L'Europe et l'exercice de sa dictature douce en Hongrie.

Publié le 5 Février 2012

Voici un article venant du journal bien pensant Le Monde! Vous pourrez constater l'orientation donnée à cet article qui présente un dirigeant politique méfiant vis à vis de l'Europe de Bruxelles.

Le Hongrois Victor Orban frise la classification "d'extrémiste de droite"! La plus grave dans le vocabulaire de la bien pensance! Pour autant, vous lirez que l'homme ne dit pas de choses idiotes et par bien des aspects, nous les français pourrions dire la même chose! Alors lisez surtout les réponses aux questions bien entendu orientées en faveur de l'Europe et de sa dictature douce!

Gérard Brazon

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BUDAPEST, ENVOYÉS SPÉCIAUX - En 1989, vous étiez une figure admirée de la lutte contre la dictature communiste. Aujourd'hui, on vous accuse d'être un dictateur. En quoi êtes-vous différent du Viktor Orban de 1989 ?

Aujourd'hui, j'ai cinq enfants, c'est la principale différence ! En 1989, l'heure était aux idées et aux grands élans. Le débat ne portait pas encore sur la politique réelle. Nous étions à mi-chemin entre la politique et la littérature... Après 1989, la question s'est posée : allions-nous retourner à nos métiers respectifs, dans une société libre, ou intégrer la vie politique ? J'ai décidé de me présenter aux élections. A partirde ce moment, il ne s'agissait plus d'organiser des mouvements pour la libération nationale, mais de savoir comment gouverner.

Avez-vous changé idéologiquement ?

L'idéologie ne m'intéresse plus, ce sont les valeurs qui comptent. Elles n'ont pas changé. Cette nation est une nation de combattants de la liberté, ceux de 1848 contre la domination des Habsbourg et aussi ceux de 1956, contre l'occupation soviétique. J'appartiens à cette tradition-là.

La souveraineté nationale est aussi très importante, même si dans la pratique c'est compliqué, car nous vivons dans un monde interdépendant. L'engagement est une autre valeur importante. Je n'aime pas la politique élitiste et aristocratique. Je préfère l'approche plébéienne. Les gens doivent être impliqués dans la vie politique. C'est très important.

Comment vous définissez-vous politiquement ?

 Je me définis en fonction du groupe politique auquel j'appartiens, celui du Parti populaire européen (qui rassemble les principaux partis de la droite européenne), dont je suis le vice-président. Cela veut dire une orientation démocrate-chrétienne, un attachement à la liberté, à la responsabilité individuelle, à la souveraineté nationale. En termes occidentaux, c'est le centre droit avec un profond enracinement dans des valeurs. Certaines sont traditionnelles, comme le christianisme, la famille et la liberté. D'autres sont plus progressistes, comme la participation et la mobilité sociale. Je suis un plébéien de droite, c'est la description la plus brutale. C'est sans doute très difficile à comprendre pour des Français, cela peut même paraître effrayant aux lecteurs du Monde !

Etes-vous populiste ? (La question est on ne peut plus injurieuse dans la bouche d'un bien pensant! Être populiste signifie que vous êtes ni plus ni moins qu'un imbécile de droite extrême, un inculte politique, un demeuré fasciné par les partis d'extrême droite! Ndlr Gérard Brazon)

C'est difficile à définir. Si être populiste, c'est dire aux gens : "Je suis là pour rendre votre vie meilleure", oui. Si c'est, comme Abraham Lincoln, vouloir gouverner par le peuple et pour le peuple, oui.

Peut-on être populiste et démocrate ?

 Nous aimons la démocratie parce que c'est un système fondé sur des valeurs, la liberté, le respect de la dignité humaine, etc. Mais la démocratie, c'est aussi des résultats, des succès. Et en Europe, nous avons des sociétés endettées, une démographie en baisse, un échec de l'intégration sociale, la montée de l'extrémisme. Cela affaiblit nos systèmes démocratiques. La démocratie est en difficulté en Europe et, tôt ou tard, nous allons être confrontés au défi que représentent des pays qui ne sont pas organisés démocratiquement, mais qui réussissent mieux - la Chine, les sociétés asiatiques. Regardez le président Obama aujourd'hui, il se tourne vers le Pacifique, pas vers l'Atlantique ! Du point de vue de la perspective historique, c'est un énorme défi. Nous devrions inciter nos intellectuels et notre classe politique, en Europe, à réfléchir plus librement sur l'avenir de la démocratie.

Votre volonté de bétonner un "Etat Fidesz" en verrouillant tous les contre-pouvoirs inquiète en Hongrie et en Occident. Comprenez-vous cette inquiétude ?

