KIDAL : MORTS PAR IMPRUDENCE - par Bernard Lugan. Préface Marc Le Stahler.

Publié le 7 Novembre 2013

Minurne  Par Marc Le Stahler pour Minurne

L'exécution des journalistes de RFI est là pour nous le rappeler : le Mali, ce n'est pas fini... 

Fidèles à notre mission de réinformation, il nous est apparu utile de publier ce point de vue un peu iconoclaste de l'historien Bernard Lugan, les médias traditionnels, comme à l'accoutumée, se limitant à relayer la doctrine officielle sans trop évoquer les questions dérangeantes.

Pour ceux qui ne connaissent pas Bernard Lugan, voici un extrait de ce qu'en dit Wikipedia :

Né le 10 mai 1946 à Meknès (Maroc), Bernard Lugan est un historien français spécialiste de l'Afrique. Il était maître de conférences hors classe à l'Université de Lyon III, où il assurait depuis 1984 différents cours autour de l'histoire de l'Afrique et de la francophonie. Il dispense également des conférences à l'Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) ainsi qu'à l'École de guerre au sein du module Histoire et géostratégie de la francophonie. Docteur en histoire et docteur d'État ès lettres, cet africaniste a enseigné pendant onze ans (1972-1983) à l'Université nationale du Rwanda, pays dans lequel il a mené des fouilles archéologiques. En 2009, il a publié une histoire universelle de l'Afrique publiée sous le titre Histoire de l'Afrique, des origines à nos jours.

Pour être exhaustif, il convient de rappeler que le  NYT (New York Times) indique  que les malheureux journalistes auraient été "égorgés" (lire l'article en cliquant sur le lien ci-dessus). Puisqu'il y a autopsie, on apprécierait que le Quai d'Orsay et les médias se positionnent sur cette information qui est loin d'être anodine. A moins que le gouvernement Hollande, s'inspirant d'une désormais fameuse réplique d'un certain Jean Marie Le Pen, considère que le mode d'exécution ne serait finalement qu'un "détail de l'affaire"...

 

Autre version, publiée sur le site algérien El Watan, la mort des 2 otages aurait été provoquée par le tir d'un hélicoptère français... Une clarification est effectivement urgente !


Marc Le Stahler


*****

Parlons clair : le drame humain qui ne peut laisser insensible ne doit pas faire oublier que Ghislaine Dupont et Claude Verlon sont morts en raison de leur imprudence. Comme Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier qui, en Afghanistan, n’avaient pas tenu compte des mises en garde de l’armée française (infosdefense.com), ils furent pareillement prévenus des risques. 

Ils avaient demandé à la force Serval de les conduire à Kidal et ils avaient essuyé un refus doublement justifié :
1) Parce que les groupes touareg s’y combattaient et que la situation y était totalement anarchique.
2) Parce qu’il n’y avait qu’un effectif français insuffisant pour y garantir la sécurité. 
En raison de la saignée que subit l’armée française depuis plusieurs années, il avait en effet fallu dégarnir la zone pour pouvoir mener plus au sud l’opération Hydre
Or, la « pacification » du Mali exige d’occuper le terrain, ce que, faute de moyens en hommes et en matériel, nos troupes ont de plus en plus de mal à faire.

 
Ghislaine Dupont et Claude Verlon ne sont cependant pas partis pour Kidal de leur propre initiative. Ils  furent envoyés dans le nord du Mali par la direction de RFI. Comme le Code du travail fixe les obligations du chef d’entreprise à l’égard de ses collaborateurs, ils furent donc nécessairement informés des risques ; d’autant plus que le ministère des Affaires étrangères lui-même avait mis en garde contre un tel voyage.
 
Au-delà de la tragédie humaine, l’assassinat des deux malheureux journalistes est le révélateur de l’échec malien où la parfaite réussite militaire de l’Opération Serval fut gâchée par le pouvoir politique français. Paris permit en effet à  Bamako de « réoccuper » le nord Mali d’où son armée avait été chassée, sans exiger auparavant la mise en oeuvre d’une politique fédérale seule susceptible de pacifier le pays. Grands perdants du retour à la situation antérieure, tôt ou tard, en masse ou en petits groupes, seuls ou alliés à Aqmi, les Touareg reprendront donc les hostilités.

Les responsables de ce naufrage sont ces idéologues qui gouvernent la France et qui, prisonniers de leur religion universaliste, refusent de voir qu’il est impossible de faire vivre dans un même Etat artificiel les agriculteurs noirs sédentaires du sud et les nomades berbères ou arabes du nord. D’autant plus que le contentieux les opposant s’inscrit dans la nuit des temps et que la variante africaine de la démocratie qu’ils proposent comme seule solution n’est qu’une ethno-mathématique donnant automatiquement le pouvoir aux plus nombreux,  en l’occurrence les sudistes…

Bernard Lugan

Cet article a été publié le 4 novembre sur le blog de Bernard Lugan

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoire d'Islam

Commenter cet article