L’interview: « Il ne faut pas confondre le populisme avec la démagogie »

Publié le 16 Mai 2012

Vincent Coussedière, professeur de philosophie au lycée Scheurer-Kestner de Thann, vient de publier un essai au titre un brin provocateur : « Éloge du populisme ». En ces temps électoraux, il propose une réflexion sur une « voie nouvelle » en politique.

L'Alsace.fr

Vincent Coussedière, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

« Je suis savoyard d’origine, marié à une Alsacienne et alsacien d’adoption depuis dix ans. Je suis professeur agrégé de philosophie et j’enseigne au lycée Scheurer-Kestner. J’ai failli être énarque, puisque j’ai passé le concours interne. J’ai été admissible, mais pas admis ! Cela m’a permis de porter sur la politique un regard non seulement philosophique, mais aussi économique, juridique…

Depuis trois ans, je suis aussi professeur référent pour les Cordées de la réussite, dont le but est de préparer des élèves défavorisés à passer le concours de Sciences Po. D’autre part, je suis élu local à Geishouse, où j’habite, et je se siège à la Communauté de communes de Saint-Amarin.

Mon livre est édité par une petite maison savoyarde qui vient d’être créée par mon frère. Je suis le premier auteur qu’il édite !

Vous nous proposez un « Éloge du populisme. » D’habitude, le populisme est plutôt fustigé…

En effet, le terme de populisme est devenu péjoratif. On entend par là un discours démagogique qui en appelle au peuple contre les élites. La première partie de mon livre consiste à redéfinir le sens du populisme. J’y critique l’interprétation dominante actuelle, qui tend à confondre le populisme avec la démagogie.

Comment est né le populisme ?

Historiquement, il y a eu un mouvement populiste, qui se revendiquait comme tel, aux États-Unis, au XIX e siècle. C’était un mouvement d’ouvriers, d’artisans et de paysans qui dénonçait la finance et cherchait une troisième voie entre les Démocrates et les Républicains. Il y a eu ensuite un mouvement populiste en Russie, avant le Bolchevisme, qui regroupait plutôt des intellectuels. Curieusement, la première fois que le populisme apparaît dans la langue française, c’est pour désigner un courant littéraire !

Puis on a commencé à parler de populisme pour évoquer le Front National dans les années quatre-vingt. Pourquoi ? Parce qu’à partir du moment où le FN a commencé à remporter 15 % des suffrages, on ne pouvait plus le définir simplement comme un parti fasciste. Il fallait une analyse plus large du discours du FN, qui oppose le peuple aux élites. Dans mon livre, je me demande pourquoi employer ce terme de populisme alors que celui de démagogie serait plus approprié. Le démagogue, selon Aristote, est celui qui flatte le peuple, ou flatte des groupes les uns contre les autres, en disant à chacun ce qu’il veut entendre. Il divise pour régner. La « démagogie populiste » oppose le peuple aux élites.

Et le populisme, qu’est ce que c’est ?

Pour moi, c’est une réaction du peuple français à sa décomposition politique et sociale. Les votes pour les partis extrêmes, Marine Le Pen à droite et Jean-Luc Mélenchon à gauche, en sont les symptômes. Il y a une situation de désespoir, de perplexité du peuple français.

Mais pourquoi faire l’éloge du populisme ?

Parce que c’est une réaction à une offre politique brouillée, insatisfaisante, qui pousse le peuple à faire de la politique à la place de ses représentants, par le biais des associations, d’internet… Le peuple est malade de ses élites. Une recomposition de l’offre politique est nécessaire.

Il y a des causes profondes à cela. Par exemple, l’ouverture à des personnalités de gauche menée au début du quinquennat de Nicolas Sarkozy contribue à accréditer le discours du FN sur « L’UMPS ». Une autre cause majeure est la tournure prise par la construction européenne. Les gens ignorent tout de ce mécanisme européen, de la complexité des décisions à 27 : c’est une usine à gaz ! Le peuple français a le sentiment d’être dépossédé de sa capacité à peser sur les choses. 80 % du travail du législateur consiste à transposer des directives européennes…

Vous parlez aussi de « décomposition sociale »…

Il faut parler de la notion de peuple. Certains en font une définition ethnique, identitaire qui tend à figer le peuple pour l’éternité. D’autres le définissent comme une juxtaposition d’identités individuelles qui vivent ensemble. Aucune de ces deux notions n’est satisfaisante. Il y a aussi une notion sociologique : l’unité du peuple est basée sur une « ressemblance », une similitude des mœurs, de la culture, de la religion… La laïcité est un très bon outil pour maintenir la ressemblance. Porter la burka est une façon radicale de se retirer de cette similitude. C’est la symétrie de la nudité : une façon de privatiser à son profit l’espace public.

Il y a un populisme anti-islam qu’il ne faut pas rabattre sur l’extrême-droite, car il peut être en partie une réaction saine à un vrai problème. Le populisme, c’est un conservatisme, mais la volonté de conserver son « être social ».

Quel problème pose la construction européenne actuelle ?

D’une part, il n’y a pas de peuple européen… Et d’autre part, il y a eu une convergence entre l’européisme et le gauchisme. J’entends par gauchisme cette idéologie de mai 68, qui prône la révolte de l’individu contre toute limitation de ses libertés et de ses désirs. Or, la politique est la recherche du bien commun. L’individu doit accepter de renoncer à certaines de ses libertés au profit de l’intérêt général.

Mais les Français ne se sentent-ils pas aussi victimes de la mondialisation ?

Oui, mais l’Europe est le cheval de Troie de la mondialisation ! C’est elle qui a la compétence sur le commerce extérieur. Elle ne peut pas parler d’une seule voix : les intérêts des 27 pays membres sont trop divergents… Je suis pour une Europe politique, mais il faut trouver une articulation différente entre le repli nationaliste et le fédéralisme. Le choix n’est pas uniquement entre ces deux alternatives. Il faudrait aussi préparer les opinions à l’échec et à l’abandon de l’euro…

Vous appelez de vos vœux une recomposition politique. Quelle forme prendrait-elle ?

Je n’ai pas de boule de cristal ! Mon livre est un constat plus qu’une prédiction. Il est aussi porteur d’espoir. On culpabilise le peuple en lui attribuant des idées extrémistes. Je ferais plutôt le parallèle avec la Résistance : des gens se sont levés, ont désavoué leurs élites et fait le boulot que leurs représentants ne faisaient pas. Cette recomposition est en marche. Elle est à inventer, autour d’une réorientation de la politique européenne. Je ne sais pas si elle viendra de la droite ou de la gauche ! »

LIRE « Éloge du populisme », par Vincent Coussedière, aux éditions Voies Nouvelles. 16 €. On peut le trouver en librairie, le commander, soit auprès de son libraire, soit de l’éditeur.

Propos recueillis par Isabelle Bollène

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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island girl 17/05/2012 21:56


J'apprécie l'humour de Mika et j'approuve ! 

mika 16/05/2012 11:41



La VAGROSE, ce n'est pas une maladie héréditaire, sexuellement transmissible, incurable et mortelle. Les législatives peuvent la stopper: Votez pour la vague BLEUE MARINE.