L’euro un "OGM" qui n’est pas viable Par Charles Sannat

Publié le 13 Juillet 2013

Charles-Sannat.jpg Par Charles Sannat

Extait "Les vraies raisons de la crise"

  L’euro est une construction politique et pas économique. C’est une monnaie unique, pour 17 peuples différents, 17 langues, et surtout 17 économies hétérogènes. Car le problème génétique de l’euro, c’est qu’il s’applique à 17 économies qui sont profondément différentes. L’idée de l’euro est très belle, comme celle de la construction européenne. Pour toute personne saine d’esprit la construction européenne est une évidence. Néanmoins, en économie la beauté des choses n’est que de peu d’importance. La réalité c’est que les déséquilibres économiques de nos 17 pays ne peuvent plus désormais trouver de résolution qu’à travers des ajustements monétaires, qui restent la seule et unique solution économiquement viable. Non et cent fois non, le fait de mettre un pays à l’amende, car il ne respecte pas son budget, ne changera jamais rien à la structure de l’économie de ce pays, qui devra emprunter plus pour payer une amende (pour mémoire il existe déjà les «procédures pour déficits excessifs)....

Non et cent fois non, effectuer un contrôle budgétaire européen ne changera rien aux forces et faiblesses intrinsèques d’une économie nationale... Non et cent fois non de nouveaux traités ne changeront rien au «stock» de dettes déjà existant... Non et cent fois non, la rigueur ou l’austérité ne peuvent constituer l’alfa et l’oméga d’une politique économique (ce qui ne veut pas dire que ce n’est pas indispensable).

La fin du «Business model» des états Providence

Soyons sérieux. Les etats européens, en particulier français, sont bâtis sur l’idée d’etat- providence. La «providence» est un mot qui signifie que le cours des événements est issu de l’action bienveillante d’une puissance divine (généralement Dieu).

En l’occurrence la puissance divine qui veille sur nous de la crèche au cimetière, c’est l’etat. L’etat qui à travers les allocations familiales paiera l’essentiel des frais de garde de nos jeunes enfants, l’etat qui veillera sur nos vieux jours à travers les pensions de retraite et aux maisons du même nom. Nous naissons à la crèche pour mourir à la maison de retraite. Entre temps, en cas de maladie la sécurité sociale veille sur vous, un incident de parcours professionnel, les asseDiC et maintenant le Pôle emploi se chargent de vous, quand il n’y a plus d’espoir, et que le marché du travail vous est définitivement fermé, le RSA  (RMI nouvelle formule) prend le relais. Un problème de logement, le parc HLm et les aides au logement sont là pour vous. Partout, à tous les niveaux, les «amortisseurs sociaux» sont là.

Il ne faut pas se leurrer. La fin du business model de l’etat providence signifie la fin programmée et inéluctable de l’ensemble de ces aides. C’est cela la rigueur sans la planche à billets pour l’adoucir. Or la société française par son hétérogénéité ne pourra en aucun cas supporter une cure d’austérité à la grecque. Cela est impossible. Nos zones sensibles et nos banlieues (difficiles) vivent pour beaucoup des aides publiques et de la solidarité nationale. a cette problématique financière se rajoute depuis maintenant quelques années des problématiques communautaristes évidentes.

Lorsque les tensions s’exacerbent, l’histoire humaine prouve que les modérés ne l’emportent jamais. Les fragilités de la société française ne sont pas les fragilités de la société allemande. Pour notre pays, le coût social d’une austérité brutale risque d’être insupportable et de mener à des problèmes intercommunautaires insurmontables.

Je vous conseille la lecture de l’extraordinaire rapport officiel 2011 de l’Observatoire des Zones Urbaines sensibles, éclairant sur la réalité sociale de notre pays et donc sur nos fragilités. 

http://www.ville.gouv.fr/?presentation,250

La reconfiguration de la zone euro est inéluctable. L’allemagne ne souhaite pas amoindrir (pour le moment) le choc de la rigueur par un recours, ne serait-ce que modéré, à la planche à billets, c’est-à-dire à la monétisation. Dont acte. La ligne rouge allemande est celle de la création monétaire, menant bien souvent à l’inflation puis à l’hyperinflation. Ce point de vue est économiquement fondé. Le traumatisme allemand de l’hyperinflation des années 20 ayant mené à l’avènement du nazisme est toujours vivace dans les esprits d’outre-rhin.

Cela est parfaitement respectable. La ligne rouge française doit être impérativement celle de la stabilité sociale. L’austérité ne peut être que progressive sous peine de prendre le risque de déclencher des émeutes d’une rare violence. Nous ne pourrons pas mener chez nous une austérité crédible c’est à dire massive et brutale. L’utilisation de la planche à billets est inéluctable. Ce n’est qu’une question de temps. il en est de même pour l’italie, l’espagne, ou la Grèce (mais pour d’autres raisons).

La conclusion est implacable. en cas de persistance de ces désaccords, nous devrons mettre fin, par la force des choses à l’aventure de la monnaie unique. La meilleure solution serait alors la sortie du maillon fort de l’euro qu’est l’allemagne. messieurs les allemands sortez les premiers!

Le coût économique d’une telle solution serait certainement le plus supportable parmi les «mauvaises solutions» pour sortir définitivement de cette crise monétaire. Une sortie de l’allemagne de la monnaie unique ne lui coûterait pas plus cher que la réunification. Cela lui coûterait également bien moins cher que de se «porter caution» pour l’europe entière. enfin, une dette en euro «faible» remboursée en nouveau marks «forts» permettrait d’amoindrir le coût (important) de la dette allemande.

Nous devons accepter de dépasser nos limites. L’euro n’est plus une limite. Seule la stabilité de nos nations respectives sur le long terme permettra la poursuite d’une construction européenne durable.

Nos élites se trompent. La fin possible de l’euro est en réalité, une chance immense pour un nouvel élan européen bâti sur une adhésion

 

Charles Sannat

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Economie-Finance-Industrie

Commenter cet article