"J'ai plus envie" à propos de Marseille - par Philippe Carrese.

Publié le 17 Juin 2011

Souligné par une lectrice.

Par  Philippe CARRESE  
J'ai  plus envie.

J'ai plus envie de me prendre le quart-monde dans la gueule  chaque fois que je mets un pied sur la Canebière. à  Marseille.  
Je  m'apprêtais à écrire une chronique rafraîchissante pour un magazine d'été riant, bien décidé à taire mes énervements habituels.  
J'avais  pris de bonnes résolutions, rangé ma parano dans ma poche et mes colères  avec mes tenues d'hiver, au fond d'un placard. 
Je  m'apprêtais même à faire de l'humour. 
Quelques  fois, j'y arrive. Mais voilà. Une randonnée pédestre éprouvante entre les  Cinq Avenues et le cours d'Estienne d'Orves a sapé mon moral et éradiqué  mes résolutions optimistes. 
  J'ai  plus envie de relativiser. J'ai plus envie de faire de l'humour. Et j'ai  plus envie de subir ce cauchemar quotidien. 
J'ai  plus envie de supporter toute la misère du monde à chaque coin de  rue.  
J'ai  plus envie de slalomer sans cesse entre des culs-de-jatte mendiants, des  épaves avinées et des cartons d'emballages de fast-foods abandonnés sur le  bitume chaotique du premier arrondissement.  
J'ai  plus envie de cette odeur de pourriture qui me saute à la gorge, de cette  odeur d'urine à tous les angles de travioles, de cette odeur de merdes de  chiens écrasées sur tous les trottoirs, de ces relents de transpiration et  de crasse sur les banquettes arrière du 41.  
J'ai  plus envie de perdre des heures en bagnole dans un centre-ville laid,  dévasté par manque total de prise de conscience individuelle et  d'organisation collective. 
J'ai  plus envie de voir ma difficile survie professionnelle lézardée par des  bureaucrates en R.T.T, assenant au petit peuple que la voiture est un luxe  inutile, eux qui n'ont sans doute plus pris un métro depuis des  lustres.  
J'ai  plus envie de me retrouver sur le parvis de la gare Saint Charles à onze  heures du soir avec mes jambes et ma mauvaise humeur comme alternative à  l'absence totale de transports en commun et à la présence suspecte de  rares transports individuels qui frisent l'escroquerie.  
J'ai  plus envie.  
J'ai  plus envie de baisser les yeux devant l'indolence arrogante de jeunes  connards. 

J'ai  plus envie de jouer les voitures-balais pour de malheureux touristes  étrangers bouleversés, fraîchement dévalisés par des crétins sans loi ni  repère.  
J'ai  plus envie de me retrouver à chercher des mots d'apaisement et à  soliloquer des propos hypocrites sur la fraternité et la tolérance lorsque  mes enfants se font racketter en bas de ma ruelle.  
J'ai  plus envie de me laisser railler par ces troupeaux d'abrutis incultes,  vociférant et bruyants au milieu des trottoirs qui n'ont qu'une douzaine  de mots à leur vocabulaire, dont le mot « respect » qu'ils utilisent comme  une rengaine sans en connaître le sens.  
J'ai  plus envie de contempler mon environnement urbain saccagé par des tags  bâclés et des graffitis bourrés de fautes d'orthographe. L'illettrisme est  un vrai fléau, il plombe même l'ardeur des vandales.  
Et  aussi...  
J'ai  plus envie de voir les dernières bastides mises à bas, les derniers  jardins effacés d'un trait négligeant sur des plans d'architectes en mal de  terrains à lotir.  
J'ai  plus envie de cette ville qui saccage son passé historique sous les  assauts des promoteurs (le comblement de l'îlot Malaval est une  honte).  J'ai  plus envie de cette ville qui perd sa mémoire au profit du  béton.  
Et  encore... 
J'ai  plus envie d'écouter poliment les commentaires avisés des journalistes  parisiens en mal de clichés, plus envie d'entendre leurs discours  lénifiants sur la formidable mixité marseillaise. Elle est où, la mixité ?  De la rue Thiers au boulevard des Dames, la décrépitude est  monochrome.  
J'ai  plus envie de traverser le quartier Saint Lazare et de me croire à  Kaboul.  
J'ai  plus envie non plus de me fader encore et toujours les exposés béats de  mes concitoyens fortunés, tous persuadés que le milieu de la cité  phocéenne se situe entre la rue Jean Mermoz et le boulevard Lord Duveen.  
Désolé  les gars, le centre ville, à Marseille, c'est au milieu du cloaque, pas à  Saint Giniez.

