L’exil au Maghreb, la condition juive sous l’islam 1148-1912

Publié le 14 Novembre 2010

            Un coup de projecteur sur un livre qui me semble être un livre fort sur les relations humaines et historiques au Maghreb. Singulièrement pour les juifs et les tentatives régulières et violentes de conversion des communautés chrétiennes. Les animistes n'avaient pas d'autres choix que de devenir musulmans ou de mourir. La "terre d'islam" fût d'abord une terre trempée du sang des premiers occupants de ces terres: les berbères juifs, chrétiens et animistes. Ceux qui ont versés ce sang étaient les conquérants arabo-musulmans. cqfd.

Gérard Brazon 

 

Livre et conférence 17/11/2010 : David G. Littman et de Paul B. Fenton sur « L’exil au Maghreb, la condition juive sous l’islam 1148-1912 »



http://veroniquechemla.blogspot.com/2010/11/interview-de-david-g-littman-et-de-paul.html

Comment est né ce livre ?

David G. Littman : Je me suis intéressé au destin des Juifs du Maghreb lors d’une mission humanitaire au Maroc en 1961 pour amener des enfants Juifs clandestinement en Israël (« Opération Mural »).

Dès 1969, j’ai effectué des recherches sur leur histoire et celle des Juifs d’Orient, au quai d’Orsay, puis à la bibliothèque de l’Alliance Israélite Universelle (AIU) où ces archives étaient alors peu explorées. J’y ai découvert les fragments d’une mémoire collective faite de persécutions, de brimades et d’humiliations, dont la période coloniale et l’exode dès 1948 avaient presque effacé le souvenir.

J’ai confronté ces témoignages avec les rapports de l’homologue britannique de l’Alliance, l’Anglo-Jewish Association (AJA), et les documents du Foreign Office (FO) à Londres. Les archives de l’AIU ont constitué une source incontournable : elles éclairent de l’intérieur la condition abjecte de la grande majorité des Juifs du Maghreb, détruisant des mythes.

En 1972, j’ai discuté à Jérusalem avec deux historiens éminents du judaïsme oriental, Shlomo Dov Goitein et Hayyim Zeev Hirschberg. Le premier m’a vivement encouragé à poursuivre mes recherches originelles et le professeur Hirschberg m’a proposé de me concentrer sur le Maroc et de collaborer à l’ouvrage qu’il écrivait sur l’histoire des Juifs du Maghreb.
Afin d’assurer une vision équilibrée, Hirschberg a proposé de compléter la documentation de l’AIU avec des récits de voyageurs non-Juifs du XIXe siècle et des siècles précédents. Par son intermédiaire, j’ai rencontré en 1975 un doctorant, Paul B. Fenton qui avait visité des communautés juives en voie d’extinction au Maroc et m’a communiqué des sources hébraïques et arabes. (...)
Au fil des siècles, quelles sont les lignes de continuité et les évolutions ?
Paul B. Fenton : Même si, lors de sa conquête de l’Afrique du Nord et d’autres régions, l’islam a épargné « les gens du Livre » (Juifs, chrétiens), tandis que les autres peuples conquis devaient embrasser la nouvelle religion ou être massacrés, la théologie et la législation musulmanes ont tout mis en œuvre pour contraindre les Juifs et les chrétiens à se convertir.
Les brimades physiques et économiques liées au statut du dhimmi ont fini par éroder les communautés chrétiennes au Maghreb. Des communautés chrétiennes jadis florissantes : le christianisme nord-africain préislamique avait donné un des pères de l’Eglise, St Augustin, mort à Hippone (aujourd’hui Annaba, Algérie).
Les communautés juives ont tenu bon, mais au prix d’immenses sacrifices. Leur histoire est ponctuée par une longue série de massacres, de persécutions et de conversions forcées, dont le paroxysme est marqué par leur extermination à l’époque des Almohades (1147-1269) et par l’activité anti-judaïque du théologien Abd al-Karîm al-Maghîlî (vers 1493) de Tlemçen dont les prédications haineuses peuvent être comparées à l’œuvre de Luther.

 

 
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Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Esther Cohen-Tanugi 14/11/2010 15:37



Voici le résumé sur FB du livre .



Les enfants d'Yishmaël de Denis Cohen-Tannoudji.


Selon plusieurs sources, les Cohen-Tanoudji constituent une seule famille. Son patronyme « Le Pontife de Tanger » se forme sans doute lors de la conquête almohade : vers la fin du XIIème
siècle, une famille Cohen quitte Tanger pour la Sicile où elle y retrouve des Juifs maghrébins. Le patronyme latinisé Tannugius est recensé à Palerme en 1358. Subissant l’édit d’expulsion en
Sicile en janvier 1493, les Cohen-Tanoudji se réfugient à Tunis avant d’en être chassés en 1535 par Charles Quint ; Yishmaël Cohen-Tanoudji trouve alors refuge au Caire où une synagogue porte
son nom. Il y compose le Sefer ha-Zikaron en 1543 (publié en 1555 à Ferrare). A la tête de son Beth Din, Yishmaël Cohen-Tanoudji prononce en 1570 un herem à l’encontre du médecin qui avait
trahi Don Joseph Nassi.

