L’incroyable dérive financière de la mairie de Paris - Philippe Eliakim

Publié le 13 Décembre 2011

Au fil des ans, Bertrand Delanoë est parvenu à se ciseler une réputation de gestionnaire avisé. Pourtant, derrière la façade, les gaspillages s’amoncellent.

A Paris, les emplois fictifs sont un peu comme les bateaux-mouches : ils font partie du paysage. Lorsqu’il régnait sur l’Hôtel de Ville, on le sait, Jacques Chirac y appointait discrètement 21 camarades, qui travaillaient en réalité pour le RPR – il vient d’ailleurs de rembourser (avec l’UMP) 2,2 millions d’euros à la mairie, ce qui est la moindre des choses. Eh bien, selon nos informations, Bertrand Delanoë fait mieux encore.

 

Voilà neuf ans que ce cachottier salarie avec l’argent du contribuable une bonne trentaine de permanents CGT, planqués dans l’une des mutuelles de la ville, la MCVAP. Dans un rapport au vitriol, l’Inspection générale de la capitale chiffre à 1,2 million par an le coût de ce petit cadeau, consenti «sans aucun fondement juridique» à l’organisation de Bernard Thibault. On peut donc estimer que plus de 10 millions d’euros ont été consacrés depuis 2001 à cette œuvre charitable. Cinq fois plus que les frasques de Jacques Chirac.

 

Ne dramatisons pas : au regard des 7,4 milliards d’euros du budget annuel de la capitale (à la fois ville et département, Paris est la plus importante collectivité locale de France), cette petite entourloupe ne pèse pas bien lourd. Mais elle suffit à éclairer d’un jour nouveau l’image de transparence et de rigueur qu’était jusqu’à présent parvenu à se polir le premier magistrat socialiste de la Ville lumière. «Si l’argent public est gaspillé, ce sont les plus modestes qui en pâtissent les premiers», aime-t-il à répéter.

 

A l’entendre, lui, donc, ne gaspille pas : il gère au plus serré, fait la guerre aux petits-fours, garrotte les dépenses, reste intraitable sur les embauches. Grâce à quoi, en dépit d’un ambitieux programme d’investissements (1,5 milliard par an) et de dépenses sociales généreuses, il serait parvenu à tenir la maison «sans augmenter les impôts» durant sa première mandature (2001-2008). Et en ne les ajustant que «modérément» depuis. Chapeau l’artiste !

 

Le problème, c’est que ce discours huilé comme un Vélib’ ne reflète pas la réalité : en fait de gestion rigoureuse et de modestie budgétaire, Bertrand Delanoë fait chauffer depuis neuf ans les finances de la ville comme jamais dans son histoire. «Jean Tiberi nous a laissé une situation financière tellement exceptionnelle que, pendant des années, nous n’avons eu qu’à nous baisser pour ramasser l’argent», reconnaît un ancien hiérarque en rupture de mairie.

 

De fait, jusqu’en 2008, la municipalité s’en est sortie en dévorant discrètement une bonne partie des 600 millions d’euros de réserves, en s’endettant massivement (l’ardoise municipale a gonflé de 1 à 2,8 milliards d’euros) et en happant au passage les monstrueuses plus-values des droits de mutation (passés de 350 millions en 2001 à 939 millions en 2008, du fait de l’envol de l’immobilier). Du billard.

Seulement, une fois ces rentrées épongées, Bertrand Delanoë a dû se résoudre à faire cracher les bonnes vieilles taxes d’habitation et foncière. Entre 2008 et 2010, il a réajusté le taux de la première de 17,74%, ce qui reste raisonnable après huit ans de stabilité, et celui de la seconde de 63,3% (et non de 38%, comme il veut le laisser croire), ce qui est nettement moins «modéré». «Ces hausses seront les dernières jusqu’en 2014. Et, comme nous partions de très bas, elles ne représentent en moyenne que 89 euros pour les ménages locataires et 295 euros pour les propriétaires», se défend-on à l’Hôtel de Ville, en assurant que, «même après ce réajustement, les contribuables parisiens resteront, de loin, les moins taxés de France».

