L’État fou d’Algérie: Entretien avec Krim Mustapha, président de l’Église protestante d’Algérie

Publié le 5 Décembre 2011

Blog de Sami ALDEED Apostasie, Minorités Dec 03/2011

 Source: “Les chrétiens en Algérie sont mis à l’index par la société et menacés par la loi de 2006″

 

Le procès en appel de Karim Siaghi, chrétien accusé de prosélytisme et d’offense au prophète, prévu le 1er décembre a été encore une fois reporté. Quel est votre commentaire?

Le procès de Karim Siaghi va encore traîner en longueur. En fait, je ne comprends pas comment ils ont pu faire tout ce tapage pour dire au final que le dossier est vide. Au départ, ils avaient quand même prononcé une peine de cinq ans de prison. C’est exorbitant pour un dossier dans lequel il n’y a aucune preuve. M. Siaghi, accusé de prosélytisme et d’insulte au prophète, avait simplement refusé la demande de son interlocuteur [son voisin, NDLR] de rendre hommage au prophète en lui précisant qu’il était chrétien et qu’il n’avait donc aucune obligation en ce sens. Chose qui a été prise pour une insulte. Karim Siaghi est un cas parmi d’autres. Tant que la loi de 2006 [régissant le culte non musulman, NDLR] existera, il n’y aura pas de répit.

 

Le ministre des Affaires religieuses a pourtant affirmé jeudi, en marge d’une séance plénière au parlement, qu’il y a une égalité entre les musulmans et toute personne pratiquant un autre culte…

Je ne sais pas ce que M. le ministre appelle égalité. Personnellement, je ne suis pas du tout de cet avis. En Algérie, il y a, aujourd’hui, une “catégorisation” de la population. Donc, vous avez d’un côté les musulmans qui ont tous les droits et de l’autre, les chrétiens qui ont le devoir de se taire. À la limite, on va leur dire qu’on respecte leur religion mais qu’ils devraient éviter de l’afficher publiquement. La loi de 2006 est vraiment perverse en ce sens. Elle est très floue et peut être interprétée à volonté. C’est à elle qu’on fait à chaque fois référence dans ce genre d’affaires. Cela veut dire que n’importe qui pourrait porter plainte contre un chrétien arguant que ce dernier est venu lui parler d’un sujet religieux et essayé de l’entraîner. La déclaration universelle des droits de l’homme nous autorise à parler de notre religion en privé ou en public. Elle nous autorise aussi à changer de religion. Je me demande pourquoi maintenant on veut nous reprendre d’une main ce qu’on nous a donné d’une autre.

 

Une commission du ministère des Affaires religieuses est chargée d’étudier les doléances des personnes pratiquant un culte non musulman. Avez‑vous eu l’occasion de lui exposer vos problèmes et de lui faire part de vos propositions ?

De notre côté, nous sommes prêts à participer au débat pour expliquer nos problèmes. Nous avons eu quelques contacts mais nous n’avons toujours pas été invités. Parmi nos propositions, je citerai l’abrogation de la loi promulgué en 2006 régissant le culte non musulman. Cela est indispensable pour un retour à la normale. Il faut aussi régler un certain nombre de problèmes, dont le code de la famille. Les chrétiens sont toujours perdants dans les procès les opposant à des musulmans. Il faut solutionner le problème de l’adoption et celui de pouvoir donner les prénoms qu’on veut à nos enfants.

 

Croyez‑vous à une réelle volonté du gouvernement de régler le problème des chrétiens en Algérie ?

Je pense que les responsables sont très embarrassés. Il y a des personnes au gouvernement qui nous respectent et comprennent tout à fait que c’est un choix. Cependant, il y a aussi les extrémistes qui ne supportent pas que quelqu’un né musulman puisse devenir chrétien.

 

Comment vivent les chrétiens en Algérie,

Les chrétiens d’Algérie sont d’un côté mis à l’index par la société et constamment menacés par la loi de 2006. Bref, ils subissent de plein fouet cette situation. Que voulez vous qu’ils fassent ? Que peut faire un jeune, marié et père d’un enfant comme Karim Siaghi, traité aujourd’hui comme un malfaiteur ?

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

Commenter cet article