L'impôt ou le mal français. Point de vue de Xavier Fontanet

Publié le 19 Octobre 2012

Écrit par Xavier FONTANET 
Chroniqueur - Président du groupe Essilor 

fbourboulon@lesechos.fr

 

Ami entrepreneur, quelle malchance tu as eue de naître en France ! A effort égal et à succès égal, tu gagneras à peu près quatre fois moins après impôts que si tu étais né en Allemagne, trois fois moins que si tu étais né en Angleterre. La raison en est très simple : ce sont les taxes. Le rendement d'un investissement dépend en effet de la fiscalité à plusieurs niveaux : impôt sur les sociétés, impôt sur les dividendes, impôt sur les plus-values de cession et impôt sur la fortune. Prenons quatre concurrents européens : la France, l'Italie, l'Allemagne et le Royaume-Uni, et classons leur niveau de pression fiscale en retenant les taux marginaux les plus élevés et, pour la France, ceux qui figurent dans le projet de budget 2013.

Dans la catégorie impôt sur les sociétés, la médaille d'or revient à la France avec 34 %, l'argent va à l'Angleterre avec 30 % et le bronze à l'Italie avec 27 %. L'Allemagne est en queue de peloton avec 15 %.

Dans la catégorie taux d' impôt sur les dividendes : la médaille d'or va à la France avec 62 %, la médaille d'argent à l'Angleterre avec 55 % et la médaille de bronze à l'Italie avec 41 %, l'Allemagne terminant dernière avec 37 %.

Dans la catégorie ISF, la France occupe seule le podium avec 1,5 %, les trois autres pays ayant abandonné la partie. Certes, les biens professionnels sont exonérés d'ISF, mais cette exonération est réservée aux seuls dirigeants d'entreprise qui détiennent avec leur famille au moins 25 % du capital. Les créateurs d'entreprise qui se lancent avec autour d'eux un groupe d'investisseurs doivent payer l'impôt.

Dans la catégorie taxe sur les plus-values de cession, la France décroche encore une fois l'or avec 58 %, l'argent va au Royaume-Uni avec 28 % et le bronze revient à l'Allemagne avec 26 %, l'Italie est à la traîne avec 22 %.

Au total, la France rafle les quatre médailles d'or, l'Angleterre a trois médailles d'argent, l'Italie remporte deux médailles de bronze, l'Allemagne n'arrive à en prendre qu'une.

Un autre calcul confirme la domination absolue de la France en matière d'impôts. Il est très simple à faire : on évalue combien aurait gagné un investisseur qui achète une entreprise et la revend quand elle a doublé de taille au bout de dix ans, après avoir payé tous les impôts (sur les sociétés, sur les dividendes, sur les plus-values ainsi que l'ISF). Résultat : pour une entreprise qui vaut 100 au départ, le Français gagnera 32, l'Anglais 96, l'Italien 112 et l'Allemand 126 ! Sans commentaire.

Les messages sont évidents :

- Le territoire français est de très loin la terre européenne la moins fertile pour les entreprises.

- On dit que les entreprises du CAC 40 chassent les primes. Ce n'est pas vrai, les taux sont beaucoup plus bas partout ailleurs.

- Le pays qui fonctionne le mieux en Europe, l'Allemagne, est celui qui a la fiscalité la plus basse.

Le problème, ce ne sont pas les entrepreneurs français, mais la qualité du sol sur lequel ils s'enracinent. L'Etat français doit arracher les ronces et enlever les cailloux, les graines grandiront toutes seules. Pour sauver les entreprises françaises faisons l'Europe !

Xavier Fontanet, ancien président d'Essilor, est professeur affilié à HEC

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

Commenter cet article

mika 19/10/2012 12:57


C’est comment la politique ailleurs ? On regarde la vidéo


http://www.francetvinfo.fr/video-treve-d-un-soir-pour-obama-et-romney_157813.html