L'Europe cède au chantage du Hezbollah.Traduction Nancy Verdier

Publié le 12 Mars 2013

headshotPar Soeren Kern Nancy2013 (2)Traduction Nancy Verdier

(sources : Europe Rolls Over for Hezbollah Blackmail 

by Soeren Kern   

 

Les cas récents de la Bulgarie et de Chypre fournissent  des preuves irréfutables que le Hezbollah est très actif en Europe, où il recueille des fonds, blanchit de l’argent, fait du trafic de drogues,  recrute des opérateurs et prépare en toute impunité des  attaques.

L'objectif principal des visites à Bruxelles, Paris et Strasbourg  du président israélien Shimon Peres au cours de la semaine du 5 au 12 mars est apparemment de convaincre les dirigeants européens réticents de désigner le mouvement Hezbollah libanais comme une organisation terroriste.

hezbollah.jpg L’inscription du Hezbollah sur une liste noire priverait le groupe activiste de sources importantes de financement par le gel de ses comptes bancaires et de ses actifs en Europe. Elle devrait aussi faciliter la coopération policière intra-européenne visant à poursuivre et arrêter des membres du Hezbollah soupçonnés de vivre anonymement dans toute l'Europe.

Plusieurs pays occidentaux, dont les États-Unis, le Canada, l’Australie et les Pays-Bas ont depuis plusieurs années  officiellement  classé le Hezbollah comme organisation terroriste. Mais l'Union européenne résiste fermement aux appels à sanction du  Hezbollah.

Les dirigeants européens disent ne pas avoir assez d'informations pour porter un jugement quant à l’implication du Hezbollah dans des actions de terrorisme. Ils tentent de se justifier en qualifiant la question de  ‘juridique’  par nature et non ‘morale’ et en conséquence ont besoin de «preuves judiciaires » de la culpabilité du Hezbollah.

Eh bien, au moins les choses sont claires : ces dernières semaines, les autorités bulgares ont impliqué le Hezbollah dans l’attaque terroriste du 18 juillet 2012, attaque terroriste qui a tué cinq touristes israéliens et leur chauffeur, à Burgas, une station balnéaire de la mer Noire.

L’annonce  publique faite par la Bulgarie le 5 février, (February 5 public announcement) et qui a irrité de nombreux pays de l'UE effrayés de provoquer le Hezbollah, était la première fois qu'un Etat membre de l'UE établissait officiellement la culpabilité du  Hezbollah dans la réalisation d'une attaque terroriste sur le territoire de l'UE.

Les responsables européens ont longtemps rationalisé leur manque de détermination contre le Hezbollah en affirmant que l'organisation possédait à la fois une aile militaire et une aile politique, et que la répression contre le premier paralyserait ce dernier, ce qui, par conséquent entraînerait la déstabilisation du Liban ainsi que le grand Moyen-Orient.

De nombreux analystes, cependant, disent que cette vue de l’esprit est un écran de fumée derrière lequel se cachent les Européens pour masquer la véritable raison de leur réticence à affronter le Hezbollah: la peur, la peur, encore et toujours la peur.

Les Européens ont peur d'appeler le Hezbollah par son nom,  parce qu'ils craignent des représailles contre des intérêts européens sur leur sol et à l'étranger. Les Européens craignent également qu’en adoptant une ligne dure contre le Hezbollah, le groupe pourrait activer des cellules dormantes et mener des attaques dans les villes européennes. (D'après des fuites des services de renseignements allemands  (leaked German intelligence report), il y a plus de 900 agents du Hezbollah dans la seule Allemagne)

En outre, les Européens ont peur que le Hezbollah puisse exercer des représailles contre les troupes européennes, connues sous le nom de FINUL, et participant à la mission des Nations Unies au Liban.

En Espagne, par exemple, où le Hezbollah a participé à l'attentat d’avril 1985 contre un restaurant près de Madrid (bombing of a restaurant near Madridau cours duquel 18 citoyens espagnols ont été tués, le dossier a été fermé en 1987 en raison d'un manque d'arrestations.

