l’Éducation nationale est morte, du moins moribonde » dit Jean-Paul Brighell

Publié le 20 Mai 2011

 Quel avenir pour l’école républicaine ? » (écho d’un colloque organisé par l’Ader)

Malika Sorel« L’autonomisation des établissements, c’est non ! Il faut résister car nous avons à faire face à un projet politique collectif : que voulons-nous pour nos enfants demain ? », avance Malika Sorel, membre du HCI, jeudi 12 mai 2011, intervenant en clôture d’un colloque organisé à Paris par l’Ader, association de défense de l’école républicaine[1], intitulé « Quel avenir pour l’école républicaine ? ». « Le problème, ce n’est pas l’école, c’est toute la société. Elle entraîne des conditions d’enseignement qui rendent presque impossible la mission de l’école », poursuit Malika Sorel. Jean-Paul Brighelli, enseignant et auteur de « La fabrique du crétin » (AEF n°60783), Sophie Coignard, journaliste et auteur du « Pacte immoral » (AEF n°144243), Dominique Reynié, professeur de sciences politiques à Sciences Po et directeur général de Fondapol, François Portzer, président de l’Ader et du Snalc-CSEN et Claire Mazeron, vice-président du syndicat ont participé à ce débat.

Pour Jean-Paul Brighelli, « l’Éducation nationale est morte, du moins moribonde ». « Le respect de la laïcité, c’est terminé. Au nom de cultures plurielles, on a cessé d’enseigner la culture. Il n’y a pas non plus d’Éducation nationale d’État avec l’autonomie des établissements. Il n’y a plus d’objectifs nationaux et bientôt, il n’y aura plus de contrôles nationaux », ajoute-t-il. « Plus personne ne s’occupe de la transmission des savoirs, l’essentiel étant que les enfants soient heureux. Pourtant, ce qui fait l’école c’est un bonheur différé, reculé à la fin des études », estime-t-il.

DIVERSIFIER LE CONTENU DES PROGRAMMES ?

De son côté, Dominique Reynié liste « plusieurs éléments qui ont modifié le rapport que l’on peut avoir avec l’école et son efficacité ». L’élément « l’école a raison » a « disparu », explique-t-il précisant qu’il s’agit du fait « que la famille soutienne et soit complice de l’école ». Il note d’autres phénomènes comme « la culture de l’écran », qui témoigne « d’un changement culturel » mais également « l’hétérogénéité radicale des classes » et la « recomposition ethno-culturelle de nos sociétés ».

Dominique Reynié invite à « l’autonomisation des établissements ». « Il s’agit d’insérer les établissements dans des univers spécifiques et de faire émerger les solutions adéquates, adaptées au cadre de l’établissement. » Il propose également de « diversifier les contenus des programmes ». « Un tiers des établissements n’en font rien car ils sont trop ambitieux. En proposant des programmes différents, ces établissements en feraient plus », estime-t-il. Et d’ajouter : « Cela suppose des filières différenciées sous le contrôle des enseignants qui feraient passer un élève d’un univers à un autre en fonction de son potentiel ». « Je mets au défi quiconque de montrer que l’on peut faire assimiler le même programme à tout le monde et notamment aux élèves en difficultés qui ne sont pas soutenus par leur famille. Bourdieu parlait de “destin d’exception”, il faut organiser des fuites permettant de reproduire les mécanismes qui ont permis à certaines personnes de réussir », conclut-il.

« RÉSISTER »

Pour Claire Mazeron, vice-présidente du Snalc-CSEN, « la situation de l’école républicaine s’est rapidement dégradée ». « Il y a un combat à mener », indique-t-elle estimant que « le socle commun qui devait être la base des connaissances est devenu le plafond ». « L’école a entériné trop de renoncement », estime-t-elle. Intervenant dans la salle, une professeur d’histoire-géographie dans un lycée parisien indique : « Moi pour l’instant je fais de la résistance aux nouveaux programmes. » « Des professeurs que je connais font de même en faisant signer aux parents des papiers les autorisant à faire une dictée par semaine, pour se couvrir en cas de poursuites judiciaires. Il faut se battre sur les contenus. Aujourd’hui, on assassine l’histoire », poursuit-elle estimant que ceux « qui éduquent les enfants aujourd’hui, ce sont ceux qui font de la résistance pédagogique ».

« L’école ne peut pas tout. Les parents ne sont plus complices de l’école. Par un processus inconscient, les élèves n’apportent plus la culture de l’école républicaine à la maison. Il faut faire comprendre à notre société que les parents doivent assumer leurs responsabilités pour que les enseignants puissent faire leur métier », estime Malika Sorel. « Les politiques font preuve d’une insoutenable légèreté de l’être et méconnaissent ce sujet. Ils ne vivent pas dans notre monde et il leur est difficile de reconnaître qu’ils ont fait une erreur », avance-t-elle. « Il faut tenir et ne pas se décourager », conclut Malika Sorel.

