L’incompréhension occidentale du djihadisme - Par Lucien Oulahbib

Publié le 7 Août 2014

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                    Les historiens du futur auront à expliquer pourquoi même un "spécialiste" comme Gilles Kepel se fend (sur France Inter le 7 août 2014 au matin) d'une critique pour le coup bien "disproportionnée"(selon le mot à la mode) sur les bombardements israéliens à Gaza, bombardements ciblés et ayant fait peu de morts civils en réalité alors que des milliers et des milliers de femmes d'enfants et d'hommes sont déplacés violés massacrés chaque jour dans toutes les régions contrôlées ou menacées par le djihadisme.

 

Pourquoi une telle "disproportion" ?… Rappeler le renversement de Saddam Hussein et de Kaddhafi comme le fait Chevènement et consorts ne résoud rien car ils n'étaient qu'un couvercle qui tôt ou tard aurait explosé, comme c'est le cas actuellement en Syrie, et comme ce fut le cas entre Le Fatah et le Hamas lorsque ce dernier profitant du refus d'accepter les propositions d'Olmert (bien plus avantageuses encore que celles de Barak/Clinton) s'empara du pouvoir à Gaza. On oublie par ailleurs que Saddam a alimenté financièrement le djihadisme hors Al keida (et idem Kaddhafi) et qu'actuellement des anciens du Baath participent à l'appareil de l'E.I (Etat Islamique). Ne parlons pas du Soudan de la Somalie du Pakistan et de l'Afghanistan ou de Bolo Haram au Nigeria, autant de pays qui n'ont rien à voir avec les chutes de Saddam et de Kaddhafi.

 

En réalité, les leaders occidentaux, à l'exclusion de Poutine, ne mesurent pas du tout l'ampleur du phénomène djihadiste (malgré le 11 septembre) qui se nourrit par ailleurs de toutes les frustrations et ressentiments envers la Modernité qui avaient été le lit du militarisme japonais, du communisme léniniste russe, du fascisme italien et du national-socialisme allemand.

La France avait partiellement sombré également puisque ladite "révolution nationale de Vichy" et son abandon partiel au communisme national thorezien, ont exprimé par un certain biais le refus total de la liberté détachée du groupe y compris dans la vie intime, ce qui a permis au totalitarisme en général d'exacerber cette tendance latente des sociétés autrefois bien plus religieuses au contrôle des comportements, quoique contenue dans le judéo-christianisme par des freins internes ; mais il s'avère que ces freins ont lâché dans les pays cités ci-dessus, et ils sont toujours inexistants (hormis l'armée) dans les pays dominés par les arabo-musulmans qui de toute façon ne connaissent pas cette distinction permanente entre le politique et le religieux, le Calife faisant office de lien entre les deux, d'où l'idée de la reconstitution de cette structure dominante jusqu'en 1923 ou la chute de l'empire Ottoman. Khomeiny avait montré la voie en 1979.

 

Quelqu'un comme Obama, a fortiori Hollande, voire le Pape (il suffit de lire La Croix pour s'en rendre compte) sont toujours persuadés qu'il existerait un vrai un bon "islam" qui, pour des raisons essentiellement socio-économiques, a été dévié en mauvais islam celui des "islamistes". Or, le Djihad est au coeur de l'islam. Sans lui pas de salut. Certes il faut affiner l'analyse en considérant que le (grand) djihad spirituel est central, mais ce non pas en ce qu'il s'opposerait au petit djihad guerrier, mais bien parce qu'il lui construit la route et lui légitime les buts à atteindre.

Lorsque dans l'une de ses premières actions contre une caravane Mahomet se trouva en prise avec une escorte de plusieurs centaines hommes alors que ses compagnons et lui n'étaient qu'une trentaine il leur indiqua que des milliers d'archanges lutteraient à leur côté au moment convenu. 

 

De même dire "que la paix soit avec vous" veut dire que la paix de l'islam soit avec vous au sens d'accepter sa découpe du monde censée contrôler tout l'univers puisque c'est le chant du muezzin qui fait monter le soleil puis le couche la nuit et non pas le contraire.

Ne pas comprendre cette centralité transcendantale du djihadisme au coeur même de l'islam lui-même niché comme pulsation même de vie et de mort c'est évidemment ne rien saisir de la réalité musulmane d'hier et d'aujourd'hui. Et il ne suffira pas d'envoyer des drones ou de détruire des tunnels pour le combattre. Le combat est d'abord spirituel.

 Ne pas le comprendre c'est gagner des batailles mais jamais la guerre.
 

 

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Pierre 07/08/2014 18:22


J'aimerai connaitre la version de Juppé à cette démonstration, il fait partie de ceux qui refusent de voir la vérité en face, alors qu'ils l'ont dans le dos.