Après que six soldats des forces de la paix espagnoles furent tués dans un attentat à la bombe par le Hezbollah au Sud-Liban en Juin 2007, le Premier Ministre apeuré, José Luis Rodríguez Zapatero a encore recruté dans les rangs du Hezbollah pour protéger les troupes espagnoles, sans doute un moyen de sauvegarder son propre poste.

Moins d'un mois après ces tueries, il est apparu que les agents de renseignement espagnols ont rencontré secrètement des militants du Hezbollah (met secretly with Hezbollah militants), qui ont accepté de fournir des «escortes» pour protéger les patrouilles espagnoles  de la FINUL. La contrepartie étant que les troupes espagnoles ferment les yeux sur les activités Hezbollah et qu’il soit libre de se réarmer pour sa prochaine guerre contre Israël.

Le gouvernement espagnol a récemment annoncé qu'il réduirait le nombre de ses troupes au sein de la FINUL de moitié d'ici la fin de 2013 (cut the number of its troops within UNIFIL to half). Ce qui est clair, c'est que l'Espagne, ainsi que ses partenaires européens, ont abandonné la lettre et l'esprit de la résolution 1559  de l’ONU, dont l'objectif principal était de désarmer le Hezbollah et de transférer le contrôle effectif sur le Liban sud aux forces armées libanaises.

Les Européens ont également peur d'inciter des milliers de jeunes immigrés musulmans oisifs dans les villes et cités à travers le continent. La peur de mettre les  musulmans en colère, est en fait, si répandue dans les capitales européennes que dans la pratique, l'islam a déjà établi un droit de veto de facto sur les politiques étrangères européennes.

En plus de l'enquête en Bulgarie, il y a aussi le procès à Chypre de Hossam Taleb Yaakoub, (trial in Cyprus of Hossam Taleb Yaakoub) capturé comme agent du Hezbollah, ayant la double  citoyenneté libanaise et suédoise et soupçonné d'avoir préparé des attentats contre des cibles israéliennes. Le procès, qui doit prendre fin le 7 mars, a donné un aperçu (many insightsdes nombreuses opérations secrètes  du Hezbollah en Europe.

Pris ensemble, les cas récents de Bulgarie et de Chypre fournissent la preuve irréfutable que le Hezbollah est très actif en Europe, où il recueille des fonds, blanchit de l'argent, fait du trafic de drogues (traffics drugs), recrute des agents et prépare des attaques en toute impunité.

Malgré cela, les nouvelles révélations ne sont pas susceptibles de pousser  l'UE à reconsidérer son refus de désigner le Hezbollah comme un groupe terroriste et de sévir contre sa collecte de fonds. En effet, les responsables européens ont indiqué qu'ils veulent désespérément maintenir la paix avec le Hezbollah.

Après la mise en cause du Hezbollah par la Bulgarie, John Brennan (John Brennan), conseiller en chef pour le contre-terrorisme auprès du président Barack Obama et son candidat à la direction de la CIA a exhorté l'UE à condamner le Hezbollah: "Nous demandons à nos partenaires européens ainsi que d'autres membres de la communauté internationale de prendre des mesures proactives pour découvrir les infrastructures du Hezbollah et perturber les régimes de financement du groupe et des réseaux opérationnels afin de prévenir de futures attaques. "

Salut nazi hezbollah  Mais Catherine Ashton (Catherine Ashton), Haute Représentante de l'Union Européenne pour la politique étrangère, a répondu sans même citer le Hezbollah par son nom. Elle a seulement dit qu'il y avait désormais un «besoin de réflexion» et a ajouté: "Les implications de l'enquête doivent être évaluées avec sérieux car elles se rapportent à une attaque terroriste sur le sol de l'UE, ce qui a entraîné la mort et les blessures de civils innocents"

En Suède, le ministre des Affaires Etrangères Carl Bildt est allé jusqu'à exprimer sa colère contre la Bulgarie qui mettait en cause le Hezbollah. Dans un  tweet du 5 février, (February 5 tweet) il a dit: «Nous devons réfléchir sérieusement aux conséquences de l’enquête menée par la Bulgarie et par laquelle le Hezbollah est incriminé derrière l'attaque terroriste».

