Jihad : La menace terroriste islamiste liée au conflit et à l’engagement français au Mali

Publié le 14 Janvier 2013

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EXCLUSIF

« Nous assistons à la naissance d’un dangereux « black power jihadiste ». La menace d’attentats sur le sol français, liée au conflit malien, est bien réelle ». Marc Trévidic. Hier, Le juge Marc Trévidic, désormais en première ligne pour défendre l’hexagone de la menace terroriste des islamistes maliens.

 

Le juge anti-terroriste TREVIDIC, vice-président du pôle spécialisé de la Galerie Saint-Eloi est aux yeux de tous, le meilleur spécialiste du terrorisme jihadique, de l’Islam radical, des filières d’un réseau mondialisé. C’est lui qui en 2007 a repris les manettes sur ces dossiers, à la place d’un duo longtemps resté aux commandes : Jean-Louis Bruguière et Jean-François Ricard.

Je l’ai rencontré plus de deux heures vendredi soir, puisqu’il est libre de sa parole pour promouvoir son 2ème ouvrage qui vient de sortir en librairie,  « Terroristes, les 7 piliers de la tentation ».

Marc Trévidic est ainsi. Malgré sa charge de travail, il trouve le temps d’écrire des bouquins accessibles à tous sur une matière ou personne ne viendra le « chercher », et sur ce qu’il appelle : « L’histoire en marche ».

Et l’histoire en marche aujourd’hui, c’est à la une, l’engagement français armé qui débutait contre les groupes islamistes armés au Mali, et la menace que génère automatiquement pour la France cet engagement frontal.

Frédéric Helbert : Est-ce que la France est en danger aujourd’hui, et risque de subir des attentats ?

Marc TREVIDIC : Clairement ! La menace, le risque sont là avec le problème du Mali. On retire nos troupes d’Afghanistan, et en même temps on décide de s’engager au Mali (à l’heure exacte de l’ITW, nous ignorions l’exacte avancée des opérations militaires françaises).

Je comprends très bien cette décision politique, mais il va falloir gérer les risques, le fait qu’on soit l’ennemi, l’ennemi principal pour les salafistes et jihadistes là-bas qui occupent le Nord-Mali, voire les 2/3 du pays.

Et la fatalement, avec une communauté malienne importante en France, et au delà une communauté de populations africaines musulmanes, il va falloir faire très attention et surveiller cela comme le lait sur le feu.

Il ne s’agit pas de stigmatiser qui que ce soit, mais il ne faut pas rêver, il y a là un terreau fantastique pour les islamistes qui à des milliers de kilomètres trouveront sur notre sol quand ce n’est pas déjà fait des alliés précieux, ou des soldats au sein de ces communautés, pour frapper la France ennemie.

FH : Est ce qu’on déjà constaté que se reproduisaient des schémas qu’on a connu par le passé avec la constitution de filière de formation, d’envoi d’apprentis jihadistes, comme on l’a vu avec la Bosnie, la Tchétchénie, L’Irak, L’Afghanistan ?

Marc TREVIDIC : Pas tout-à-fait. Je crois qu’on ne connaitra plus jamais le phénomène des filières très structurées comme le « Londonistan », ou on vous accueille, on vous prend par la main et on vous amène sur des terres de Jihad dans des camps d’entrainement à ciel ouvert … Ça, c’est fini. On a cassé ce système bien huilé.

Maintenant, il y a des petites filières artisanales, et il y en a qu’on a clairement identifié pour le Mali, trois quatre en l’état qui ont donné lieu à l’ouverture d’enquêtes judiciaires.

Encore une fois ce n’est pas le « Londonistan », la grande filière comme à la belle époque, mais les filières pour le Mali existent, s’installent et devraient se développer. Notre force c’est qu’on a commencé à travailler en amont il y a plusieurs mois sur le phénomène. Nous avons décelé une volonté chez pas mal de jeunes, de se rendre à tout prix au Mali, (NDRL : Nord-Mali), parce que le Mali c’est un pays ou on applique l’Islam, la Charia (loi coranique) pure et dure. C’est un « pays à la talibanne », à fort pouvoir d’attraction pour les extrémistes religieux, et ceux qui veulent faire le coup de feu contre la France, là-bas, ou un jour ou un autre la « châtier » sur son sol.

