Jacques Cheminade, le plus inquiétant des candidats

Publié le 28 Mars 2012

Hervé Gattegno, rédacteur en chef au "Point", intervient sur les ondes de RMC du lundi au vendredi à 8 h 20 pour sa chronique politique "Le parti pris"

Le Point.fr 

Ce matin, vous nous parlez du plus petit des "petits" candidats : Jacques Cheminade. Votre parti pris est clair et net : Cheminade, le plus inquiétant des candidats à l'Élysée. C'est à ce point là ?

La tentation est grande de folkloriser ce candidat bizarroïde, qui fait penser à un savant farfelu aux thèses ébouriffantes. On sait bien qu'il ne dépassera pas 0,5 % des voix, mais puisque Jacques Cheminade est parvenu à être candidat, il mérite qu'on le prenne au sérieux ; (un peu) pour ce qu'il écrit, (surtout) pour son insistance à se faire entendre. Il a essayé de se présenter en 1981 et 1988, il y est arrivé en 1995 - ça ne lui a pas porté chance : il a fait 0,28 %, le Conseil constitutionnel a rejeté son compte de campagne et tous ses biens ont été saisis. On ne sait pas comment il s'est rétabli, mais il a quand même retenté le coup en 2002 et en 2007, en vain. Et cette fois-ci, le revoilà pour de bon. C'est la preuve que Cheminade a ce que Villepin ou Morin n'ont pas : un réseau et des moyens.

 Est-ce que vous diriez que son programme est inquiétant ?

En tout cas, il laisse perplexe : un mélange de propositions lénifiantes - plus d'impôts pour les plus riches, mieux former les jeunes, lutter contre la spéculation - et d'idées fumeuses - l'apprentissage du chant choral à l'école, le retour au français de Rabelais, le remplacement de l'euro par un "euro-franc polytechnique"... Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris, mais ce qui est clair, c'est que l'ensemble est irrigué par une dénonciation obsessionnelle de l'oligarchie financière anglo-saxonne - qui est décrite un peu comme le Spectre, l'organisation du crime mondial dans James Bond. Et puis la perle du projet Cheminade, c'est la colonisation de Mars et de la Lune - il précise qu'il faudra deux générations, ce qui prouve qu'il a quand même les pieds sur terre (si j'ose dire)...

Ce qui fait beaucoup parler, ce sont ses liens avec le milliardaire américain Lyndon LaRouche, qui a une réputation assez sulfureuse...

Une réputation justifiée. Ce LaRouche est une sorte d'affairiste gourou, ex-trotskiste qui a fait de la prison pour fraude fiscale aux États-Unis et qui a fondé un grand mouvement de dénonciation des complots - dont le parti de Jacques Cheminade est la branche française. Si vous entendez des horreurs sur M. LaRouche, sachez que la réalité est encore pire. Son site ressemble à un catalogue des plus grands délires paranoïaques de l'histoire : on y lit que les Américains ont organisé eux-mêmes les attentats du 11 Septembre, que Hitler a été installé au pouvoir en Allemagne par la City de Londres, que la Shoah n'est pas du tout ce qu'on a raconté, que la Couronne britannique s'enrichit grâce au trafic de drogue et que les Beatles ont été créés par l'Angleterre à des fins de propagande. Le tout dégage une odeur entêtante de conspirationnisme et d'antisémitisme - ce qui va souvent de pair.

Comment expliquez-vous qu'avec un projet et des connexions pareilles Jacques Cheminade ait pu recueillir les 500 signatures pour se présenter ?

C'est le vrai mystère de ce premier tour. Il a un réseau, je l'ai dit - et qui apparemment sollicite les maires depuis deux ans. Sa qualification montre surtout que les élus locaux ne prennent pas tous très au sérieux le rôle que la loi leur donne dans la présélection des candidats. Parce qu'en définitive Jacques Cheminade est un candidat qui ne sert absolument à rien - sauf peut-être à démontrer, si c'est encore utile, que le système des parrainages doit être réformé pour 2017 !

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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