L'Affaire sans Dreyfus - Comment une erreur judiciaire s'est transformée en affaire politique.

Publié le 24 Décembre 2014

 

Le Figaro Magazine

 

 

     En décembre 1894, le capitaine Alfred Dreyfus, traduit devant le conseil de guerre, était condamné pour trahison à la dégradation militaire et à la déportation à perpétuité. Il faudra trois années pour que le mouvement réclamant la révision de son procès trouve un appui en la personne du vice-président du Sénat, Scheurer-Kestner, puis une autre encore pour que le célèbre article de Zola ("J'accuse... !") transforme une erreur judiciaire en affaire politique. Deux philosophies allaient s'opposer, celle qui privilégiait les droits de l'individu et celle qui, à partir de l'intérêt supérieur de l'armée et au nom de la raison d'Etat, préférait les droits de la société. Dreyfusards contre antidreyfusards, chaque camp attisant des passions exacerbées, antimilitarisme et anticléricalisme à gauche, antisémitisme à droite, l'Affaire dressera les Français les uns contre les autres, au cours d'une guerre civile froide dont les effets se feront sentir jusqu'en 1914 au moins.
     Philippe Oriol a lu tout ce qui a été édité sur l'affaire Dreyfus, jusqu'à 2012. De ce travail de bénédictin, il a tiré une somme qui suit les événements et leur représentation pas à pas, mais dont on regrettera que tous les travaux cherchant à éclairer la part d'ombre qui existe toujours sur le véritable coupable de 1894 soient balayés d'un revers de main comme des « thèses fantaisistes » (1).
     Heureusement, dans un ouvrage majeur, Bertrand Joly, un spécialiste de la IIIeRépublique, nous apporte du neuf (2). Bousculant les idées reçues, l'auteur montre notamment que les premiers dreyfusards comme le gros des antidreyfusards n'étaient pas des extrémistes, ces derniers ayant joué un rôle marginal dans une histoire qui, de plus, a laissé la majorité de la population plutôt indifférente. L'Affaire, ici, est interprétée comme un dysfonctionnement d'une IIIe République qui n'était pas encore établie. « Dans un régime sain, écrit Joly, il n'y aurait pas eu d'affaire Dreyfus et, s'il avait existé à l'automne 1897 un gouvernement digne de ce nom, l'erreur judiciaire aurait pu se régler très vite. »Iconoclaste !

Jean Sévillia

(1) L'Histoire de l'affaire Dreyfus de 1894 à nos jours, de Philippe Oriol, Les Belles Lettres, 1 504 p., 2 vol. sous coffret, 75 €.

(2) Histoire politique de l'affaire Dreyfus, de Bertrand Joly, Fayard, 782 p., 32 €.

 

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Histoires des peuples

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Epicure 24/12/2014 16:50


Bien sûr que l'Affaire fut Instrumentalisée  par les  deux bords; mais le bord antisémite et doux à l'étrannger Véritable, et espion authentique : Esterhazy... Noble Hongroisd? servant
l'Armée française...SIC..?????


A Gauche, bien sûr, on était à l'époque ENCORE PLUS ANTISEMITE QU A DROITE/ lire Marc Crapez : L'antisémitisme de Gauche au 19 e et 20e siècle.


Cela ne surprend que les ignares qui n'ont lu que trois lignes résumées!  de cette Hsitoire, Narratif de la gauche opportuniste!


Comme aujourd'"hui, c'est le Patriote qui déguste, et non l'ennemi véritable avec qui on s'est compromis....