L'irruption des Black Blocs embrase la place Tahrir.

Publié le 13 Février 2013

Le Figaro.fr

Hostiles aux islamistes, ils conçoivent la violence comme une arme politique.

Il a troqué son béret vert à la Che Guevara contre un uniforme noir. À part sa voix, rauque et métallique, Mohammed al-Masri est méconnaissable. Accoudé à l'une des rambardes de la place Tahrir, «sa» seconde maison, le jeune insoumis marque une pause entre deux «opérations». Le visage masqué, ses compères glanent quelques consignes avant de filer tête baissée vers la Corniche, leur nouveau terrain de bataille contre les forces de l'ordre. À 21 ans, Mohammed «l'Égyptien» - c'est la signification de son pseudonyme - est l'un des meneurs des Black Blocs. Ces révolutionnaires de l'an III, tout droit inspirés des mouvements anarchistes européens, ont mis le feu, la veille, à un véhicule de police. Un nouveau «fait d'armes» qui s'ajoute au saccage, ce week-end, du bureau du site Internet des Frères musulmans et à l'attaque de l'antenne du parti Liberté et Justice, la branche politique de la Confrérie, dans la ville d'Ismaïlia - et qui illustre le climat d'anarchie rampante qui flotte aujourd'hui au Caire.

Radicalisation de la rue

«Nous étions contre la violence. Mais aujourd'hui, c'est tout ce qui nous reste!», se justifie-t-il, les nerfs à vif. Il y a quelques minutes, il a appris que le procureur général a ordonné l'arrestation de toute personne suspectée d'appartenir à son groupe. Or, pour cet ex-agent touristique au chômage, la radicalisation de la rue n'est pas gratuite. Il faut remonter au début du mois de décembre pour la comprendre. «On s'est battu contre Moubarak, puis contre les militaires. Ensuite, Morsi a été élu. Mais au lieu de sauvegarder la révolution, il s'est octroyé des pouvoirs démesurés. Pire: quand on est allé manifester notre mécontentement devant le palais présidentiel, on nous a tiré dessus. Résultat: dix morts et des centaines de blessés», enrage-t-il.

Très vite, un réseau s'organise alors sur Twitter et Facebook. Les messages anti-Morsi appellent à refuser le pouvoir des islamistes et à dénoncer un système politique qui abuse de la religion. Jeudi dernier, à la veille de la date anniversaire du 25 janvier, les Black Blocs égyptiens finissent par sortir de l'ombre: une vidéo postée sur Youtube annonce, images d'une nuée d'hommes noirs à l'appui, leur formation officielle.

Avec comme mot d'ordre la «confrontation contre le régime fasciste des Frères musulmans», assorti d'une mise en garde adressée à la police. Depuis, ces rebelles d'un nouveau genre sont de tous les rassemblements, de toutes les bagarres.

Au fur et à mesure que les manifestants, à Port-Saïd ou au Caire, tombent sous les balles, les jeunes encagoulés de noir grossissent les rangs des protestataires. Entre rébellion et phénomène de mode, ce mouvement sans tête entraîne dans son sillage une palette hétéroclite d'ex-révolutionnaires, de jeunes désœuvrés, d'ultras du football, de casseurs, mais également de femmes. «Avant, on pouvait distinguer les différents acteurs de la contestation. Aujourd'hui, les pistes sont brouillées. Impossible de comprendre qui est qui, qui fait quoi. Ça frôle le chaos», observe le politologue Emad Shahine. Et si les Black Blocs d'Égypte comptent déjà plus de 20.000 fans sur leur page Facebook, ils sont aussi difficiles à quantifier qu'à définir.

Adeptes de la théorie du complot, les Frères musulmans les accusent d'être cautionnés par l'opposition libérale. A contrario, de nombreux activistes tiennent à s'en dissocier. Tel le blogueur Mahmoud Salem, alias SandMonkey qui leur reproche de «délégitimer l'image de la révolution, aux objectifs pacifiques».

De toutes ces critiques, Sherif al-Sharafi n'a que faire. «Le Front de salut national (la principale coalition politique d'opposants, NDLR) est une bande d'incapables. Ils ont échoué à défendre la révolution. Les élections législatives à venir, nous n'y croyons pas. Nous ne nous reconnaissons en aucun homme politique. On nous appelle la “génération perdue”, on nous traite de “voyous”. Mais tout ce qui nous importe, c'est de sauver l'honneur des martyrs», avance cet étudiant qui affirme être l'un des cofondateurs des Black Blocs.

Signe d'une désobéissance affichée par rapport au pouvoir, une grande «parade noire» est prévue, ce mercredi, dans la capitale égyptienne. Les Black Blocs évoquent aussi une énigmatique opération «Gaber», annoncée pour vendredi. «Je ne peux pas vous en dire plus. C'est top secret. Mais je peux vous garantir que ça va chauffer», prévient Sherif.

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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mika 13/02/2013 19:07


…Les Black Blocs d'Égypte
…20.000 « Facebookeur ! »
...Mais alors, ou sont passés les 3 Millions de manifestants révolutionnaires qui chantaient
"Jérusalem, Al Qods, on arrive" ? 


https://www.youtube.com/watch?v=bHuxsB47lBQ


 

Marie-claire Muller 13/02/2013 18:57


Internet y est pour beaucoup dans le réveil des libertés !!!malheureusement les frangins ne vont pas permettre ça,ils ont des arguments frappants!Ils sont courageux les p'tits gars!!