Tous les naufrages économiques de l'histoire récente de ma  ville tournent autour de cette erreur fondamentale « l'appréciation de la  haute bourgeoisie locale »    

J'ai  plus envie de ce manque d'imagination institutionnalisé, plus envie de  palabrer sans fin avec des parents dont la seule idée d'avenir pour leur  progéniture se résume à : «un boulot à la mairie ou au  département».  
J'ai  plus envie d'entendre les mots «tranquille» «on s'arrange» «hé c'est bon,  allez, ha» prononcés paresseusement par des piliers de  bistrots.  
J'ai  plus envie de ce manque de rigueur élevé en principe de  vie.  
J'ai  plus envie de l'incivisme, plus envie de la médiocrité comme religion,  plus envie du manque d'ambition comme profession de foi.  
J'ai  plus envie des discours placébo autour de l'équipe locale de foot en lieu  et place d'une vraie réflexion sur la culture populaire.  
J'ai  plus envie non plus de me tordre à payer des impôts démesurés et de subir  l'insalubrité à longueur de vie.  
J'ai  plus envie de m'excuser d'être Marseillais devant chaque nouveau venu  croisé, décontenancé par sa découverte de ma ville. Ma ville !  Et  pourtant, Marseille.  

Pourquoi  j'ai plus droit à ma ville ? Merde !  

Philippe Carrese

Philippe-Carrese.jpg

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Faits Divers- Sociétés

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Guillaume 10/08/2011 15:28



Bonjour!


vous avez tout si bien dit dans votre texte.


Je m'expatrie a Lyon.


 


Esperons que ca bouge ou bientot on ne parlera plus marseillais a marseille.



Michel 04/08/2011 23:54







Nancy VERDIER 17/06/2011 21:46



Merci M. CARRESE. On dirait que ça fait du bien de parler vrai, de dire ce que l'on a sur le coeur, que l'on n'osait pas dire et que l'on cachait aux autres. Si les langues se délient
sans complexe, c'est merveilleux, car c'est le premier travail pour sortir de cette "dépression" dans laquelle on nous a plongés tous (avec la culpabilisation) depuis des lustres. A
présent quand les bienpensants passent à la Télé faire leur beaux discours, il faut rire, se moquer d'eux, ne pas croire un mot de ce qu'ils racontent. Et il faut oser parler "Haut" et "Fort"
avec ses amis. ADIEU les COMPLEXES. Concernant Marseille, à la Gare venant de Paris, vous êtes accueillis par l'armée, mitraillettes au poing. Embouteillages et plage sur des rochers
escarpés à la Pointe Rouge. C'est tout ce qu'il reste pour les Français de souche. Car la belle plage de sable, centrale est "réservée" : ils viennent s'y étaler, eux seuls et le soir, c'est
Coucous sur le sable....sans parler du bruit. Sur l'autoroute, parfois une fusillade. Tant mieux si vous échappez....Marseille a aussi perdu avec les grèves à répétition au port de croisières et
au port marchand. Quant au Maire, qu'il soit toujours en place après tant d'années de stagnation, voilà l'autre scandale.



mikalet 17/06/2011 18:24



 


Cher
Philippe,


J’espère
que vos propos stigmatiseront ce feuilleton soporifique pour français en mal d’exotisme joué par des acteurs parisiens qui n’ont jamais vu le Panier : « Poubelle la
Vie ! »


Il
y a encore plus à dire que vous ne l’écrivez mais ce ne sera pas mon propos.


En
1962 j’avais 15 ans quand, débarquant à Marseille, je fus émerveillé : Dieu qui venait de me priver de ma terre natale m’offrait un Paradis.


Malheureusement
 je n’étais pas tout seul.  Nous étions des milliers. Une angoisse pour les Marseillais face à la
soudaineté problématique d’une immigration de masse. 


Avec
le recul, à moi de les comprendre  et à eux de se souvenir que nous avions en commun, origines, meurs, lieux de cultes, langue et amour partagé de la
France…ce qui n’est pas toujours le cas des néo-immigrants.


In
fine je suis au nombre de ceux qui la mort dans l’âme ont du quitter cette ville dont je me languis depuis 40 ans. Dernièrement j’y suis enfin retourné avec la ferveur d’un croyant qui part en
pèlerinage… L’écrin aux mille joyaux ne ressemble plus « à rien »  sinon à ce que vous avez si bien décrit : Un
pandémonium !


 


 



francis CLAUDE 17/06/2011 14:01



içl y a20ans nous plaisantions sur la 1er ville du magrheb traversée par le Paris Dakar en disant que c'etait Marseille mais c'est devenu encore pire. je ne suis pas Marseillais mais je connais
bien Marseille et j'ai toujours aimé cette belle ville berceau d'un grand pan de notre histoire aujourd'hui abandonnée aux hordes sauvages d'islamo/marghrebin par des politique collabos de toutes
sortes en commençant par le Maire!!! vivement 2012 ou vivement que cela bouge!!!



pascalou 17/06/2011 12:49



Ouf!!!! c'est magnifique , Cher Mr Carrese vous n'êtes pas le seul, nous sommes des millions a pensé comme vous mais surtout a le dire haut et fort, Merde !!!!!


Gérard cela nous fais un résistant de plus !!!


A quand le premier bataillons des résistants de France????? Je veut en être!!!!