la Compagnie. Plus tard, il niera avoir touché cette aide financière. Il n’en restera pas moins en relation secrète avec l’Ambassade de Grande-Bretagne. On voit là une constante des organisations islamistes, souvent soutenues, sinon financées, à leurs débuts par de futurs ennemis (*).

Brillant orateur, Al-Banna galvanise les foules, jouant sur la frustration de ses compatriotes sous occupation britannique et attribuant tous les malheurs de la communauté musulmane à l’Occident. Cependant, son propos garde une tonalité religieuse, appelant à la stricte observance des préceptes coraniques.

LES FRÈRES SOUTIENNENT L’ASCENSION DE NASSER

Décapité, obligé à la clandestinité, le mouvement survit en dépit de ses divisions internes. Trois tendances se dessinent. La première, conservatrice et de caractère religieux plus accusé, la seconde attirée par l’action violente, la troisième enfin, prétendue "modérée", mais surtout plus politique. Cette dernière, va l’emporter et amener la confrérie à soutenir les Officiers libres de Nasser.

A cette époque et jusqu’au mois de juillet 1952, date du coup d’État des Officiers libres, les Frères prennent une large part aux émeutes anti- britanniques affaiblissant une monarchie jugée par tous trop proche de l’occupant. Forts de leurs relations avec les putschistes, ils croient le pouvoir à portée de leur main quand le roi tombe. Mais Nasser, renforçant ses positions sous la présidence du général Néguib, s’oriente de plus en plus vers un socialisme marxisant. Les Frères le gênent. Le 4 janvier 1954, prenant prétexte d’une manifestation organisée par eux trois jours plus tôt à l’université du Caire, il fait arrêter quelques chefs et interdit le mouvement. Le 23 octobre de la même année, un jeune Frère tente d’assassiner Nasser à Alexandrie. La répression se déchaîne alors contre la confrérie. Quand, en novembre Nasser devient premier Ministre, puis en juin 1956 prend le titre de Président, ses anciens alliés croupissent dans des camps qui n’ont rien à envier à ceux de Staline.

Dans cet univers concentrationnaire, où la torture sert de méthode habituelle d’interrogatoire, les Frères musulmans se durcissent. Un nom va émerger, celui de Sayyid Qotb.

Les frères musulmans à la conquête du Monde

Sayyid Qotb aurait pu n’être qu’un théoricien anonyme. Mais son séjour en prison le radicalise. Sa doctrine tend à s’imposer sur la confrérie en lieu et place de celle de Hassan Al-Banna, attaché lui à une islamisation progressive de la société. Il préconise le recours à la force contre le pouvoir jugé impie.

Après huit ans de prison, en 1964, avec ses compagnons de détention Qotb bénéficie d’une amnistie politique générale concédée par Nasser. Il ne goûte pas longtemps la liberté. Le 29 août 1965, le Raïs dénonce un nouveau complot des Frères. Quelques-uns des camarades de Qotb parviennent à s’enfuir à l’étranger, en Europe et en Arabie Saoudite. Lui, repris, sera pendu le 26 août 1966. L’un de ses livres, traduit sous le titre "Signe de piste," devient la référence des extrémistes islamistes.

Sous Anouar Al-Sadate, après la mort de Nasser, en octobre 1970, on assiste à une prudente collaboration entre le pouvoir et la Confrérie. En réalité, elle est tolérée, mais non reconnue. Elle doit se contenter de cette demi-existence qui lui interdit de se constituer en parti politique et de présenter des candidats aux élections.

Les Frères en profitent pour se restructurer. Dans le discours, la doctrine de Hassan Al-Banna reprend le dessus sur celui de Qotb. Cheikh Omar Talmassani, Guide officieux depuis 1973, va jusqu’à affirmer: "Sayyid Qotb exprimait ses propres vues, pas celles de la Confrérie..."
L’ambiguïté, pourtant perdure quant aux relations de la Confrérie avec les organisations terroristes. En avril 1974, par exemple, Saleh Abdallah Sariyya, un membre du "Parti de la Libération" (Hezb Al-Tahrir) basé en Jordanie, tente d’assassiner Sadate. Les Frères dénoncent l’attentat. Est-ce sincère? Le Parti de la Libération dépendait alors de l’organisation des Frères musulmans. Mieux, Zaynab Al-Ghazali, figure éminente de la confrérie, reconnaît au cours du procès avoir rencontré l’accusé pour le présenter au Guide suprême.

C’est néanmoins le voyage de Sadate à Jérusalem, en 1977, puis les accords de Camp David entre l’Égypte et Israël, qui consacrent la rupture entre les Frères et le pouvoir. En septembre 1981, enfin, les critiques se faisant de plus en plus vives contre le Raïs, ce dernier met à profit des violences dont est victime la minorité chrétienne copte du fait des islamistes pour mettre 1500 Frères musulmans en prison.

Le 6 octobre du mois suivant Sadate est assassiné par des membres, infiltrés dans l’armée, du "Jihad islamique." Une organisation islamiste, elle aussi sortie de la matrice des Frères. Pourtant, au cours du procès, une fois encore la culpabilité de la Confrérie n’est pas établie. Le Jihad islamique fera cependant carrière: AymanAl-Zawahiri, considéré comme le bras droit de Ben Laden, s’en dit le chef, même si, en réalité, il est à la tête d’une faction sécessionniste de cette organisation.

Sous Hosni Moubarak, les Frères retrouvent leur liberté d’action mais gardent leur statut: tolérés mais non reconnus. En 1987, pour participer aux élections, ils se servent d’un subterfuge présentant leurs candidats sous l’étiquette du "Parti socialiste du travail" (PST), marxiste pourtant.

Formant un groupe à l’Assemblée nationale, ils n’ont cependant jamais dépassé la vingtaine de députés. Même s’ils y bénéficient d’un certain prestige, en Égypte, les frères ne jouissent plus de la même popularité qu’au temps d’Hassan Al-Banna.

D’abord en raison d’un glissement élitiste, remarquable par le recrutement de notables. Ensuite parce que les divisions du mouvement affaiblissent l’autorité du Guide. Enfin à cause du traumatisme causé par les vagues de répression, qui force les Frères à la prudence.

Leur force se mesure mieux en termes d’influence. Profitant du peu d’intérêt de leurs compatriotes pour les syndicats, ils ont investi ceux-ci et les contrôlent chez les ingénieurs, les médecins, les architectes etc... Surtout, leur idéologie, dans ses deux versions, celle d’Hassan Al-Banna et celle de Sayyid Qotb, servent peu ou prou de références à tous les mouvements islamistes dont ils sont les précurseurs modernes.

Enfin, dépassant les frontières de l’Égypte, leur organisation a engendré des "succursales" sur les cinq continents. Un bureau international coordonne la politique générale. Y siège le Guide, les principaux membres égyptiens et un représentant pour chaque pays où les Frères disposent d’une structure. Parmi ces pays, la plupart de ceux où l’on parle arabe, mais aussi des États européens, comme la France. Quelques exemples méritent d’être étudiés.

http://www.recherches-sur-le-terrorisme.com/Documentsterrorisme/freres-musulmans.html

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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