Je n'irai pas voir le film les "intouchables" par Gérard Brazon

Publié le 23 Novembre 2011

Pourquoi je n'irai pas voir le film les "Intouchables"!

Ce film est bien trop dans le compassionnel, le "touchant " justement! Une belle fabrique de larmes à gogo pour  sentimental ou complexé! Je peux paraître dur à dire cela, mais depuis quelques temps, je suis saturé de ces films "à voir absolument" où les bons sentiments se ramassent à la pelle comme les feuilles mortes en ces journées  d'automne. Il paraît que le film est devenu intouchable tellement il est criant de vérité, tellement il est sincère, tellement il est humain, tellement cet homme, ce petit blanc mais millionnaire tout de même, cloué sur son fauteuil,  victime d'un accident, face à ce grand noir des cités, forcément ancien délinquant, sorti tout juste de prison est l'image parfaite d'une société imaginée par nos bobos de la bien pensance. (quel cliché-bateau de la compassion tout de même!) 

Et bien justement, cette image "parfaite" me glace! Cette image d'un type qui éclate d'un grand rire en principe drôle, devant un homme qui n'a plus qu'un cerveau pour vivre me terrifie! Ce film qui se veut une représentation parfaite de la rencontre entre deux hommes totalement  différents est presque outrancier, si ce n'est impossible !

Alors, où est le message subliminal ? Que faut-il démontrer ou démonter?

Parce qu'il y a forcément un message derrière un tel film!  Sinon, pourquoi pas un petit noir tétraplégique et fauché? Pourquoi pas un grand blanc rigolard payé au SMIC, voleur de voiture répenti qui viendrait s'occuper de son patient dans une cité du département de la Seine Saint Denis? Si toutefois on ne lui brûle pas sa voiture entre deux soins! Ah ce n'est pas pareil sans doute ? C'est moins porteur, moins dans l'axe de la compassion ! Sûrement moins payant! Les foules ne viendraient peut-être pas, trop basique!  La gauche dénoncerait l'exploitation de la misère par le producteur, par les acteurs, pour du fric! Et puis, un noir tétraplégique ce ne serait pas politiquement correct, dénoncé illico par le MRAP, SOS racisme, le CRAN et j'en passe! Un petit noir fauché en plus, qui donnerait l'occasion à tous les associatifs sociaux, acteurs de la bien pensance, de protester et de justifier des subventions reçues!

Quid de la réalité!

Handicape.jpgCe film ne dit rien entre deux scènes faites pour détendre ou faire rire, de la réalité du patient enfermé vivant dans son corps, dans une prison de chair et de sang, sur son fauteuil après s'être éclaté la colonne vertébrale!

Plus de jambes! Plus de bras, plus de mains! Même pas pour se gratter le nez et encore moins le reste! Qu'importe.  Il y a le grand noir qui se marre, qui est sympa, drôle, provocateur parfois, qui a un bon caractère, lorsque l'on se pisse dessus, lorsque que l'on se chie dessus sans même s'en rendre compte, hormis les odeurs qui remontent aux narines et font honte,  jusqu'au dernier des neurones, sans qu'on ne puisse rien faire même pas s'excuser... ! Sans compter les escarres. Alors pour les éviter, on vous retourne, on vous lave, on vous masse et on vous crème la peau avant qu'elle ne pourrisse sans que vous n'en soyez conscient. Oui je suis effaré et effrayé par cette réalité ! Je n'irai pas voir "les intouchables".

Ah oui mais, il est riche le blanc cloué! Imaginez deux minutes qu'il soit fauché ce petit blanc! Quelle serait son histoire. Probablement la même que celles de dizaines de ces paralysés enfermés et qui ne savent pas comment faire pour en finir. J'ai vu une fois, une seule fois un homme, mon frère, qui s'était fait sur lui! J'ai vu son regard, j'ai vu sa douleur, j'ai vu son désespoir et je me suis vu impuissant devant cette insulte que son propre corps lui a faite! Il suppliait. Tous les grands noirs les plus marrants du monde n'auraient rien changé à cet état de chose! A cette violence profonde que lui-même n'avait pu imaginer !

Je n'irai pas voir ce film parce que je n'ai pas envie de voir se lever des spectateurs attendris avec quelques larmes en guise d'émotions et peut-être d'entendre en plus des applaudissements, ô, suprême horreur, devant un tel film ou le sujet est l'enfermement d'un homme! Prisonnier à jamais d'un accident qui a détruit sa vie!

Je n'irai pas dans une salle de cinéma pour assister à ce "spectacle ", car le cinéma reste un spectacle et celui-là, sera rentable avec plus de 5 millions d'entrées.  Ce cinéma me paraît indécent! A tort ou à raison.

C'est indécent de rechercher l'apitoiement au nom du politiquement correct, de faire croire qu'un homme  blessé, peut retrouver une forme de bonheur alors même que ce contexte, cette situation sont exceptionnels et sommes toutes, impossibles pour tant d'autres!

Ce n'est pas la réalité! La réalité est étouffante, elle est injuste, elle est cruelle, elle pue, elle est dégradante souvent, elle est indigne, elle est dégueulasse cette réalité d'un homme cloué à vie, c’est-à-dire, jusqu'à sa mort aprés de longues années de désespoir !

Un grand noir, ancien délinquant pour donner du piment, même sympa, même sincère, même drôle ne changera rien à la douleur muette de n'être plus qu'un sac, un poids mort. Même si ce poids, ce sac est millionnaire, car si l'argent peut soulager des misères du quotidien matériel et obtenir du personnel, des soins et des soutiens de qualité, il ne vous soulage de rien et ne vous retire pas le poids d'une vie permanente dans un fauteuil d'où vous ne pourrez jamais plus vous lever pour regarder par la fenêtre s'il fait beau aujourd'hui et encore moins caresser une femme et l'aimer !

Je refuse de participer à ce jeu de la compassion et des larmes faciles!  A ce jeu qui pourrait s'assimiler à de la manipulation des âmes et des cœurs en échange de quelques euros ! Désolé de gâcher la fête de certaines bonnes âmes.

Gérard Brazon

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Jacqueline Haldemann 04/02/2012 12:59


Monsieur, je me réfère à votre texte, j'ai vu ce film, voici ma synopsis personelle :


Thèse : Les prises de vue du dedans et dehors sont belles - les comédiens incarnent très bien l'intrigue et les dialogues - les barrières sociales et de languages sont uniques -
j'ai passé un très bon moment durant le film. 


Antithèse : Les barrières sociologiques du groupe et des individus ne sont que des interprétations cinématographiques et ne changent rien à la réalité. Les injustices sociales ou les
luttes de classes sont une de beaucoup d'autre réalité


Synthèse : Ce film touche par ces structures psy diverses - les images en disent plus que les mots, ce film un chef d'oeuvre, il est génial et divertissant.


 


Proposez mon blog mots-psters.over-blog.com, merci.


 


Bon week-end !