 

C’est oublier que ces deux prélèvements emblématiques ne représentent qu’une faible part (27%) du budget local. La ville ponctionne aussi, on l’a dit, des droits de mutation immobiliers mirobolants (800 millions d’euros cette année, en dépit de la crise), une taxe professionnelle colossale (800 millions d’euros par an) et toute une litanie de droits (taxe de séjour, taxe de balayage, redevance sur les terrasses ou les colonnes Morris…), qu’elle a parfois discrètement fait flamber depuis le premier jour, et dont le produit est loin d’être symbolique : à elle seule, la taxe d’enlèvement des ordures ménagères devrait rapporter 425 millions d’euros en 2010, presque autant que la taxe d’habitation ! En dépit des apparences, le fardeau des Parisiens est donc loin d’être léger. Et il s’alourdit à une vitesse effrayante : depuis l’arrivée aux affaires du «manager» Delanoë (comme il se qualifie lui-même), la facture des ménages de la capitale a gonflé de 56,7%.

 

Il faut dire que la machine municipale dévore les crédits avec un appétit d’ogre. Selon nos calculs, réalisés à partir des statistiques de Bercy, elle a dépensé l’an dernier 3 346 euros par habitant, contre 3 299 à Lille, 3 094 à Marseille, 3 025 à Toulouse et à peine 2 749 à Lyon (en incluant les communautés urbaines). Pas toujours à mauvais escient, bien sûr : depuis 2001, 5 500 places de crèche ont été ouvertes, 28 écoles et 4 collèges construits, 35 hectares de jardin plantés, 20 000 logements insalubres réhabilités, et 48 000 HLM offertes à la population – et sans favoritisme, cette fois. Mais, à côté de ces vertueuses actions, que de dépenses inutiles ! Que d’opérations absurdes ou surdimensionnées !

 

Le croira-t-on ? En neuf ans à peine, la masse salariale de la maison a gonflé de 42%, soit 26% de plus que l’inflation. Certes, l’octroi de primes plantureuses hors de toute grille indiciaire (jusqu’à 40 000 euros par an) aux hauts dirigeants de l’Hôtel de Ville, récemment dénoncé par la Cour des comptes, n’a rien fait pour arranger les choses. Mais l’essentiel de cette dérive tient à l’augmentation des effectifs : l’armée des fonctionnaires de la ville et du département, qui n’était déjà pas maigrichonne, est passée de 40 000 à 50 000 personnes.

 

Sans doute une bonne partie de ces embauches se justifie-t-elle par la création de nouveaux équipements (il faut bien des puéricultrices pour faire tourner les crèches) et par la titularisation de milliers de travailleurs précaires. Mais l’accord RTT signé par Bertrand Delanoë en 2001 y est aussi pour beaucoup : il était tellement favorable aux salariés (il leur octroie jusqu’à 58 jours de congés, bien plus que ne l’autorise la loi), qu’il aurait dû être annulé séance tenante pour illégalité par le préfet de l’époque, Jean-Pierre Duport.

Hélas ! Le supérieur hiérarchique de ce dernier – le ministre de l’Intérieur, Daniel Vaillant – se trouvant être aussi le maire du XVIII arrondissement, cet homme avisé a préféré fermer les yeux. Résultat : de l’aveu même de l’Hôtel de Ville, 2 300 personnes ont été recrutées rien que pour compenser les réductions d’horaires. Et comme il a bien fallu offrir des bureaux à ces nouveaux travailleurs, les frais de location de la mairie ont explosé de 155%, pour atteindre 47 millions cette année.

 

C’est comme ça pour tout, ou presque. En neuf ans, les charges générales de la ville ont bondi de 24,5%, les subventions aux associations de 48,5%, les crédits du parc automobile (qu’on avait promis de laminer) de 12,5%. Même le budget «timbres-poste» a pris de l’embonpoint (+ 15%), alors qu’il aurait dû s’effondrer avec le courrier électronique… Mais, soyons justes. Après des années de gabegie, la mairie semble vouloir enfin reprendre en main les frais de fonctionnement. Depuis deux ans, les effectifs ont été gelés et les services priés de faire des économies, à hauteur de 50 millions d’euros, par exemple, l’an prochain, ce qui n’est pas rien. Preuve que l’affaire est sérieuse, le cabinet du maire va devoir lui-même en rabattre de 40 000 euros sur ses fournitures et ses frais de formation. Bertrand Delanoë aurait-il enfin rompu avec la culture de la dépense ?