Ses descendants, Shmuel Cohen-Tanoudji et son fils Yehudah, sont rabbins hiérosolomytains. Ils sont également émissaires d’Erets Yisrael et l’un d’entre eux, Shalom, s’installe à Tunis au
milieu du XVIIème siècle. Avec son fils Yosef, il participe à la renaissance intellectuelle de la communauté juive tunisienne. En 1723, Yosef rédige le Beney Yosef, un commentaire du Talmud
(publié en 1793 à Livourne). Son neveu Yoshua publie en 1768 le Zera’ Yitz’hak, le premier livre hébraïque imprimé à Tunis. Shalom, Yosef, Yoshua et le neveu de ce dernier, Yehudah, sont
successivement caïd du bey de Tunis. Yoshua est le personnage central des chroniques tunisiennes de l’émissaire Azoulaï en 1773. Impliqué dans le Grand commerce au XVIIIème siècle, une branche
de la famille Cohen-Tanoudji s’installe à Livourne quand une autre migre pour Constantine.

Avec la colonisation française, leurs volontés réformistes vont assez loin. Malgré une attitude favorable envers la France, en particulier lors l’ouverture de l’Alliance israélite universelle à
Tunis en 1878, le notable David Cohen-Tanugi s’oppose aux comportements coloniaux de certains dirigeants juifs français métropolitains. D’autres, comme le rabbin Joseph Cohen-Tanugi, auteur du
Shirat Myriam (Tunis, 1924), sont tentés par l’autoémancipation séfarade. A Constantine, les Cohen-Tanoudji deviennent citoyens français avec le décret Crémieux ; ceux de Tunisie se francisent
aussi. L’appartenance juive communautaire est toutefois préservée du fait du contexte colonial. S’ils sont de plus en plus émancipés, les Cohen-Tanoudji sont aussi ballottés tant par
l’antisémitisme européen que musulman, comme lors des émeutes d’août 1934 à Constantine ; à Alger, comme à Tunis, ils subissent les Lois de Vichy. Lors du déracinement des années 1950, ils
s’installent principalement en France.

BIBLIOGRAPHIE
‘Haïm Yosef David Azoulaï, Shem ha-Gedolim, Vienne 1864

‘Haïm Zeev Hirschberg, A History of the Jews in North Africa, E. J. Brill, Leiden 1974, Volume II

Nahum Slousch, Un voyage d’études juives en Afrique, Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Tome XII, 2° partie, Imprimerie Nationale, Paris 1909

Henri Bresc, Arabes de langues, Juifs de religion, l’évolution du judaïsme sicilien dans l’environnement latin, XII°-XV° siècles, Editions Bouchène, Paris 2001

Denis Cohen-Tannoudji, La famille Cohen-Tanoudji, de la tradition à la modernité, in Denis Cohen-Tannoudji (ed), Entre Orient et Occident, Juifs et Musulmans en Tunisie, Editions de l’Eclat,
Paris 2007


Produits :



L’historiographie sur les Juifs d’Afrique du Nord est encore loin d’être aussi riche que celles sur les autres communautés juives ; cet essai a donc été conçu pour combler cette lacune.
À partir du dépouillement systématique des documents littéraires et rabbiniques de la famille Cohen-Tanoudji, l’auteur brosse le tableau historique des Juifs maghrébins du Moyen-Âge à nos jours.
Ainsi, non content de mettre en lumière l’unité spatio-temporelle du monde séfarade, il modifie, grâce à ses recherches dans des archives anonymes, nos perceptions mémorielles collectives. De
l’expulsion des Juifs par les Almohades (en 1147) au traumatisme de la décolonisation (en 1962), en passant par l’expulsion d’Isabelle-la-Catholique (en 1492) et la colonisation (à partir des
années 1830), il présente l’Histoire des Juifs séfarades maghrébins de façon vivante : du fait de la longévité du marqueur patronymique à travers le temps, son travail donne de la profondeur
historique relativement inédite.


Voici le résumé de ce livre, car je n'en suis qu'au début de lecture...Et il a 436 pages...


Je poste vos articles sur mon mur de FB.


Bien à vous,


Esther***


 



Gérard Brazon 14/11/2010 17:13



Merci de cet extrait.



Esther Cohen-Tanugi 14/11/2010 14:39



Merci de vos sujets...!


Beaucoup sont une source de savoir ou de compréhension de ce qui se passe en France...


Je vous signale un autre livre que je viens d'acheter et suis entrain de lire...


Dans le même ordre d'idées.


Les-Enfants-dYishmael de Denis Cohen-Tannoudji aux Editions Hermann.


Je vous le signale pour votre gouverne...!


Bien à vous Esther*



Gérard Brazon 14/11/2010 15:18



C'est moi qui vous remercie de donner des élèments pour notre compréhension. Faîtes-nous un résumé et je l'éditerai! Bien à vous. Gérard