L'exemple d'Hénin-Beaumont. Fer de lance du FN -par le Figaro.fr

Publié le 26 Mars 2011

De notre envoyé spécial à Hénin-Beaumont

Par Bastien Hugues

                 Steeve Briois a le sourire. Après avoir manqué de justesse la mairie d'Hénin-Beaumont en 2009, le secrétaire général du Front national est en mesure de s'emparer dimanche du canton de Montigny-en-Gohelle. Le week-end dernier, c'est lui qui est arrivé en tête du premier tour, avec près de 36% des voix. Son principal adversaire, le socialiste sortant Jean-Marie Picque, en place depuis 1992, hésite entre «confiance» et «inquiétude». Dans la ville de Montigny - environ 10.000 habitants -, Picque a devancé assez nettement son concurrent frontiste. Mais à Hénin - 26.000 habitants -, Briois a amélioré son score de la municipale de 2009 pour atteindre 43,25% des suffrages. Dans plusieurs bureaux de vote, il dépasse même les 50%. Sur place, si certains habitants s'en désolent, aucun ne s'en étonne.

Depuis 1995, Steeve Briois et ses amis ont réalisé une longue opération de conquête et de séduction auprès des administrés. Dans cette ancienne ville minière, le taux de chômage n'a cessé de grimper ces quinze dernières années pour avoisiner aujourd'hui les 20% - et dépasser les 35% chez les 15-24 ans. Fermetures d'entreprise, licenciements massifs… Une situation de «désespérance sociale» qui fait le lit du Front national. «‘Les étrangers vous piquent votre boulot', ‘rétablissons les frontières pour en finir avec les délocalisations'… C'est du pain bénit pour eux», observe un électeur communiste.

 

Par beaucoup d'Héninois, Steeve Briois se fait appeler par son prénom. Un symbole de la déghettoïsation du FN dans cette ville.
Par beaucoup d'Héninois, Steeve Briois se fait appeler par son prénom. Un symbole de la déghettoïsation du FN dans cette ville. Crédits photo : PHILIPPE HUGUEN/AFP

 

«Dans les années 2000, Briois a fait du FN la seule force d'opposition à la municipalité socialiste. Il a fait un vrai travail de terrain, et a essayé de donner au Front national un visage humain», observe Pascal Wallart, journaliste à La Voix du Nord. «Puis en 2006, lorsque Marine Le Pen s'est dit qu'il y avait des choses intéressantes à faire ici, tout s'est accéléré : elle a donné une autre dimension au vote frontiste dans cette région.»

Consciente d'un «terreau favorable», la «fille du président» décide de se présenter à Hénin-Beaumont aux législatives de 2007. Son aura médiatique suscite une opération de déghettoïsation du vote FN. «Dans la rue, sur le marché… Les électeurs frontistes se sont mis à revendiquer publiquement leur appartenance politique», souligne Pascal Wallart. Qualifiée pour le second tour, Marine Le Pen est cependant battue avec près de vingt points d'écart. Nouvel échec en 2008 quand, menée par Steeve Briois, la liste FN ne parvient pas à atteindre les 30% aux municipales. Mais un élément va alors chambouler le paysage politique héninois.

 

Le PS divisé, l'UMP siphonnée

 

En avril 2009, le maire socialiste Gérard Dalongeville est mis en examenpour détournement de fonds publics, faux en écriture et favoritisme. Briois et Le Pen en font une victoire personnelle. «Le fameux ‘tous pourris' a alors dépassé le terrain de la xénophobie», analyse Pascal Wallart. Quelques semaines plus tard, lors de l'élection de la nouvelle municipalité, la liste FN obtient cette fois 47,62% des voix. «Ces magouilles présumées ont fait des dégâts irréparables…», partage Jean-Marie Pique. Aujourd'hui, Briois a fait de son combat «contre la mafia socialiste» son slogan de campagne pour les cantonales.

Un slogan que dénonce le jeune Pierre Ferrari. Candidat socialiste dissident, il ne passe pourtant pas par quatre chemins pour critiquer «un PS qui ne s'est jamais remis en cause» et qui a «abandonné son électorat populaire». «Si je suis entré en dissidence, c'est parce que j'en ai ras-le-bol de ces élus socialistes, ces notables, ces caciques, qui ne font rien et se croient tout permis sur leur territoire. Il faut qu'ils laissent leur place à une génération qui souhaite réellement se battre !» Ambiance. Quant à la droite républicaine, elle a tout bonnement disparu d'Hénin-Beaumont (la liste UMP a recueilli moins de 2,8% des suffrages dimanche dernier). En 2007, Nicolas Sarkozy avait pourtant recueilli 24% des voix au premier tour de la présidentielle. «Le FN a complètement siphonné l'électorat UMP», assure le journaliste Pascal Wallart.

 

«Exporter l'exemple d'Hénin au niveau national»

 

 

Dans la région Nord-Pas-de-Calais, le FN s'est qualifié au second tour dans un canton sur deux.
Dans la région Nord-Pas-de-Calais, le FN s'est qualifié au second tour dans un canton sur deux.Crédits photo : PHILIPPE HUGUEN/AFP

 

Marine Le Pen, elle, jubile. D'autant que la puissance du Front national à Hénin-Beaumont est en train de se propager à l'ensemble du bassin minier. «On observe un véritable effet boule de neige», relève encore Pascal Wallart. Dans la région Nord-Pas-de-Calais, le FN a réussi à se qualifier au second tour dans 37 cantons. Alors pour sa seule journée de déplacement d'entre-deux-tours, jeudi, Marine Le Pen n'a pas hésité à se rendre à Hénin, où les 37 candidats en question étaient réunis. Son objectif est sans ambiguïté : même si elle refuse le terme de «laboratoire», elle veut par-dessus tout faire d'Hénin-Beaumont un modèle pour le Front. «Ici, probablement plus qu'ailleurs en France, les gens ont vu que nous étions présent sur le terrain», note-t-elle. «Hénin est un exemple de notre réussite : je veux l'exporter au niveau national.»

Même s'il reconnaît se sentir parfois «impuissant» face à la «désespérance» de ses administrés, le socialiste sortant Jean-Marie Pique espère que le «front républicain» déjà mis en place lors des dernières échéances électorales lui permettra de rempiler pour un quatrième mandat consécutif. Marine Le Pen et Steeve Briois, eux, n'ont pas encore ravi le canton aux socialistes qu'ils se tournent déjà vers 2012 et 2014, convaincus que la circonscription et la mairie d'Hénin-Beaumont finiront par tomber dans leur escarcelle.

 

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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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