 

Bien au contraire ! S’il économise ici, c’est pour pouvoir mieux flamber ailleurs, dans les deux seuls secteurs qui semblent vraiment l’intéresser : les chantiers pharaoniques et le remodelage de l’espace urbain. Que n’a-t-il gaspillé dans la capitale pour tenter d’y laisser sa trace indé­lébile ! La transformation du «104» rue d’Aubervilliers en espace culturel branché – et totalement déserté ? Elle a coûté 108 millions d’euros, une somme démentielle, pour seulement 25 000 mètres carrés utiles. Et l’exploitation de cette cathédrale engloutit 8 millions d’euros par an. Le monstrueux projet de reconstruction du Forum des Halles ? Les premiers devis l’établissent à 750 millions d’euros. Quant aux aménagements de voirie, voilà neuf ans qu’ils sont menés pratiquement à guichets ouverts, hors de toute logique économique.

 

Prenons la place de Clichy, l’un des principaux nœuds de circulation du nord parisien. Pendant près d’un an, au milieu d’embouteillages inextricables et de riverains excédés, les pelleteuses y ont fait leur œuvre, arrachant au passage des dizaines d’arbres (on en a replanté d’autres depuis). Pour quoi ? Pour rien : à quelques détails près, la place a repris sa physionomie antérieure. «Comme les maires des quatre arrondissements concernés n’ont pas réussi à se mettre d’accord (d’eux d’entre eux sont UMP, NDLR), on s’est rabattus sur un projet a minima», concède Sylvain Garel, le patron des Verts au conseil de Paris. Selon nos sources, 7,5 millions d’euros ont été engloutis dans ce chantier…

Réaménagement du boulevard Magenta (23 millions d’euros), reprofilage de la place de la République (17,5 millions prévus), transformation des voies sur berges (40 millions), sans parler de l’épique construction du tramway des Maréchaux, à 61 millions d’euros le kilomètre, et même 74 millions pour le dernier tronçon prévu, sans doute un record du monde… En tout, les aménagements urbains de Bertrand Delanoë, devraient coûter plus de 2,5 milliards d’euros aux Parisiens.

Plutôt lourd pour des travaux généralement décidés en l’absence de réelle concertation, comme l’a fait remarquer la Cour des comptes à propos du tramway. Et dont le résultat est souvent contesté par les riverains. Devant les levées de boucliers, le plan de circulation du boulevard Saint-Marcel a dû être modifié trois fois. Et l’aménagement dangereux et malpratique du boulevard Magenta fait l’unanimité contre lui : la mairie elle-même reconnaît que la piste cyclable a été mal placée !

Mais c’est encore sous les frondaisons du bois de Boulogne que Bertrand Delanoë fait valser les deniers publics avec le plus d’allégresse. La nouvelle arène de 20 000 places qu’il a décidé d’y construire pour accueillir le Stade français n’apportera pas grand-chose à la capitale : pour ses dix matchs par an, le club de rugby pouvait parfaitement partager le Parc des Princes avec le PSG, ou prendre ses aises à Charlety. Mais son patron, Max Guazzini, grand ami de monsieur le maire, tenait absolument à avoir son stade à lui. Dont acte ! Selon les devis initiaux, cette babiole coûtera 157 millions d’euros aux contribuables parisiens. Coïncidence : c’est à peu près ce que rapporteront les augmentations d’impôts décidées cette année…

Philippe Eliakim

du journal Capital

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

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island girl 15/12/2011 02:25


Notre dame de Paris est dépensière,les parisiens ont ce qu'ils méritent !

L'En SAIGNANT 14/12/2011 11:42


C'est tout à fait cohérent pour un Maire P. S. La plupart sont des spécialistes des magouilles et dans la mise à sac des finances d'un Pays. La preuve, voyez partout où ils ont détenu le pouvoir
.?

jpb 13/12/2011 15:11


il faudrait installer une potence sur la place de Paris,et faire un exemple,cela donnera la conduite à tenir pour les autre .