Justice pour les pieds-noirs par Frédéric Pons de Valeurs Actuelles

Publié le 29 Avril 2011

         Les rapatriés attendent que soient tenues les promesses faites en 2007, notamment sur les orphelins et les familles de disparus de la guerre. Des députés et des chercheurs soutiennent cette cause.

         Travailler à “la paix des mémoires”, bâtir “un avenir de dialogue libéré des polémiques” : le colloque organisé à l’Assemblée nationale ce 4 mai ouvre la mobilisation qui va aller crescendo jusqu’à la célébration, l’an prochain, du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie. Intitulé “Vers la paix des mémoires ?”, ce débat, organisé par l’Association des rapatriés mineurs lors du rapatriement (ARMR) et la Maison des agriculteurs français d’Algérie (Mafa), illustre le travail mené par les organisations de rapatriés, notamment les Cercles algérianistes ou Jeune Pied-Noir.

L’organisateur, Jean-Félix Vallat, président de l’ARMR et secrétaire général de la Mafa, veut tendre des passerelles d’une rive à l’autre de la Méditerranée : « On ne peut pas continuer à vivre dans cette relation d’amour-haine entre les deux pays. Qui mieux que nous, victimes des exactions du FLN, peut en parler et tendre la main ? » Le problème est l’absence de toute réciprocité de la part d’Alger.« Mais on a créé un groupe de discussion sur Facebook, pour libérer l’information vers les jeunes Algériens. »

Le destin tragique de sa famille donne du poids à ce que dit Jean-Félix Vallat. Il avait 8 ans en 1958, quand son père, maire d’un petit village d’Oranie, sa mère, institutrice et ses deux frères furent égorgés sous ses yeux. Il fait partie de ces milliers de Français, chrétiens ou musulmans, qui subirent la violence et la spoliation en 1962, avant de rencontrer des années d’ostracisme en métropole.

Les pieds-noirs peuvent compter sur de solides relais parlementaires, mobilisés autour d’Élie Aboud, député de l’Hérault, président du groupe d’études aux rapatriés (une douzaine de députés). Ils seront au premier rang, ce 4 mai, avec des diplomates, dont Patrice Paoli, directeur Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d’Orsay, des militaires, des personnalités du monde pied-noir et des universitaires.

Professeur à l’université de Toulouse-Le Mirail, auteur de la Guerre d’Algérie : histoire et mémoires, Guy Pervillé se réjouit de cet événement, «alors que la recrudescence des débats mémoriels a conduit à une multiplication des polémiques désagréables entre collègues ». Il souhaite transmettre une mémoire non déformée aux jeunes générations : « Les enfants de France comme ceux d’Algérie ont un droit semblable à la vérité de leur histoire. »

Auteur de Pour en finir avec la repentance coloniale, Daniel Lefeuvre, professeur à Paris-VIII, souhaite lui aussi un vrai échange : « Il me paraît légitime que tous les témoins et acteurs de cette histoire soient associés à cette recherche impartiale sur le passé colonial de la France, trop souvent obscurci par des considérations idéologiques ou des enjeux politiques.» Jean-Jacques Jordi, l’historien des Pieds-noirs (col lection Idées reçues, Le Cavalier bleu), veut «p ouvoir tout dire et tout se dire ». Il souhaite la confrontation, pas l’affrontement : « Appeler des historiens de toutes rives à échanger, c’est don ner aussi aux hommes politiques une plus grande compréhension de cette histoire et éviter ainsi son instrumentalisation. »

Le témoignage de Colette Ducos-Ader, infatigable veilleuse de la mémoire de “là-bas”, est très attendu. Membre de la com mission des disparus au sein de la mission interministérielle aux rapatriés que préside Renaud Bachy, elle mène depuis cinquante ans un travail sans équivalent. Ce dossier est aussi son histoire personnelle : alors qu’elle était mariée depuis trois ans avec un agriculteur de la Mitidja, celui-ci, père de ses deux enfants, fut enlevé le 14 juin 1962, puis “porté disparu”.

