L'Islam, la Laïcité, un débat enfin devenu d'actualité. Mais est-ce sincère?

Publié le 8 Mars 2011

               Sarkozy

Histoire de donner le ton du débat sur l'islam/la laïcité qu'il vient d'ouvrir, Nicolas Sarkozy a de nouveau enfilé son costume de chanoine de Latran (c'est une image), chantant jeudi, lors d'une visite au Puy-en-Velay, le « magnifique héritage » de la « chrétienté ». Ajoutant, un peu crâne, comme une invitation à polémiquer : 

« Président d'une République laïque, je peux dire cela, parce que c'est la vérité. »

           Ce discours du Puy était la première étape d'une sorte de tour de France de l'identité nationale qu'engage le Président, et qui passera par d'autres lieux chargés d'histoire.

Certes, Nicolas Sarkozy a pris soin d'insister sur la confluence, en France, d'autres héritages (juif, musulman, romain et l'héritage politique des Lumières). Mais ceux-ci ne sont cités que comme des influences accessoires.

Le chef de l'Etat, en choisissant de commencer sa virée historique par le Puy-en-Velay, diocèse marqué par les croisades, et de le poursuivre par des étapes au Mont-Saint-Michel ou à Vezelay, ne laisse pas grand doute sur le sens de son message : la France, dit-il, doit « assumer sans complexe » son héritage, et cet héritage est avant tout chrétien.

L'électorat catho-tradi

Le calcul de son conseiller Patrick Buisson, qui aurait eu l'idée de cette opération, est cousu de fil blanc : rien de tel que l'Histoire de France (mais la bonne vieille Histoire de France, bien sûr : Clovis, les cathédrales, Henri IV, 1789, la Résistance…) pour redonner un peu de hauteur à un Président à plat ; et rien de tel qu'un doigt d'eau bénite pour séduire les électeurs cathos-tradi déçus par la Marine Le Pen, occupée qu'elle est à vanter la loi de 1905 (et même le droit à l'avortement).

L'offensive pour siphonner l'électorat du FN se poursuit donc. Il y a eu le débat sur l'identité nationale, il y a eu la chasse aux Roms et le discours de Grenoble, il y a eu les envolées contre les juges laxistes, il y a eu l'annonce d'un débat sur l'islam, il y a eu l'exploitation des peurs liées aux révolutions arabes… Et maintenant le tour de la France chrétienne…

Avec quel résultat ? La cote de popularité du Président continue de ramper ; les intentions de vote pour le FN ne baissent pas.

Comme l'a montré notre blogueur Patrick Jarreau, cependant, le calcul est peut-être plus sophistiqué qu'une simple concurrence UMP-FN pour des voix. Un Front national fort et menaçant, c'est aussi la promesse de rangs resserrés autour du chef dans le camp de la majorité… L'essentiel sera de capter les voix du Front au deuxième tour (encore faut-il que Sarkozy parvienne au deuxième tour : l'hypothèse d'un « 21-Avril à l'envers » n'est plus jugée fantaisiste).

Une laïcité à géométrie variable

Cette politique est évidemment dangereuse. Son premier résultat, c'est la progression des idées frontistes. L'islam est déjà ouvertement transformé par le pouvoir en épouvantail. Nicolas Sarkozy dit respecter toutes les religions, mais il vient d'afficher une hiérarchie manifeste. Que dit-il ?

le 10 février que l'islam « pose clairement un problème » ;

le 3 mars que la chrétienté a légué à la France un « magnifique héritage »…

Quelques heures avant le discours présidentiel, sur Europe 1, le ministre de l'Education, Luc Chatel, annonçait que des mères musulmanes portant le voile – un simple voile – ne pourraient plus accompagner les sorties scolaires.

Et dans la soirée, sur le plateau de « A vous de juger » (France 2), on entendait Jean-François Copé rassurer Marine Le Pen sur la question des mosquées et de la place de l'islam sur le thème : « Pourquoi vous énerver, puisqu'on va le faire ? » pendant que Pierre Moscovici (PS) parlait de la menace « d'invasion » migratoire en provenance des pays arabes connaissant des révolutions… Le tout dans l'indifférence générale. Stop !         

 

 

Pascal RICHE de Rue89

Dessin de Baudry

Photo et illustration : Nicolas Sarkozy au Puy-en-Velay, accompagné du maire de la ville, Laurent Wauquiez, le 3 mars 2011 (Philippe Wojazer/Reuters) ; dessin de Baudry.

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

Commenter cet article

Nancy VERDIER 08/03/2011 21:57


Quatre ans de palabres et d'inaction. Aujourd'hui l'UMP et le Président ne savent plus où donner de la tête, courent dans tous les sens pour rameuter leurs électeurs de base, boucher les trous.
Aujourd'hui c'est Mme Chantal BRUNEL qui reprend la proposition de Marine Le Pen de renvoyer les migrants en bâteaux...Savent-ils au moins ces élus que les électeurs ne sont pas des pions que l'on
déplace, que l'on manipule ? Les actions et décisions politiques qui n'ont pas été prises ne peuvent être comblées par de plats discours électoralistes et sans fonds. L'électeur s'en souviendra...
du moins au 1er tour. Le risque de voir Marine Le Pen en tête, peut pousser quelqu'un comme Juppé à se présenter. Mais on peut aussi rêver à un outsider "Chevalier Blanc" charismatique, avec une
vision, un projet pour notre avenir, une vraie volonté d'agir... Soeur Anne, ne vois-tu rien venir ?


Gérard Brazon 09/03/2011 14:01



Ben non... pas vraiment.