Israël: interview de Mordehaï Kedar - Par Guitel Ben-Ishay du P'tit Hebdo.

Publié le 7 Juin 2011

Par Guitel Ben-Ishay - du P'tit hebdo

  Cette semaine, nous avons décidé de vous faire connaître un universitaire israélien original. Il s'agit du Docteur Mordehaï Kedar, politologue, spécialiste du Proche-Orient et professeur au sein du département arabe de l'université de Bar-Ilan. Il est reconnu comme un expert de la population arabe israélienne. Il a servi pendant de longues années dans les renseignements militaires où il s'est spécialisé dans les groupes islamiques, les discours politiques des pays arabes, la presse arabe, les médias de masse ainsi que la politique syrienne.

Ses idées sont réputées de droite. Il combat Shalom A'hshav et tous les mouvements populaires et médiatiques qui tendent à légitimer les revendications palestiniennes.

Il attache une importance particulière à la défense d'Israël dans les médias. En effet, il n'hésite pas à prendre la parole sur toutes les chaines de télévision internationales et notamment arabes puisqu'il s'exprime dans un arabe parfait.

Ainsi, on peut l'entendre sur Al-Jazeera défendre sans détours la centralité de Jérusalem. Cette intervention, diffusée en 2008, est restée célèbre en raison d'un passage où le journaliste d'Al-Jazeera l'enjoint de ne pas « effacer Al-Qods du Coran », ce à quoi Mordehaï Kedar répondra : « Al-Qods n'est mentionnée nulle part dans le Coran ». Le journaliste arabe en est resté sans voix. Ce professeur ose donc dire tout haut et sur un terrain hostile les vérités que nos ennemis cherchent à cacher.

Nous l'avons interrogé sur sa vision de la période que nous traversons : révolutions arabes, projet de déclaration unilatérale d'un Etat palestinien et cela dans un contexte de délégitimation croissante d'Israël. 

Le P'tit Hebdo : Vous parlez l'arabe couramment. Pourquoi avoir choisi cette spécialité ?

Mordehai Kedar : J'ai eu un excellent professeur, Dov Yiron z''l. Il a su transmettre à ses élèves l'amour de la langue arabe. Nous étions un groupe de douze étudiants. Nous avions décidé de nous intéresser à l'étude approfondie du Proche-Orient. Dans cette perspective, les cours de ce professeur ont répondu à nos attentes et nous ont donné envie de poursuivre. Nous avons gardé de très bons acquis de cette expérience universitaire.

 

Lph : Vous êtes souvent interviewé par des chaînes arabes, notamment Al-Jazeera. Ne craignez-vous pas d'exprimer vos opinions dans de tels médias ?

M.K : Non, je ne vois pas pourquoi. Je ne crains que Hakadoch Barou'hou.

 

Lph : Vous avez fait votre thèse sur Hafez-El-Assad. Etes-vous surpris par la manière dont  son fils Bachar  gère la crise syrienne   ?

M.K : Pas du tout. En 1963, le parti Baas a pris le pouvoir. A partir de cette date, le régime syrien n'avait plus aucune légitimité et il ne l'a pas gagnée depuis. Comme toute structure imposée par la force, le régime Al-Assad a toujours gouverné sa population avec l'épée. Donc, les évènements actuels s'inscrivent dans cette logique et n'ont rien de surprenant.

 

Lph : Que vous inspirent toutes ces révolutions arabes ? Bientôt la démocratie ou plutôt l’islam extrémiste ?

M.K : Je suis certain que ces révolutions n'amèneront pas la démocratie. Il est envisageable que des dirigeants moins totalitaires remplaceront leurs prédécesseurs. Cependant, il faut être conscient qu'il ne s'agira jamais d'une démocratie au sens occidental du terme. Cette acception occidentale sous-entend des libertés politiques, des droits de l'homme et des minorités. Le traitement de ces droits et libertés restera inchangé. Il en ira de même en ce qui concerne les droits des femmes

Pour qu'il y ait démocratie, il faut percevoir un changement social. Celui-ci s'opère principalement par le développement d'outils sociaux permettant de gérer les conflits de manière non-violente. De plus, des préalables doivent être garantis : l'éducation et le changement de mentalité.

Le Moyen-Orient est encore atteint de tribalisme et de fanatisme religieux, empêchant le développement des mécanismes sociaux modernes permettant de gérer les conflits par des voies légitimes, c'est-à-dire, pacifiquement. L'Islam radical se développe, en général, dans le chaos, la confusion, dans un Etat de « non droit ».

Concernant nos voisins directs, j'ai déjà évoqué le cas syrien plus haut. Au Liban, il n'est pas impossible que l'on assiste à un scénario à l'iranienne sous l'influence du Hezbollah.

Pour ce qui est de l'Egypte, dans un proche avenir, « les Frères Musulmans » auront un rôle politique important, mais ils ne seront pas les seuls à jouer dans l'arène : ils se battront probablement contre l'armée pour obtenir le pouvoir dans le pays.

 

Lph : Qu'avez-vous pensé de l'attitude de Netanyahou lors de son dernier voyage aux Etats-Unis ? A-t-il été trop loin dans ses promesses ?

M.K : Selon moi, Netanyahou a adopté une stratégie qui consiste à « faire confiance » aux Arabes pour tout ruiner. Il pense ainsi qu'il pourra apparaître tel un saint aux yeux d'Obama. Il laisse les Arabes se charger du travail de sabotage. Il pourra donc les désigner comme ceux qui bloquent toute avancée.

 

Lph : Dans quel sens devrait se faire la « hasbara » (défense d'Israël dans les médias) pour être efficace ? Y a-t-il vraiment encore besoin de « hasbara » ?

M.K : Cela ne fait pas l'ombre d'un doute !

L'idéal serait qu'Israël réussisse à mettre en place une chaîne de télévision par satellite, qui émettrait en anglais et en arabe, et, si possible, en français, en espagnol et en persan, afin d'atteindre directement le spectateur assis dans son salon. Nos positions doivent être clairement défendues et le développement d'un média multilinguistique permettrait d'éviter toute ambiguïté.

 

Lph : Comment voyez-vous la situation en septembre ? Le simple fait de montrer notre appréhension n’est-il pas le début de la défaite ?

M.K : Je ne pense pas.

Dans l'hypothèse où, au mois de septembre prochain, l'ONU voterait en faveur de la création d'un Etat palestinien, cela n'engagerait en rien Israël. Le monde ne pourra pas lui imposer l'existence de cet Etat. Au final, les Palestiniens auront certes obtenu une déclaration mais n'auront toujours pas d'Etat.

 

Lph : Si vous aviez beaucoup d’argent quel beau cadeau offririez-vous à votre pays ?

M.K : Deux chaînes de télévision par satellite : une en arabe et une en anglais et en français.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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Nancy VERDIER 07/06/2011 20:49



Il va falloir réunir des fonds auprès des amis d'Israël pour avoir ce satellite et ces chaînes TV. Combien faut-il ???