Mme Ducos-Ader se bat pour la reconnaissance des souffrances de ces familles de disparus. Après des années de recherches, son fichier recense 4 366 victimes d’enlèvement (dont 3 540 après le 19 mars 1962). Environ 1 800 furent libérées, mais 2 566 ont disparu à jamais. Le chiffre officiel donné par les Affaires étrangères est de 3 018. En proportion de la population française actuelle, il correspondrait à 100 000 disparus !

La plupart des dossiers furent “oubliés” pendant trente ans. Le secret fut en partie levé grâce aux travaux de Mme Ducos-Ader et du général Faivre. Ce n’est qu’en avril 2003 que cet éminent spécialiste de la guerre d’Algérie put enfin consulter le terrible rapport établi par la Croix-Rouge en 1963, confirmant les exactions commises par le FLN qui lui vaudraient aujourd’hui une poursuite devant la Cour pénale internationale. Le groupe de parlementaires présidé par Élie Aboud appuie ce combat et prépare une proposition de loi sur la défense des familles de disparus. Un autre grand sujet sensible les mobilise: le dossier des sépultures profanées en Algérie(notre rédaction reviendra bientôt sur ce sujet).

Ce travail de justice n’est pas fini, malgré l’avancée permise par la loi du 23 février 2005, “portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés”, et l’espoir suscité par le discours d’Alain Juppé, le 5 décembre dernier, devant le Mémorial national de la guerre d’Algérie du quai Branly, à Paris. Le ministre a souhaité officiellement voir figurer sur le monument les noms des disparus. Mme Ducos-Ader s’en réjouit, mais attend des actes : « L’État est responsable des troubles qui ont suivi les accords d’Évian. Il doit assurer ces réparations, car il était au courant de tout. » 

Les pieds-noirs demandent surtout que les décrets de 2000 et 2004 prévoyant une indemnisation au profit des orphelins de parents juifs ou résistants tués pendant la Seconde Guerre mondiale soient étendus aux orphelins de la guerre d’Algérie. En avril 2007, le candidat Nicolas Sarkozy s’était engagé : « Il est grand temps que toute la lumière soit faite sur ces disparitions. […] Si je suis élu, il sera mis fin à l’empilement des dispositifs […] par un décret unique […] complétant ceux de 2000 et 2004. » La promesse n’a pas encore été tenue. Il reste tout juste douze mois avant la prochaine présidentielle. 

Frédéric Pons

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoire de France

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Nancy VERDIER 30/04/2011 00:21



L'Algérie c'est un pays que je ne connais pas, que je n'ai pas envie de connaître. Et pourtant, j'y suis née à la fin de la 2nde Guerre mondiale. A l'âge de trois mois, j'étais en France. Je n'ai
entendu que des récits affreux sur la Guerre d'Algérie et j'ai eu des amis Pieds Noirs qui me parlaient de tous ces évènements avec une infinie tristesse. La souffrance des Pieds Noirs n'a jamais
été prise en compte, leur retour a été un calvaire et ils n'ont jamais reçu d'aide. Les exactions commises contre les Français d'Algérie par le FLN ont été passées sous silence par la Presse et
même le gouvernement. C'est une grande injustice de l'histoire qu'il faut réparer.