Le Mali c’est un pays ou les groupes qu’on connait appliquent dans l’esprit de certains le « vrai Islam ». Et c’est maintenant un pays « menacé » par la France … Donc il s’est produit la même chose psychologiquement que pour les Talibans. Beaucoup de jeunes et d’exaltés se disent : Enfin un pays ou on applique le « vrai Islam », et en plus nos frères sont menacés, donc y faut y aller et les aider, je veux y être et défendre cette terre purement musulmane. Les jeunes embrigadés se disent : C’est là-bas que je veux faire mon « Hijra » (quitter une terre de « mécréants » pour rejoindre une terre « d’Islam pure » selon les islamistes) et le « Jihad ».

Hijra et Jihad. Voila les ingrédients explosifs et irrésistibles, les mêmes qu’en Afghanistan pour les apprentis-jihadistes. Dès qu’il y a un endroit dans le monde, où une terre apparait comme une vraie terre d’islam « libérée et purifiée », il faut y aller.

FH : Et ils sont nombreux ces gens là, ces jeunes ou moins jeunes qui veulent y aller ?

Marc TREVIDIC : Difficile à dire en l’état. Moi je regarde à travers le prisme des dossiers qui sont les miens. Je pourrais vous dire une quinzaine de personnes identifiées, mais c’est ce chiffre ne reflète pas la réalité. Est-ce que c’est beaucoup plus ou pas ? Je ne peux faire de la statistique.

C’est très compliqué : Il y a les français et les gens qui vivent en France, les binationaux et les maliens qui font des allez-retours, qui vont à Bamako et parfois plus loin, sans avoir besoin de visa. Ils vont chez eux dans leur pays ! Alors comment savoir ce qui se passe là-bas et après … Le renseignement là-bas, ce n’est pas coton ! Y’a un mouvement important, incessant. D’autant que certains peuvent basculer en un instant. Les français que j’appellerais « basiques », comme vous et moi et qui vont là-bas, y’en pas tant que çà, juste quelques uns. C’est presque impossible de faire un tri sélectif pour déceler ceux qui vont là-bas avec des volontés jihadistes. Evidemment, l’intervention française complique les choses, car elle va forcément entrainer de nouvelles vocations. On est au cœur d’un cyclone là …

FH : A t’on déjà détecté le mouvement classique dans ce genre de configurations, où des gens vont là-bas s’aguerrir, et reviennent ensuite avec pour mission de « booster » les filières, de devenir des « agents dormants », voire de préparer des actes de terrorisme sur le sol français ?

Marc TREVIDIC : On est tellement actuellement dans des questions ultra-sensibles et mouvantes… (Il s’arrête, hausse les épaules, sourit) voila, je ne pourrais aller plus loin plus là-dessus et vous comprendrez pourquoi.

(Mais selon d’autres sources et les informations que j’ai pu recueillir, des personnes sont sous surveillance étroite en France).

FH : Il y a une notion, une nouveauté importante, dans cette « histoire en marche », c’est l’émergence aujourd’hui, à travers cette affaire malienne de ce que vous avez surnommé un « Black Jihadist Power ». Vous pouvez développer ?

