Jean-Luc Mélenchon doit attaquer pour exister

Publié le 25 Août 2012

Jean-Luc Mélenchon, mercredi matin, place de la Bastille, à Paris.
Jean-Luc Mélenchon, mercredi matin, place de la Bastille, à Paris. Crédits photo : KENZO TRIBOUILLARD/AFP

Par Jim Jarrassé

INTERVIEW - Professeur de sciences politiques à l'University College de Londres et spécialiste de la gauche radicale, Philippe Marlière estime que l'ancien candidat à la présidentielle «va rester sur le devant de la scène» pour faire figure de recours à gauche.

 

Philippe Marlière. Crédit photo: UCL
Philippe Marlière. Crédit photo: UCL

 

LE FIGARO. - Après ses deux défaites électorales consécutives, Jean-Luc Mélenchon s'était muré dans le silence. Depuis dimanche, il multiplie les interventions médiatiques et égratigne sans ménagement le gouvernement sur son bilan des cent premiers jours. En fait-il trop?

Philippe MARLIÈRE. - Jean-Luc Mélenchon a choisi de ne pas intégrer le gouvernement. Il doit donc attaquer pour exister. Il le fait dans une période cruciale, avant les universités d'été du PS et du Front de gauche, ce week-end. C'est aussi la première rentrée politique après l'élection de François Hollande. L'occasion de tirer un bilan de l'action du gouvernement socialiste, qui est selon lui insuffisant. Comme il l'a dit dans le JDD , il considère par exemple que l'action d'Arnaud Montebourg (ministre du Redressement productif, NDLR) contre les licenciements boursiers et les délocalisations n'est qu'une posture.

Une semaine avant Jean-Luc Mélenchon, toujours dans le JDD, Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, fustigeait déjà «l'agitation stérile» d'Arnaud Montebourg, sans que cette critique fasse de vagues…

Médiatiquement, Jean-Luc Mélenchon a un impact sans commune mesure avec ses compagnons de route du Front de gauche. Le PCF reste une force militante incontournable, qui dispose d'un maillage d'élus important. Mais la figure connue du grand public, c'est Mélenchon! Pendant la campagne présidentielle, il y a eu des tiraillements entre lui et les communistes, qui n'ont que moyennement pesé sur le dispositif. Ces tensions ont été étouffées par la promesse d'un bon score. Mais désormais, et pour les cinq ans à venir, chacun va devoir trouver sa place. Une chose est sûre: Mélenchon va rester sur le devant de la scène, pour le meilleur ou pour le pire pour les communistes.

L'avenir du Front de gauche est-il menacé?

Non, tant que les dissensions ne créent pas de rupture définitive… La structure de l'alliance va probablement évoluer. Pendant les «estivales» du Front de gauche, la création d'une direction collégiale qui fixerait les grandes orientations sera débattue. Cela permettra de rentrer dans une logique de compromis, à laquelle Jean-Luc Mélenchon devra se plier. La possibilité d'adhérer directement au Front de gauche sans appartenir à l'un des sept partis qui le composent est également à l'étude. Cela pourrait accélérer le ralliement des déçus du NPA et de la LCR, qui est déjà bien entamé.

Que peuvent faire Jean-Luc Mélenchon et le Front de gauche face aux socialistes, qui disposent de la majorité absolue à l'Assemblée? Par exemple sur la question du traité européen, présenté le 19 septembre…

Le traité va être logiquement adopté, car, sans réforme de la Constitution, les socialistes n'ont pas besoin des communistes pour le voter. Mais tout n'est pas rose pour François Hollande. L'ampleur de son pacte de croissance est critiquée et, à deux mois du Congrès de Toulouse, la gauche du PS promet déjà de ne pas voter le texte. D'où les appels du pied de Jean-Luc Mélenchon à Benoît Hamon et ses anciens camarades de la Gauche socialiste, avec lesquels il est toujours en contact. François Hollande a peut-être cru trop tôt que les plaies de 2005 (date du référendum sur le traité établissant une Constitution européenne, NDLR) étaient refermées. Comme à l'époque, Jean-Luc Mélenchon va avoir une carte à jouer. Si la situation économique continue à se détériorer, il pourra venir et dire: «Je vous l'avais dit!»

Pense-t-il déjà à la prochaine présidentielle?

Il veut le pouvoir. Il pense que la révolution peut se faire par les urnes, prenant pour modèle Hugo Chavez au Venezuela. Il regarde aussi de près la progression d'Alexis Tsipras en Grèce. Il croit en une autre gauche et est persuadé que la social-démocratie est un «astre mort». C'est pour cela qu'il est aussi dur avec Hollande.

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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Aaron 25/08/2012 18:19


Souhaitons qu'il devienne lui aussi un astre mort dans peu de temps...


Le ridicule ne tue vraiment plus.

DURADUBOL 25/08/2012 11:46


Le FDG en attaquant tout azimut la majorité seule socialiste, les renforce d'une manière inouie car il tranquillise l'ancienne majorité et leurs
alliés, tous contents, entre guillemets, d'avoir ainsi au pouvoir un parti du centre (PS) on ne peut plus rassurant.


Attaquez M. Mélenchon, attaquez il n'en restera pas toujours quelque chose !