Jean-Richard Sulzer / Euro – Ecu – Parités – Dette – Chiffrage : « Assez de fadaises UMPS ! »

Publié le 27 Janvier 2012

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Tribune du Professeur Jean Richard Sulzer, HEC – Agrégé des facultés de Gestion, conseiller économique et budgétaire de Marine Le Pen

Je voudrais réagir à un certain nombre d’écrits récents, qui entretiennent plus ou moins sci
emment la confusion concernant le programme de Marine Le Pen et son chiffrage. 
Examinons successivement la parité du Franc 2012 en cas d’éclatement de la zone euro, puis le volume de la dette française.

 

1°- Les parités en cas d’éclatement de la zone Euro

Tous les économistes se fondent sur la même étude, publiée en décembre 2011 par les analystes de la banque NOMURA.
Cette étude a été très largement diffusée ; et n’a aucunement été contestée. Elle s’appuie en effet sur les fondamentaux économiques des 11 principaux pays de l’eurozone : PIB, indicateurs de compétitivité et surtout parité des pouvoirs d’achat.
Cette dernière donnée est fondamentale, car elle prend en compte les différentiels d’inflation (entre Athènes et Berlin par exemple depuis 1999).
Les résultats de l’étude sont connus. Sur la base d’un taux de change de 1,34 du dollar contre euro (au moment de l’implosion) :
- le DMark se réévaluerait de 1,3 % contre dollar,
- les autres monnaies européennes se déprécieraient contre dollar,
- de 6,7 % pour la Finlande,
- de 9,4 % pour la France,
- de 27,3 % pour l’Italie,
- de 35,5 % pour l’Espagne, etc,
- jusqu’à 57,6 % pour la Grèce.

 

2°- Un « Franc 2012 » un peu handicapant

L’étude NOMURA montre donc que le Franc2012 ne serait pas la monnaie la plus mal placée.  Supposons que les pays européens passent de l’euro monnaie unique à l’Ecu monnaie commune qui existait en 1999.
Par rapport à l’Ecu, panier des monnaies de la zone pondérées par leur poids économique, le DMark pèserait 1,15 Ecu, et le Franc… à 1,05 Ecu !
L’Allemagne, la France, l’Autriche, la Finlande et les Pays-Bas verraient leurs monnaies nationales coter au-dessus de 1 Ecu (ou 1 Euro monnaie commune suivant les termes employés par mes confrères).
Ceci prouve en tous cas que la thèse de Marine Le Pen (1 Franc = 1 Euro) est parfaitement réaliste. Toutes les autres évaluations sont de nature plus idéologique.
Il est d’ailleurs un indice qui ne trompe pas : il s’agit de la dévalorisation des obligations de chaque pays pour ce qui est de leur dette souveraine.
La banque NOMURA prévoit une dévalorisation de la dette grecque de 57,6 % : or les négociations actuelles sur le rééchelonnement oscillent autour d’une décote comprise entre 55 % et 60 %.
La cote future des devises nationales se lit donc à travers la dévalorisation des dettes souveraines… telles qu’elles sont libellées aujourd’hui en Euro.

3°- Un Franc… surévalué ?

La cote du Franc français pourrait donc se retrouver à 1,21 US Dollar, si l’Euro cote 1,34 dollar à la veille de son implosion.
Ceci pourrait bien évidemment handicaper notre compétitivité.
En effet, Marine Le Pen n’envisage pas de recréer la ligne Maginot. Des accords bilatéraux ou multilatéraux de libre-échange continueraient à nous lier à nos principaux partenaires (et clients) comme l’Allemagne.
Les écluses douanières ne seraient destinées qu’à la réindustrialisation de notre Nation, face à certaines économies qui pratiquent le dumping social et/ou environnemental.
Dans ces conditions, un Franc à 0,96 Dollar (dépréciation de 20 %) ou à 1,1495 Dollar (dépréciation de 5 %) permettrait de relancer notre économie.
Personne n’ignore qu’il faut savoir réussir une dévaluation. La courbe en J de Marshall- Lerner suppose que la relance des exportations surcompense le renchérissement des importations.
Il s’agira donc là d’un acte politique, volontariste, disjoint de l’éclatement de la zone euro ; lequel semble inéluctable au delà du 10 mars 2012.
Avant d’ailleurs de gloser sur l’irréalisme d’une telle modification de parité, il faudrait d’abord en connaitre les modalités.
En effet, il se peut que l’ensemble des devises européennes flottent isolement : on parlera alors de dépréciation.
Il est cependant probable que l’eurozone ressuscitera l’Ecu, monnaie commune ; pivot de parités fixes mais ajustables. Il peut aussi y avoir des marges de fluctuation autour de l’axe central du SME. Dans ce cas, le terme de dévaluation serait plus adéquat.
De toute façon, la Commission européenne prépare un plan B qui va dans ce sens. En effet, depuis le 18 janvier 2012, les emprunts publics de la Grèce sont régis par le droit britannique.
Donc, en cas de sortie de l’euro, ces emprunts ne pourront plus être remboursés en Drachmes… mais en Euro ou en Ecu. Tout est dit, et le reste n’est que manœuvres d’intoxication.

4°- Le gonflement de la dette publique.

Il est assez simple de reprendre les hypothèses usuelles :
* stock de dettes publiques de 1720 milliards d’euros,
* 67 % de ce volume est détenu par des non-résidents,
* la France ne rembourse pas en Francs (ce qui serait sont droit) mais en toute devise de transactions internationales.
En clair, nous ne coupons pas les ponts avec les marchés financiers.
Dans ces conditions, la dette publique augmenterait de : 67 % x 1720 x 9,4 % = 108 milliards d’euros ; soit un gonflement de 6,27 %.
Seuls les farfelus peuvent évoquer un chiffre astronomique de 200 % !
En prenant la pire des hypothèses évoquées mes collègues (Jacques Sapir entre autres) (20 % à 30 % de dévalorisation) ; nous arrivons à un alourdissement de 346 milliards d’euros ; soit un gonflement de la dette publique de 20,12 %.
Enfin, étant donné la durée de vie moyenne de la dette publique française, la charge budgétaire annuelle serait de 15,42 milliards dans l’hypothèse basse à 49,24 milliards dans l’hypothèse la plus pessimiste.
En conclusion, cessons de faire peur aux épargnants ! La fin de l’Euro ne sera pas un cataclysme. Elle coutera moins cher que le énième plan de sauvetage des pays du Club Med.
La priorité aujourd’hui c’est d’agir vite, afin de sauver l’épargne de nos compatriotes.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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