Gérard Brazon 30/04/2011 11:55



C'est la tâche sombre sur l'Histoire du Gaullisme. J'en suis bien conscient. Sans dout aurait-il fallu suivre Alain Peyrfitte et créer un état Oranais. De Gaulle n'a pas osé aller jusqu'au bout
de cette idée qu'il avait pourtant suggéré. A moins que ce ne soit que pour faire pression sur le FLN. Aujourd'hui, cet Etat serait aujourd'hui certainement avec Israël l'un des état les plus
puissants du Moyen Orient. Regret éternels.



muller marie-claire 29/04/2011 22:24



Merci Gérard! je ne sais pas ce que Bart veut dire dans son commentaire criblé de fautes mais moi ce que je peux dire c'est  que  vous avez raison, tout à fait raison, absolument
raison, de remettre les pendules à l'heure de la vérité en ce qui concerne l'Algérie et les crimes du fln ,qui crêche chez nous et qu'on devrait faire condamner pour crimes contre l'humanité,
pour avoir massacré tant d'innocents,la complicité de certains devrait aussi être dévoilée!!!!cacher la vérité, comme c'est devenu la coutume dans ce Pays, encourage tous ceux qui n'ont qu'une
idée en tête occuper notre Pays et chasser ceux qui l'on construit pour qu'il devienne un désert ce que l'Algérie était avant l'arrivée des"pieds noirs" des boutédja and cie pleine de haine sont
devenus légion en France ils nous dénigrent mais profitent bien des richesses créées


Ceux qui n'aiment pas la France qu'ils la quittent!!!!!



Gérard Brazon 30/04/2011 11:58



Merci Marie Claire. Nous essayons tous de faire avancer notre part de vérité. 



Bart 29/04/2011 21:30



Hé, Msieu brazon, vous passé tous votre temps à lire et à publier des articles qui parlent d'un monde bien réel où vous mettez pas souvent les pieds ! Je vous imagine derrière votre écran du
matin au soire, à lire tout ce qui concerne les musulmans. Au fond vous ettes un grand enfant, qui a peur de la réalité du monde, qui a peur que la réalité vous donne tord. C'est vrai que c'et
plus facile de croire que de savoir. Surtout quand précisément on ne sait pas que l'on crois, mais que l'on crois savoir. Je n'attends même pas que sa vous face réfléchir. Vous ettes à un stade
d'endocrtinement qi vous rend irrécupérable.


Salutations.



Gérard Brazon 30/04/2011 12:03



Et vous pensez que vos affirmations, vos vérités à deux sous vont faire avancer ma science de l'homme, ma connaissance géographique, mon étude de l'histoire des civilisation en général ? Vous
pensez que vous allez convaicre les lecteurs de ce blog qui ont une commaissance, une vision autrement plus claire que la votre? Quelle innocence si ce n'est plus. "Le paradis vous
appartient" mon bon Bart. (sourire)



MASCARA83 29/04/2011 18:53



C'est honteux de voir qu'un demi-siècle après cet exode des pieds-noirs, on vient encore nous resservir la même sauce... Sachez Messieurs , que nous n'avons plus rien à cirer de vos : promesses,
histoires et pseudo réconciliations avec ces barbares... qui se sont installés se surcroît en France et nènent le même combat qu'en Algérie, à savoir: récupérer gratos des terres qui ne leur
appartiennet pas!!!voire même, le Pays entier!


Issue d'une famille nombreuse de réfugiés Espagnols qui ont fuit le Franquisme et la misère, après avoir tt recommencé en Algérie, nous avons dû repartir "une main derrière et l'autre devant".
Alors, messieurs les politicads et écrivains de tous bords, fichez-nous la paix notamment à un an des élections!!! notre plaie est encore ouverte , alors merci de faire votre PUB ou commentaires
ailleurs!



Claude Germain V 29/04/2011 18:12



Une promesse de plus qui fait comme le petit Larousse : une graine de pissenlit qui s'envole au souffle du vent .Qu'est ce que l'on rigole dans ce pays de France ,le probléme ,c'est que notre
petit president fait comme tout ses  predecesseurs ,il continu à livrer la France aux fils et petit fils des anciens du FLN .


Quelque chose ne tourne pas rond en terre de France .


 D'ici que pour la commémoration des 50 ans ,il soit sur le bateau des "amis" en train de se soigner de la grippe ,il n'y a qu'un pas.