L'Iran fait son show. Résultats mitigés.

Publié le 31 Août 2012

Sommet des Non-Alignés : les limites de la propagande iranienne

Ce devait être, selon le slogan du régime iranien, « le plus grand événement diplomatique de l'histoire ». En accueillant en grande pompe, ces jeudi 30 et vendredi 31 août, le 16ème sommet des Non-Alignés, la République islamique avait la ferme intention de redorer son étoile, de plus en plus pâle sur la scène internationale. Isolée à cause de son programme nucléaire, économiquement fragilisée par un renforcement des sanctions, elle espérait rallier à sa cause les nombreux pays invités. 
Pour l'occasion,  les autorités ont mis les petits plats dans les grands : une vaste opération de communication, comprenant l'accréditation de quelque 1 600 journalistes - "un chiffre record depuis de longues années", selon l'envoyé spécial de Time Magazine  , un embellissement express de la capitale - à coup de peinture fraîche sur une multitude de lampadaires et panneaux de signalisation -, d'étonnants messages de paix - l'icône de la colombe s'étant invitée sur certaines artères d'une capitale habituellement décorée de portrait d'ayatollahs et de martyrs de la guerre Iran-Irak -. 
Soucieux de baigner les nouveaux arrivants dans l'illusion d'une capitale accueillante, non polluée et sans embouteillages, cinq jours de vacances ont également été officiellement décrétés - un geste suicidaire en pleine récession économique, selon l'éditorial d'un journaliste du quotidien réformiste Mardom Salari . Selon un scénario bien rodé, les personnalités de sa trempe ont d'ailleurs été tenues à l'écart et muselées par les autorités, inquiètes de voir refleurir le moindre signe de la « révolte verte » de 2009. A cet effet, plus d'une centaine de milliers de policiers et militaires ont été mobilisés pour quadriller la capitale. Sans compter la propagande routinière du régime, expert en exhibitionnisme outrancier - surtout quand il s'agit de défendre l'atome. Le reporter du magazine Time  présent sur place rapporte ainsi avoir été accueilli, à l'entrée du bâtiment hébergeant la conférence, par une exposition de carcasses de voitures détruites lors de l'assassinat de plusieurs scientifiques nucléaires (des attentats imputés par Téhéran à Israël). 
Mais l'opération de séduction a vite trouvé ses limites dès l'ouverture, ce jeudi 30 août, de ce sommet anti-impérialiste qui réunit tous les trois ans une centaine de pays...  
Dans une déclaration très attendue, le secrétaire général des Nations Unies n'y est pas allé par quatre chemins : il a appelé fermement l'Iran à se « conformer totalement » aux résolutions du Conseil de sécurité, faute de quoi le dossier nucléaire pourrait « dégénérer rapidement en spirale de violence ». Ban Ki Moon a dénoncé au passage la rhétorique « raciste » du guide suprême l'ayatollah Ali Khamenei et du président Mahmoud Ahmadinejad - qui appellent régulièrement à la destruction d'Israël ou nient l'Holocauste. Profitant d'un échange en aparté avec quelques journalistes , il a en outre tenu à réitérer son inquiétude relative « à la poursuite des atteintes aux droits de l'homme ». 
Egalement très attendu, le discours du président égyptien Mohamed Morsi - le premier chef d'Etat égyptien à se rendre en Iran en plus de trente ans  - a fâché ses hôtes iraniens et leurs alliés syriens, en dénonçant « le régime oppressif (de Bachar al Assad) qui a perdu sa légitimité ». D'après certains sites proches de l'opposition iranienne, les traducteurs officiels auraient immédiatement reçu pour consigne de remplacer le mot « Syrie » par « Bahrein », histoire de censurer au plus vite cette déclaration retransmise à la télévision iranienne. Trop tard : les réseaux sociaux s'étaient déjà empressés de relayer le vrai discours.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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