Israël est-il un pays normal? par Léon Rozenbaum

Publié le 3 Février 2013

Il est frappant de constater à quel point les commentaires sur le résultat des dernières élections israéliennes ont permis à de nombreuses personnes, en Israël ou à l'étranger, d'exprimer leurs fantasmes relativement à l'avenir de l'Etat d'Israël. Rien ne nous aura été épargné. Ni le prétendu effondrement du Likoud, ni la soi-disant montée au pouvoir de la gauche, ni la fantasmatique croissance vertigineuse de la laïcité militante, ni les délires sur un règlement prochain avec les Arabes palestiniens.

La réalité s'est pourtant très rapidement imposée: le Likoud, la formation de droite modérée, malgré un revers certain, reste la famille politique la plus importante et M. Netanyahou est de loin le mieux placé pour constituer et diriger la prochaine équipe gouvernementale. Les partis religieux manifestent une remarquable stabilité, sauf le courant National Religieux qui, lui, progresse de manière sensible.
Au total, la gauche israélienne qui avait été laminée aux dernières élections en raison de son fétichisme de "la paix" controuvé par les faits les plus patents et surtout les tentatives continuées du prétendu "partenaire pour la paix" de saper la légitimité de l'Etat Juif, a retrouvé sa dimension naturelle, même si elle reste minoritaire dans le pays.
Le paradoxe de cette campagne électorale demeure, qu'en dépit d'une situation internationale plus tendue que jamais, c'est pourtant la situation économique intérieure, les disparités sociales grandissantes, et l'égalité devant les obligations militaires et fiscales qui ont constitué le thèmes centraux des débats. La déstabilisation du monde arabe dans son ensemble avec son fameux "printemps" devenu hiver islamique, la guerre civile en Syrie, et les menaces nucléaires explicites contre Israël de l'Iran des Ayatollahs, n'ont pas été au cœur de cette campagne. 

Il faut se garder en Israël de conclusions hâtives, puisque très souvent, la réalité politique et sécuritaire dépasse la fiction au moment où l'on s'y attend le moins. 
Cependant, il est permis de comparer ces préoccupations des Israéliens avec celles des citoyens des USA et ceux de la République Française lors de leurs récentes élections. Dans ces pays aussi, la situation intérieure a constitué de loin l'élément déterminant dans le choix des électeurs, la politique internationale jouant un rôle très mineur.

A la lumière de cette comparaison, l'Etat d'Israël serait-il devenu une démocratie "normale"? D'une certaine façon cela ne fait aucun doute. Les sociétés post-industrielles souffrent en général des mêmes maux, leurs médias font état des mêmes préoccupations, les nouvelles technologies créent dans tous les pays développés les mêmes réflexes au quotidien.
Cependant Israël reste largement un cas à part.

Un peuple exilé de sa patrie pendant dix-neuf siècles et qui lui est resté fidèle dans ses prières quotidiennes et son calendrier liturgique, au point de s'y rétablir massivement depuis une centaine d'années, ne se rencontre pas tous les jours.


Un peuple qui arrive à un carrefour de son Histoire puisque dans quelques mois ou quelques semaines, une majorité de Juifs dans le monde auront rallié l'Etat hébreu.

Un peuple dont la Diaspora continue de jouer un rôle important surtout dans le monde occidental, alors que les interrogations sur l'avenir des Juifs de la dispersion deviennent de plus en plus pressantes. 

Un peuple que tant l'Occident chrétien que l'Orient musulman ont pris pour cible, parce que ces deux civilisations ne lui pardonnent pas de lui être tant redevables par leurs emprunts à ses valeurs bibliques universelles, et qui depuis des siècles, se sont ingéniées à le confiner dans une situation de détresse et de mépris. 

Un peuple qui, en un peu plus de soixante ans de souveraineté recouvrée dans sa patrie, a rebâti un pays créatif, une armée aguerrie et moderne, une agriculture de haute technicité, des universités de bon niveau et a intégré avec succès des centaines de milliers de réfugiés dépossédés de leurs biens. Désormais nanti de l'indépendance énergétique à l'horizon 2014, l'Etat d'Israël peut regarder sereinement l'avenir.