Je constate qu'en Europe centrale, nos voisins sont solidaires de nous. Il ne s'agit donc pas de malentendus avec toute l'Europe. Cela dit, je comprends qu'il ait des inquiétudes honnêtes, non motivées politiquement, car le contexte social et historique occidental n'est pas le même que le nôtre. En Europe de l'Ouest, vous avez connu des dictatures, le fascisme, l'occupation. Mais vous n'avez pas connu le communisme ni le postcommunisme. (Jamais le procès du communisme n'a été fait en France. Ndlr Gérard Brazon)

Lorsqu'en Hongrie, en l'espace de seulement un an et demi, 365 nouvelles lois sont adoptées, ainsi qu'une nouvelle Constitution, de même qu'une profonde réforme de l'administration publique, des collectivités locales, du système de santé, du système scolaire, de l'organisation juridique, de la fiscalité, je comprends très bien qu'à l'Ouest des gens se disent : mais que diable se passe-t-il donc là-bas ? Le communisme est fini, quel est donc le défi historique auxquels ils doivent répondre? Tout cela est parfaitement compréhensible.

 

Le premier ministre hongrois Viktor Orban au Parlement européen, mardi 5 juillet.

Le premier ministre hongrois Viktor Orban au Parlement européen, mardi 5 juillet.REUTERS/VINCENT KESSLER

 

Les soupçons sur votre volonté de faire main basse sur l'Etat sont nourris par cette "thérapie de choc" législative. Vous donnez l'impression de réformer au bulldozer en écrasant au passage les procédures démocratiques.

Je ne veux pas invoquer de Gaulle, pour lequel j'ai le plus grand respect, mais il y a des moments dans l'histoire de nos sociétés où se référer à lui est utile. Votre question revient à dire : s'agit-il d'un comportement raisonnable ? Pour y répondre, il faut prendre en compte l'état du pays. Et nous demander s'il y a urgence ou pas.

Nous étions au bord du gouffre il y a un an et demi, lorsque je suis revenu au pouvoir. Pas seulement au vu des chiffres macroéconomiques - un déficit budgétaire de plus de 7 %, une dette publique de plus de 80 % du produit intérieur brut (PIB). En Hongrie, trois facteurs rendaient cette situation particulièrement difficile. (L'héritage socialiste fait des ravages partout où il passe. Ndlr GB)

Le pays ne comptait que 2,6 millions de contribuables pour 10 millions d'habitants. C'était une situation tragique. Il n'y avait pas de temps à perdre. Nous devions utiliser tous les instruments démocratiques pour de temps à autre, comme vous dites, avoir une approche de bulldozer. Mais notre bulldozer a toujours respecté le code de la route. Même si j'ai parfois cherché à changer ce code, j'ai toujours été soucieux de respecter la loi. Je suis juriste de formation, je comprends très bien la nécessité de respecter l'Etat de droit. Aujourd'hui, 3,8 millions de Hongrois paient des impôts.

Deuxièmement, ce pays vivait dans l'esclavage de la dette. Cela a l'air brutal, mais c'est la réalité. J'ai voulu trouver une voie de sortie de l'endettement pour l'Etat, les entreprises et les ménages. L'économie nationale s'approche de la sortie, car l'endettement public est désormais de l'ordre de 77 % du PIB et devrait atteindre 70 % d'ici à 2014. (ce qui prouve que le fait d'être en Europe n'est pas un gage de sécurité financière et interdit toute latitude si ce n'est l'exercice libre de la souveraineté. Ndlr GB) Les ménages s'étaient endettés avec des produits financiers "pourris", des crédits immobiliers contractés en devises étrangères. Cela concerne 1 million de familles, soit au moins 3 millions de personnes. Il était donc de mon devoir de trouver une solution à ce problème. Aujourd'hui, 200 000 familles ne sont plus étranglées par leurs dettes immobilières. Je n'ai pas demandé l'annulation des dettes, je ne suis pas Spartacus ! J'ai négocié avec les banques un échelonnement des remboursements à des taux fixes. C'était le plus dur combat de ma carrière politique. J'avais face à moi toute la communauté bancaire internationale.

Troisièmement, être pauvre en France et être pauvre en Hongrie, ce n'est pas la même chose. A cause du communisme, les gens n'avaient pas de biens. Et, en vingt ans, la population n'a pas eu le temps d'accumuler des réserves qui lui permettraient de faire face en cas de coup dur. Si vous êtes médecin ou enseignant et que vous perdez votre emploi, vous n'avez pas de matelas. Ma politique vise donc à renforcer la classe moyenne. Je suis pressé, car je sais que, tous les jours, des centaines de personnes de la classe moyenne basculent dans des situations extrêmement précaires.

Je crois que le gros du danger est passé. Après le sauvetage, il faut maintenant entrer dans une phase de consolidation. Nous allons être plus détendus, il y aura davantage de temps pour la consultation.