____________________________

[1] Cette association a été créée en 2006 par des syndicalistes issus de la CSEN souhaitant « dépasser le cadre du syndicalisme et intégrer les personnes de la société civile dans le débat sur l’école républicaine », explique François Portzer, son président.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

Commenter cet article

Claude Germain V 21/05/2011 20:38



Madame en 1962/1963 j’ai passé mon certificat d’étude à 14 ans ,je peux en parler maintenant le temps à passé ,j’ai mis à l’époque 2 heures pour faire l’examen complet ,alors que les 299 autres
jeunes qui le passaient avec moi ,avaient mis une moyenne de 6 heures de travail ,donc je suis sorti premier du canton de B……avec félicitations de l’inspecteur d’académie et tout et tout …….
Simple anecdote .Et voyez vous malgré cela j’ai préféré le travail manuel et je ne m’en suis jamais mal porté .


Vers cette époque j’avais écrit à Monsieur Stoléru ministre de l’éducation Nationale qui m’avait répondu qu’il allait faire une campagne de revalorisation du travail manuel ,mais vous comprenez
bien Madame Verdier que cela fait presque 30 ans et en France jamais rien n’a été fait de ce coté là et pourquoi ? pas compliqué :


1er : D’abord le travail manuel en France c’est sale ,çà pue ,c’est déshonorant .


2eme : Les pauvres petits chouchous ,vous comprenez , il ne faut pas les fatiguer et les traumatiser .Toucher un tournevis cela fatigue le bras . Il vaut mieux effectivement en insultant
papa ou maman au pire en menaçant obtenir un téléphone portable à 8 ou 9 ans ,le scooter à 14 ans et le 4X4 à 18 ans .La nuit c’est pas grave ,on va taguer les murs et rayer les vitres des
devantures ,on attend impatiemment les jours de grèves et de révolution bobo lancés par les crapules de l’UNEF et tout va bien . Elle n’est pas belle la France ???


3eme : en ce qui concerne la rétribution de l’apprentissage, il est vrai que beaucoup  de jeunes s’attendent à un salaire énorme des le premier mois de travail ,ce qui
évidement est impossible à donner .Enfin bref ,il faudrait dans ce pays une véritable réorganisation et valorisation du travail manuel ,IL FAUT QUE LES DIRIGEANTS DE CE PAYS REMETTENT EN
QUESTION LA NOTION ET LA REHABILITATION  DU TRAVAIL MANUEL .


Plutôt que d’entretenir des cohortes de jeunes rentiers de l’inutile il ne faut pas avoir peur de leur faire quitter des études stériles et les mettre au travail des l’âge de 14 ou 15 ans .


N’oubliez pas Madame que si en France il est fait un bilan général sur les modalités et la mise au travail du citoyen ,en contrepartie ,nous sommes je dis bien ,nous sommes le seul et unique pays
au monde ou un cultivateur du poil à la main peut bénéficier d’une dispense ,grâce aux diverses aides sociales ,bénéficier d’une dispense de travail qui peut varier de 30 ans à 45 ans SANS RIEN
FAIRE ,voire toute sa vie. Et par la suite AUCUN PROBLEME puisque cette personne bénéficiera du minimum vieillesse avec toutes les aides qui en découlent. Et souvent plus avantageux qu’une
personne qui aura cotisé donc travaillé 40 ou 45 ans .Ainsi est fait le système Français, pays des « poires » qui travaillent. Nous sommes nombreux je pense à connaitre dans notre
entourage plus ou moins proche un cas similaire …..


Bien à vous.



Nancy VERDIER 20/05/2011 17:22



Je sais tout cela parfaitement, puisque ayant enseigné à l'Université de 1969 à 2006, j'ai vu le niveau des étudiants de 1ère année de DEUG (titulaires du bacalauréat) dégringoler d'année en
année. La dernière année, j'avais la moitié de la classe composée d' élèves excellentes et attentives et l'autre moitié d'élèves qui ne savaint pas écrire manuellement (ne savaient pas former
leurs lettres), n'avaient aucune culture générale à part les séries télé ou la musique et aucune compétence dans le domaine d'études de l'Université. On fabrique des déchets, puisque cette moitié
de classe disparait en fin d'année. Le problème est qu'il faut "un vivier", des "clients" pour ces universités...qui perdent la moitié de leurs effectifs d'année en année. Tout cela est une
ERREUR MONUMENTALE.Ces jeunes n'ont rien à faire à l'Université. Il faut redonner au Bac sa valeur  d'autrefois.  Il ne faut pas obliger certains jeunes à aller en classe jusqu'à 16
ans. Il faut revenir aux basiques (Certificat d'Etudes) : lire, écrire, compter et favoriser le travail manuel de ces jeunes dès l'âge de 14 ans.  Et renforcer les programmes et les
connaissances des meilleurs. C'est Lionel JOSPIN qui a commis cette erreur d'imposer  le collège jusqu'à 16 ans. Je reviendrai sur cette question plus longuement, mais c'est vraiment un
combat majeur et les ministres de l'Education Nationale semblent ne pas comprendre les enjeux....