Un peuple dont la tradition remonte à près de 4000 ans et qui se caractérise d'abord par une théologie de la liberté, la croyance révolutionnaire en un D.ieu unique entraînant logiquement l'égalité de tous les hommes et le refus de la soumission, de l'esclavage et la recherche en fraternité. Ces principes anciens informent toute la société juive actuelle, même si ces exigences communes prennent souvent des formes variées et parfois contradictoires. 

Il faut souligner que cette spécificité n'altère en rien la normalité des citoyens israéliens ni des Juifs diasporiques. Tous les Juifs sont des hommes et des femmes normaux avec leurs qualités et leurs défauts. S'il peut sembler étrange de devoir rappeler ces évidences, c'est que les campagnes antisémites mondiales financées au pétrodollar ont atteint une telle intensité et un tel délire qui s'exprime notamment sur Internet, qu'il devient nécessaire de regrouper les gens sains d'esprit et les conforter dans leur refus de la folie destructrice inspirée par les tendances extrêmes de l'Islam contemporain et qui revivifient les thèmes de l'antisémitisme chrétien médiéval.

Dans un temps où les sociétés européennes de l'ouest changent de visage sous la poussée de l'Islam conquérant, l'on peut d'autre part s'interroger sur la définition même de la "normalité" d'un pays. La normalité est-elle le fait d'être un pays mono culturel ou multiculturel? Et que signifie exactement une société multiculturelle? L'idée nationale est-elle dépassée, puisque coexistent dans les sociétés multiculturelles des langues, des religions, des ethnies, des groupes si variés ? Qu'en est-il alors du droit à l'autodétermination, le maître mot du vingtième siècle? Ce concept a-t-il encore un sens pour les fanatiques du multiculturel?

Tout se passe comme si les sociétés d'Europe de l'ouest étaient prêtes pour expier leurs "culpabilités" coloniales, à payer leur repentance au prix d'une altération de leur identité même.
Mais, est-ce là la voie souhaitable? Est-ce même "normal" pour un pays, pour un peuple?
Il est surprenant, en dernière analyse, que certains Européens se croient autorisés à qualifier de "raciste" l'exigence élémentaire d'Israël de se voir reconnaître par ses voisins comme l'Etat national du Peuple Juif. Il s'agit bien de mettre un terme définitif à l'habitude perverse de disposer des Juifs à sa guise et de se croire autorisés à fixer à leur place leur définition même.
Les Juifs sont une Nation qui a choisi la Thora. Cette définition inclut bien entendu des éléments nationaux et des éléments religieux. Mais c'est aux Juifs seuls qu'il appartient d'en décider.

Tout refus de reconnaissance véritable dans l'esprit de la fraternité humaine élémentaire que les hommes se doivent les uns aux autres au moins depuis la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, de la part de collectivités ou d'Etats musulmans qui depuis 14 siècles ont inscrit dans leurs livres le mépris le plus total des Juifs, est suspect de vouloir générer à terme de nouveaux massacres. 

Mais les Etats de l'Occident chrétien, quoique plus modérément, restent au minimum sur ce point dans l'ambiguïté: leur attitude à l'égard de la capitale historique du Peuple Juif, Jérusalem, est très significative: ils se cantonnent dans un refus illégal, vain, irrationnel mais inébranlable de la reconnaissance de Jérusalem comme la capitale du Peuple et de l'Etat d'Israël. Là encore, comment ne pas interpréter cette approche comme une survivance du temps très long où les Juifs n'étaient pas maîtres de leur destin et soumis, pour leur survie même, au bon vouloir des Peuples?

En dernière analyse, il semble que l'attachement d'Israël à son identité propre, si souvent et si longtemps menacée, et pour lequel, il a fallu, pendant les siècles de l'exil, payer un prix élevé, reste l'ancrage le plus probant de sa "normalité". 
Dans un temps où les sociétés occidentales commencent à se déliter sous les assauts d'une idéologie pseudo mondialiste qui n'est qu'un retour à l'expérience de Babel relatée par la Bible Hébraïque et dissimule en fait les progrès de l'impérialisme islamique, la renaissance contemporaine d'Israël dans la famille des Nations redevient la cible obligée des identités en perdition et de tous les aspirants à la tyrannie. 
Il est bon que les Juifs et ce qui reste d'hommes libres de par le monde en soient plus conscients.

Léon ROZENBAUM

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Israël: une démocratie

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