L’armée irakienne proche de l'effondrement psychologique - par Rick Moran

Publié le 24 Juin 2014

Adaptation française Thérèse Zrihen-Dvir

An ISIS fighter takes control of a traffic intersection in the northern city of Mosul, Iraq, on Sunday, June 22. Vast swaths of northern Iraq, including the cities of Mosul and Tal Afar, have fallen as the Islamic State in Iraq and Syria, or ISIS, advances toward Baghdad, the capital. The ISIS militants want to establish a caliphate, or Islamic state, in the region, stretching from Iraq into northern Syria.
Les conseillers américains qui s’étaient infiltrés en Iraq n’ont plus rien à faire. Selon plusieurs analystes militaires, en raison des désertions, de gestion incompétente et d’un moral bas, l'armée iraquienne est proche de «l'effondrement total psychologique». La reconquête des territoires saisis par l’ISIS est peu probable.

Le Washington Post : « Au fil du temps, ce qui se produit, c'est que l'armée iraquienne n'a plus la capacité de se défendre », a déclaré Rick Brennan, analyste du Rand Corp., et ancien conseiller des forces américaines en Iraq. « Si nous ne réussissons pas trouver le moyen d’opérer une différence significative à l'armée iraquienne dans ce combat, je pense que ce que nous envisageons, c'est le début de la désintégration de l'état d'Iraq. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le gouvernement américain a accéléré ce mois-ci la provision d'équipements de reconnaissance depuis la déroute de l'armée iraquienne dans la ville septentrionale de Mossoul. Mais le gouvernement iraquien dominé par les chiites a exprimé sa frustration au rythme et à l'ampleur de l'aide.


La situation désastreuse du gouvernement était plus évidente le dimanche au commandement des opérations de Bagdad, centre névralgique des opérations de sécurité de la capitale, géré conjointement par les ministères de l'Intérieur et de la défense. Debout devant une carte éclairée, le Brig. Général Saad Maan, porte-parole, désignait les grandes étendues de terres en dehors des limites de la ville, considérées comme territoire hostile.

«Nous traitons tous ces domaines qui nous entourent comme zones chaudes », disait-il. Maan affirmait aussi que les forces de sécurité prenaient l'offensive dans certains domaines, mais les progrès des insurgés sunnites dans la province occidentale d'Anbar au cours des derniers jours, soulèvent de sérieuses inquiétudes concernant l’accélération de l’effritement des forces armées.

Bien avant la disparition de dizaines de milliers de soldats durant la nuit il ya deux semaines, les généraux iraquiens se plaignaient de la puissance du feu d'un ennemi endurci par des années de lutte en Syrie et équipé d'armes modernes en plus.

Au cours des dernières semaines, ISIS a saisi un équipement militaire appartenant à l'armée iraquienne valant des centaines de millions de dollars, dont une grande partie a été passée en fraude vers la Syrie, selon des responsables iraquiens. La frontière est largement entre les mains de l’ISIS, qui vise à créer un califat islamique s’étendant sur la Syrie et l'Iraq.

James Jeffreies, ancien ambassadeur en Iraq n'est pas convaincu de l’aptitude au défi de l'armée iraquienne : « Le problème fondamental de l'armée iraquienne, est que c'est une force sectaire», déclara-t-il, « combinée avec le fait que vous avez des généraux flagorneurs, un moral bas et une force composée de volontaires chiites, sans trop de formation, ni équipement ou compétence des gars de l’ISIS ».

La crise des forces armées résulte de la corruption, d’un manque de leadership et d’intelligence, et de l'inattention sévère à la formation, a déclaré un ancien conseiller américain aux forces armées iraquiennes qui avait pris la parole sous la condition de l'anonymat en raison de la sensibilité de la situation. « Ces problèmes ont fait d’une armée capable d’opérer lors de la retraite des troupes américaines en 2011, une « coquille vide qui n’a de recours qu’à un appel aux armes des hommes et des garçons de la rue », disait-il. Il a ajouté que l'ampleur des revers de ce mois-ci a été «catastrophique».

Est-ce l’Iraq une cause perdue ? Il est difficile de voir comment on peut assembler les morceaux. Terry Moran, correspondant en chef des News internationales ABC soulignait cette semaine, après avoir passé les 10 derniers jours en Iraq, « l'armée ne se battra pas pour l'Iraq, le gouvernement ne gouverne pas l'Iraq, et les gens ont essentiellement baissé les bras ».

Un des nombreux dangers pour les USA est qu’en aidant le gouvernement à repousser les terroristes, les sunnites ne voient en nous ceux qui aident l’Iraq, mais plutôt ceux qui soutiennent les chiites. Nous risquons de rapprocher les sunnites aux terroristes à moins qu'un mouvement du front politique ne crée un gouvernement d'union nationale, qui comprendrait des réformes sérieuses afin que les sunnites deviennent une part du pays.

Mais les chiites ont passé leur temps à lutter pour accéder au pouvoir, ils ne vont pas y renoncer facilement - surtout quand ils voient tant de sunnites qui coopèrent avec l’ISIS. Si l'armée iraquienne est en aussi mauvais état que tout le monde pense, les réformes politiques que les États-Unis veulent ne pèsent pas lourd.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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