Un seul pays de l'UE a eu le courage d’inscrire sur liste noire l’ensemble de l'organisation du Hezbollah: les Pays-Bas ont proscrit le groupe en 2004. Dans un récent communiqué, l'ambassade néerlandaise en Israël (Dutch Embassy in Israel) a déclaré: «Les Pays-Bas appellent le Hezbollah à figurer sur la liste européenne des organisations terroristes depuis 2004, et ne cesse d'exhorter ses partenaires de l'UE à soutenir une telle initiative. »

Si l'UE a finalement honte d’ajouter le Hezbollah à sa liste des organisations terroristes, elle suivra  sans doute -  non pas l'exemple de la Hollande - mais celui de la Grande-Bretagne.

En 2008, le gouvernement britannique a "interdit" l’aile militaire du Hezbollah (British government "banned" Hezbollah's military wing) après que le groupe eût pris pour cible des troupes britanniques en Irak. Mais le gouvernement travailliste s'arrêta de restreindre la capacité du Hezbollah à opérer en Grande-Bretagne, en faisant valoir que l'aile militaire est séparée de l'aile politique.

Ces dernières semaines, le Secrétaire aux affaires étrangères, William Hague, a maintes fois exhorté l'UE à reproduire le modèle britannique et à interdire l'aile militaire du Hezbollah. Bien que cette «solution»  permettrait à  l'UE de dire qu'elle a pris des mesures significatives contre le groupe, les dirigeants du Hezbollah ne font pas cette distinction.

Sheikh Naim Qassem, le commandant en second du Hezbollah, et portant le titre de secrétaire général adjoint, a rejeté la tentative britannique de séparer le groupe en deux ailes politiques et militaires. S'adressant au Los Angeles Times  (Los Angeles Timesen Avril 2009, Qassem a déclaré: "Le Hezbollah dispose d'une direction unique .... C’est le même leadership qui dirige le travail parlementaire et celui du  gouvernement et qui mène également des actions de Jihad dans la lutte contre Israël."

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu (Benyamin Netanyahu)  a abondé dans ce sens : "Il n'y a qu'un seul Hezbollah, c'est une organisation unique avec un seul  leadership."

Avi Dichter, le ministre israélien de la Défense du Front Intérieur et ancien directeur du Shin Bet, a dit ceci (had this to say): «Parler du [chef du Hezbollah] Hassan Nasrallah comme  de quelqu'un uniquement politique est ridicule .... Se demander si le Hezbollah est une organisation terroriste est comme se demander si Paris appartient à la France. Qui est en train de dormir ? Nous, les israéliens  ou  les pays d’Europe ? Il n'y a pas de débat. "

L’ambassadeur israélien aux Nations Unies Ron Prosor, écrivant dans le magazine de politique étrangère Foreign Policy basé à Washington DC, s'est exprimé en ces termes : "Qualifier le Hezbollah d’organisation caritative c’est comme dire qu’Al-Qaida est une organisation d’aménagement urbain en raison de son désir de niveler les tours d’habitation. ... L'UE doit trouver le courage moral et politique d'inscrire le Hezbollah sur sa liste des organisations terroristes. Elle doit trouver un message clair indiquant que le Hezbollah ne peut plus cibler ses citoyens en toute impunité. "

Soeren Kern is a Senior Fellow at the New York-based Gatestone Institute. He is also Senior Fellow for European Politics at the Madrid-based Grupo de Estudios Estratégicos / Strategic Studies Group. Follow him on Facebook.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Israël: une démocratie

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