L’Euro n’a pas d’avenir - par Stefan Homburg

Publié le 17 Août 2011

Il s’impose cependant si on se rappelle l’histoire.  L’Euro n’a pas d’avenir. Ce constat peut sembler provocateur.

par Stefan Homburg

En 1914, l’Allemagne était fière de son mark à couverture or. Cette monnaie avait existé depuis 1876 et était restée stable pendant des décennies. Par les lois de guerre de 1914, le Reich eut accès au crédit de la banque d’émission et ce fut le début de l’effondrement du mark finalement imprimé en billets de 100 billions chacun.

En 1924, avec l’introduction du Reichsmark, l’Allemagne a fait un nouvel effort pour arriver à une monnaie stable. Sur la base des expériences faites avec l’hyperinflation, la loi sur les banques a garanti l’indépendance de la Reichsbank. A partir de 1933 cependant, cette indépendance a été peu à peu minée et après 1939 la Reichsbank était soumise aux ordres du « Führer et du chancelier du Reich », lequel s’est servi de ses attributions pour le financement dit silencieux de la guerre. A la fin de ce jeu astucieux, au cours duquel entre autre le fameux « Mefowechsel » a joué un rôle (les bons MEFO, pour Metallurgische For-schungsgesellschaft mbH, utilisés pour financer les dépenses de réarmement), est venu la réforme monétaire de 1948. Avec cette réforme, les épargnes privées ont été diminuées d’un dixième. Les dettes privées par contre ont été pleinement maintenues.

Lorsqu’on compare le présent avec les années 1914 et 1933, c’est-à-dire les années de mise en danger de la stabilité monétaire par le choix d’une mauvaise voie, le résultat est foudroyant : La Banque centrale européenne a racheté à grande échelle des emprunts d’Etats insolvables, donc elle a donné des crédits de Banque d’émission, en plus elle a accepté des emprunts défectueux comme sécurité et avec « Target2 » elle a érigé un système gigantesque de crédits-fantômes.

Alors que les national-socialistes ont au moins encore changé la loi lorsqu’ils ont supprimé l’indépendance de la banque d’émission, nous observons actuellement, jour après jour, des infractions au droit incroyables : la Banque d’émission européenne achète des emprunts d’Etat, bien que le Traité de Lisbonne le lui interdise ; les Etats-membres ignorent les limites d’endettement fixés dans le traité et par ensemble avec les Etats membres, la Commission enfreint l’interdiction formelle d’assister des Etats insolvables.

Dans un livre actuel, les scientifiques -Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff décrivent des centaines de faillites d’Etats et de réformes monétaires, dont le déroulement se fait toujours de façon insidieuse parce que les gouvernements réussissent toujours à maintenir l’illusion de la stabilité monétaire auprès des citoyens. D’où le titre ironique du livre « Dieses Mal ist alles anders » (Cette fois-ci tout est différent).

Au fait, cette fois-ci ce sera exactement la même chose, comme chaque fois qu’on met de côté les règles de la stabilité, que les Etats s’endettent outre mesure, et que les Banques d’émission accordent docilement des crédits d’Etat : à la fin, c’est de nouveau la faillite de l’Etat et la réforme monétaire. L’Allemagne, qui arrose tout le monde d’aide financière, n’est pas du tout en dehors mais au contraire en plein dedans.

Probablement, déjà la prochaine récession ou la prochaine phase de taux d’intérêts élevés amèneront l’effondrement de tout ce château de cartes de l’Euro, et l’on exigera comme dernier « acte de soli-darité » une réforme monétaire dans toute l’Europe.

Du point de vue de l’économie nationale, une sortie de l’Allemagne de la zone Euro serait sans doute la meilleure solution. Techniquement et économiquement, la sortie de l’Euro n’est pas plus difficile que l’entrée qui s’est déroulée sans problèmes il y a quelques années. Mais que signifie le bien commun en comparaison du bien-être des banques qui, par l’achat d’emprunts d’Etat problématiques, encaissent sans risque des primes de risque élevées ? Il y a le danger d’un changement insidieux de notre système politique, où l’on verra au premier plan quelques acteurs élus jouer la pièce « démocratie », pendant que l’industrie des finances à l’arrière-plan tire les ficelles. On peut penser réellement que la politique s’accrochera à l’Euro tant que cela sera possible.

L’effondrement de l’Euro entrera dans l’histoire seulement comme une parmi de nombreuses réformes monétaires, et nos descendants se demanderont comment nous avons pu être aussi bêtes.

Celui qui s’intéresse à la politique devrait demander à ses députés ce qu’ils pensent voter lors de la prochaine infraction au droit. •

Source : Hamburger Abendblatt du 22/6/11

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

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