Vous parlez de souveraineté nationale. Comment conciliez-vous cette revendication avec votre appartenance à l'UE ?

Nous n'avons aucun problème avec l'UE, qui est une communauté de valeurs. Les Hongrois les partageaient même sous le régime communiste : nous disions à l'époque que, si nous n'aimions pas le communisme, c'était justement parce que nous étions européens. Cela dit, nous avons parfois des difficultés car nous voyons que, lorsque nous défendons une approche plus traditionnelle des valeurs, comme le christianisme, la nation ou la famille, nous nous heurtons de temps en temps à des réactions hostiles. On nous dit alors que notre attitude n'est pas européenne. (Les Hongrois découvrent un peu tard certainement ce qu'est l'Europe qui s'est transformée en terre d'accueil pour l'islam et en refus des valeurs chrétiennes et de ses racines judéo-chrétiennes. Les peuples européens s'aperçoivent que la démocratie est un leurre et que l'Europe est tout sauf démocrate! Il suffit de constater le mépris pour le refus de la constitution européenne par les "élites"! La démocratie européenne c'est vous votez "non", on dira "oui" quand même et on vous fera revoter jusqu'à ce vous acceptiez notre décision. Ndlr Gérard Brazon) Même si des pays d'Europe de l'Ouest ont des sensibilités différentes sur ces valeurs, nous ne méritons pas d'être traités comme si nous n'étions pas dignes defaire partie de la conversation européenne. Lorsque les gens, ici, entendent des débats au Parlement européen pendant lesquels la Hongrie est comparée à la Corée du Nord, cela mine le respect pour les institutions européennes.

Qu'êtes-vous prêt à changer pour rétablir la confiance ?

Il est clair que nous avons heurté les intérêts de certains acteurs de la communauté des affaires.(Joliment dit - Ndlr GB)  Depuis un an et demi, je les ai obligés à participer à l'effort de redressement (par des "taxes de crise" sur les grandes entreprises). En échange, je leur ai dit qu'ils auraient le système économique le plus compétitif d'Europe, grâce à la réforme du code du travail et du système fiscal.

Le rétablissement de cette confiance ne passe-t-il pas par le respect de l'indépendance de la Banque centrale ?

 Quand je suis arrivé au pouvoir, une de mes premières déclarations a été de dire que je ne changerai pas le président de la Banque centrale, nommé par le précédent gouvernement socialiste, alors que celui-ci, après avoir remporté les élections de 1994, avait exercé une telle pression sur le titulaire du poste qu'il avait fini par démissionner. Il est cependant difficile d'harmoniser la politique économique du gouvernement avec celle de la Banque centrale. J'accepte qu'en raison de l'inflation les taux d'intérêt aient été revus à la hausse, ils sont maintenant à 7 %. Or, nous voulons stimuler la croissance, et, pour cela, il faut des crédits pas chers. C'est un débat que l'on retrouve dans d'autres pays européens. Au sein du conseil monétaire de la Banque centrale, le représentant du ministère des finances est invité à participer aux discussions sans droit de vote. C'est comme ça depuis vingt ans. La Commission européenne nous dit que c'est illégal. J'ai dit à la Commission que si elle pense que c'est illégal, OK, on peut modifier cette mesure !

Renouveler la fréquence de la radio d'opposition Klubradio contribuerait aussi à rétablir la confiance ?

Cette histoire est perçue par les Occidentaux comme un enjeu pour la liberté d'expression. En réalité, 90 % des médias hongrois sont aux mains de groupes privés, pour les deux tiers étrangers. Je n'ai jamais rencontré un PDG d'un de ces groupes qui m'ait dit qu'il avait des difficultés avec nos lois sur les médias.

Quant à Klubradio, puis-je m'exprimer de façon abrupte ? C'est la première fois dans ma carrière politique qu'un ministre d'un pays puissant, en l'occurrence la secrétaire d'Etat américaine (Hillary Clinton), m'a incité à violer la loi, en me demandant d'accorder une fréquence à Klubradio, alors que l'attribution des fréquences relève d'une procédure stricte. Le montage financier de Klubradio était inférieur de 30 millions de forints (100 000 euros) à celui d'un autre candidat à cet appel d'offres, et elle a donc perdu. Si les Américains ou d'autres veulent soutenirKlubradio, qu'ils donnent de l'argent à cette radio pour l'aider à renforcer son dossier financier.

Approuvez-vous la nomination, depuis le 1er février, de l'acteur György Dörner, proche du Jobbik (extrême droite), à la tête d'un théâtre de Budapest ?

Sa nomination ne relève pas de ma compétence, mais de celle du maire de Budapest (soutenu par la Fidesz). M. Dörner est un acteur renommé, mais je ne compte pas assister à la représentation de sa première pièce.

Propos recueillis par Sylvie Kauffmann et Yves-Michel Riols

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique étrangère

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