Marc TREVIDIC : Oui, c’est vrai que l’expérience, depuis les années 2000, nous avait habitué à un Jihad labellisé Moyen-Orient, Maghrébins, Arabes, donc des « blancs ». C’était les gens qu’on avait en face de nous. Et il y a eu une confrontation historique entre les arabes et les noirs venant du fait que dans le passé les arabes ont mis en esclavage à grande échelle. Et donc il y a toujours eu cet antagonisme historique, supérieur par rapport à inférieur, qui n’a jamais disparu, et qu’on peut retrouver encore aujourd’hui dans certaine banlieue, certaines cités en France, ou les deux communautés sont très importantes. Or pour une fois avec le Mali, on a un Jihad très fort en terre d’Afrique, en terre noire. Donc pour la première fois, il y a un « Jihad black », un Jihad pour les blacks fait par les blacks. Ce qui ouvre un champ nouveau pour nous, et pour eux, pour les « blacks salafistes », qui prennent une forme de revanche, montrent qu’ils sont capables de mener la confrontation, de rivaliser avec les arabes, de conduire leur propre Jihad en démontrant qu’ils valent bien les arabes et qu’ils sont aussi capables qu’eux de défendre les vertus de la religion. Donc oui, on peut appeler çà un « black power jihadist ». Avec une capacité d’entrainement de populations musulmanes africaines que nous ignorons, mais qui est une nouvelle menace de très grande ampleur. Dont l’ennemi numéro un est la France.

FH : Mais comment s’explique-t-on que ce Jihad soit mené par plusieurs mouvements émergents différents comme ANSAR DINE, et le MUJAO qui ont marché dans les traces d’AQMI historiquement présent au Sahel depuis longtemps ?

Marc TREVIDIC : C’est vrai que ce n’est pas très naturel, un peu curieux. Il y a des mouvements différents qui parfois se frictionnent, parfois font des alliances de circonstances. Des Nigériens, des nigérians ont aussi franchi les frontières et rejoint ces mouvements ou l’on peut voir des hommes d’origine Touareg frayer avec des algériens. Et devenir des « fondus de la charia ». Certains touaregs, parfois des anciens du MLNA, ont pris leur place dans ces mouvements, pas forcément par conviction, mais parce qu’ayant estimé avoir été brimés et lésés par les pouvoirs central à Bamako depuis des générations, il y avait là une occasion de prendre une revanche historique et de renverser totalement la donne. Si le Mali devait tomber, je ne suis pas sur que les alliances subsisteraient et que tous ces gens là ne finiraient pas par se battre entre eux, je suis même persuadé du contraire. D’un point de vue strictement idéologique et religieux, ça part un peu dans tous les sens, ce n’est pas d’un niveau extraordinaire. On pourrait dire que ce n’est pas un Jihad de très grande qualité intellectuelle. L’islam extrémiste des maliens est mêlé à leur propre culture, et en même temps ils « empruntent » des méthodes afghanes par exemple, en détruisant les mausolées à Tombouctou, mais le problème n’est plus là.

En l’état, Ils sont forts, puissants, font régner la terreur, et ils vont être unis contre l’adversité de l’extérieur, et le principal adversaire de l’extérieur c’est la France.

FH – La France qui est maintenant en première ligne. Et qui dans l’urgence est intervenue directement, en menant des frappes aériennes au Mali. Pour vous le risque est maximal ?

Marc TREVIDIC : La France a pris ses responsabilités politiques. Ce n’est pas notre affaire à nous, les hommes de l’anti-terrorisme, et des services de renseignements. Nous, on doit anticiper les répercussions possibles de l’intervention au Mali. Il y en aura, ou des tentatives. On le sait. Ce qui se passe sur le terrain en ce moment-même renforce considérablement le risque.

Nous sommes dans une période de très grande instabilité. On n’échappera pas à des attaques ou projets d’attaques terroristes. A nous de renforcer la digue, de garder la tête froide, de se serrer les coudes, mais il ne faut pas voiler la face, la menace est aujourd’hui directe et très forte. Les clignotants sont au rouge vif.

Source : Propos recueillis par Frédéric Helbert

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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mika 14/01/2013 14:53


« Piqure de rappel : Résultat Islamo-Négatif »


C’est le titre du billet sans concession déposé sur ALTERMEDIA France...


L’auteur est comme tous ceux qui en ont Marre, à Bout...


http://fr.altermedia.info/general/piqure-de-rappel-resultat-islamo-negatif_34317.html