L'islam en Suisse...

Publié le 11 Décembre 2012

On associe souvent la Suisse, et en particulier Genève, aux émirs et autres cheikhs qui savourent le luxe de ses palaces, se promènent sur sa rade à l'ombre du jet d'eau et dévalisent ses magasins de luxe. Certes, ces visiteurs du Golfe sont visibles, connus et bien appréciés de nos commerçants, en revanche l'essentiel de la population musulmane n'a que peu à voir avec eux.

La deuxième religion de Suisse
La population musulmane était en 1990 de 152 200 soit de 2,2 % de la population résidente en Suisse. Une évolution surprenante si l'on sait qu'au début des années 70, moins de 20 000 musulmans habitaient en Suisse. Ainsi, l'islam est aujourd'hui la 2ème religion en Suisse après le christianisme.

La communauté musulmane de Suisse est composée de plusieurs nationalités. On trouve en son sein différentes cultures, langues et particularités ethno-culturelles. En 1990, la grande majorité (4/5) de la communauté musulmane était représentée par des ressortissants turcs (65 000 personnes soit 42,8%) et de l'Ex-Yougoslavie (55000 personnes soit 30,4 %). La communauté musulmane des états maghrébins (Maroc, Algérie, Tunisie) représentait 4 % de l'ensemble de la communauté tandis que les musulmans libanais en représentaient le 3,3%.


Les musulmans sont répartis de façon hétérogène sur le territoire suisse, et ce principalement dans les grandes villes (73 % de tous les musulmans). Le plus grand nombre se trouvait dans les cantons de Zürich, d'Argovie, de St-Gall et de Berne. Il est intéressant de relever que 76% des musulmans sont établis en Suisse allemande et 14% en Suisse romande, ce qui correspond sensiblement à la répartition de la population résidente. Tandis que la communauté turque se concentre plutôt en Suisse allemande, la communauté nord-africaine habite majoritairement en Suisse romande. Quant aux ressortissants de I'Ex-Yougoslavie, ils se trouvent répartis un peu partout en Suisse.

On peut affirmer que le nombre de musulmans est sûrement sous-estimé, puisque lors du recensement de 1990, le 3,1 % des étrangers (soit une part exceptionnellement grande) n'ont pas répondu à la question de l'appartenance religieuse. Pour des chiffres plus récents, on doit s'en remettre aux estimations d'offices non gouvernementaux, tels que par exemple des associations ou des organisations islamiques en Suisse. Selon ces sources, on estime actuellement le nombre de musulmans en Suisse entre 200 000 et 250 000 personnes (de 2,8 à 3,5 % de la population résidente).

Une communauté éclatée...
Alors qu'il y a vingt ans, on connaissait trois mosquées en Suisse (deux à Genève, une à Zurich), on en compte désormais près de 90, généralement dénommées «centres culturels islamiques», ouvertes parfois pour les cinq prières quotidiennes, en tout cas pour la grande prière du vendredi. L'augmentation du nombre de musulmans est un phénomène éclaté entre plusieurs communautés et plusieurs attitudes.

Turcs, Bosniaques et Albanais sont chacun organisés autour d'une maison mère installée à Zurich, avec des filiales réparties à travers la Suisse. Chez les Turcs, une particularité reproduit les divisions politiques du pays: une partie des centres sont contrôlés par le Dyanet, le Ministère des cultes, à travers un représentant au consulat de Zurich. Une vingtaine d'autres centres sont en revanche aux mains du Milli Görush, émanation de l'ex-Refah, le parti islamiste d'opposition.

Face à ces entités structurées, le monde arabisant est non seulement minoritaire, mais aussi moins hiérarchisé, plus difficile à déchiffrer: entre les centres dits «officiels», partiellement financés par l'Arabie saoudite (comme la Fondation, à Genève) ou par les Emirats arabes unis (comme la Stiftung islamische Gemeinschaft, à Zurich), et des mouvements tel le groupe de type piétiste Tabligh, qui prône un retour à une pratique individuelle sans grande revendication politique, ou encore tels les Frères musulmans, mouvement réformateur à forte composante politique, il y a des rivalités mais aussi de nombreuses passerelles, des contacts, des personnages communs. Décrire cet univers sans le caricaturer est impossible...

...qui tente de se structurer
Depuis quelques années, sous la conduite du très diplomate Ismail Amin, Egyptien d'origine et ancien professeur de philologie arabe à l'Université, la Fédération zurichoise des organisations islamiques tente de structurer la communauté musulmane: elle rassemble toutes les communautés de la ville, y compris le Dyanet et les Milli Görush, y compris le mouvement Habache, y compris les centres qui ont des liens avec les Frères musulmans ou le Tabligh. Ismail Amin a aussi tissé de patients contacts avec les Eglises officielles, tant réformée que catholique. Le résultat est que les musulmans peuvent mieux faire entendre leur voix sur les dossiers politiques qui leurs sont chers.

Toutefois subsiste-t-il un large éventail d'organisations musulmanes en Suisse dont notamment des associations qui gèrent les espaces de prière, des petites associations locales. Nous nous sommes efforcés de donner une liste d'organisations qui soit représentative de cet éventail. Elle n'est toutefois pas exhaustive.

 Document officiel

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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