Israël : Faut-il frapper préventivement l'Iran ?

Publié le 5 Janvier 2012

"Un Iran nucléaire ne constituerait pas nécessairement une menace existentielle pour Israël..." Cette petite phrase de l'actuel patron du Mossad a fait son effet sur les responsables politiques du pays. Et plus particulièrement le chef du gouvernement et son ministre de la Défense qui, depuis des mois, ne cessent de qualifier le nucléaire iranien justement de menace "existentielle". Benyamin Netanyahou compare le président Ahmadinejad à Hitler en expliquant que l'Iran doit être traité comme l'Allemagne nazie aurait dû l'être en 1938, juste avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Quant à Ehoud Barak, le "patron" de la Défense nationale, il vient de déclarer devant la commission parlementaire des Affaires étrangères et de la Défense que "malgré les sanctions et les pressions extérieures, le programme nucléaire iranien avançait..."

De fait, messieurs Netanyahou et Barak sont, au sein du gouvernement, les champions d'une frappe préventive contre les centres nucléaires iraniens. Une nécessité absolue, à leurs yeux, dont ils n'ont toutefois pas convaincu la majorité des membres du cabinet de sécurité, ce forum comportant huit ministres. Les anciens chefs de l'armée et des services sont aussi, pour leur part, loin d'être convaincus. À leur tête, Meïr Dagan, l'ancien patron du Mossad pour qui une attaque israélienne sur l'Iran "serait une idiotie et déboucherait sur une guerre régionale". Même son de cloche de la part de l'ancien chef d'état-major, le général Amnon Lipkin Shahak, et de Youval Diskin, l'ex-numéro un du Shin Beth. D'après ce que l'on sait, leurs successeurs en poste actuellement seraient également de cet avis.

Avertissement américain

L'autre partie du débat en Israël concerne la position américaine sur cette question primordiale : Israël peut-il se passer du feu vert de l'administration Obama ? À ce sujet, Benyamin Netanyahou a refusé à plusieurs reprises de s'engager à avertir Washington de l'imminence d'une telle opération. Face à cela, des responsables américains ont multiplié les avertissements. Avec, début décembre, une déclaration de Leon Panetta, le secrétaire à la Défense, qui mettait en garde Israël contre les conséquences d'une attaque sur l'Iran. Fureur à Jérusalem. L'ambassadeur d'Israël à Washington a reçu l'ordre de protester auprès de la Maison-Blanche. 

Trois semaines plus tard, le même Leon Panetta , lors d'une interview à CBS, pronostiquait que "Téhéran pourrait développer une arme nucléaire d'ici un an. Moins s'ils ont un centre secret d'enrichissement d'uranium..." Satisfaction à la présidence du Conseil israélienne pour qui cette déclaration était la preuve que l'Amérique d'Obama se rapprochait de ses estimations. Pourtant, le Pentagone a immédiatement publié une mise au point : "Pour l'instant aucun centre secret d'enrichissement nucléaire n'a été détecté sur le territoire iranien." En fait, il semblerait que la difficulté entre Washington et Jérusalem soit de trouver une définition commune concernant les "lignes rouges" à partir desquelles une opération contre le nucléaire iranien serait absolument indispensable..

Combien de morts ?

Alors 2012, l'année de la guerre avec l'Iran ? À ce stade, les experts, en Israël, expliquent que cela ne devrait pas avoir lieu avant le mois d'avril prochain. En effet, jusqu'à cette date, le ciel est trop couvert en Iran, ce qui gênerait les opérations aériennes. En attendant, et à tout hasard, la défense passive israélienne augmente son niveau de préparation, en multipliant les exercices d'alerte dans les hôpitaux, les services de secours, etc. Par voie de presse, les Israéliens sont appelés à se préparer en nettoyant notamment les abris dans les immeubles. La majeure partie de la population en est persuadée : le régime de Téhéran ripostera. Combien y aura-t-il de morts ? "500 morts tout au plus", a répondu Ehoud Barak, il y a quelques mois. Des dizaines de milliers, rétorquent d'autres spécialistes.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Israël: une démocratie

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