L’islamophobie, c’est quoi? Les mots aussi ont une histoire. Par Richard Rossin.

Publié le 9 Octobre 2013

Le terme d’islamophobie naît en Iran sous Khomeiny pour fustiger les femmes qui se refusent au port du voile. Il signifie, au-delà de la religion,  le refus par les femmes de suivre des coutumes : le voile n’est pas dans le Coran mais prôné par les théocrates. Le mot nouveau affirme une phobie de la laïcité. Il fait du rejet des règles une phobie, c’est-à-dire un des maux mentaux, à l’instar autrefois de l’URSS…

Lu sur Europe-Israël

Le fait que le voile ne soit pas une obligation de l’islam mais une simple coutume témoigne bien du cynisme des concepteurs du mot.
À y regarder de plus près, l’acceptation imposée du terme est une déviation : phobie signifie « peur ». En quoi une peur de l’islam serait-elle une agression ? Bien sûr, il se peut que les réactions à la peur soient violentes mais craindre n’est pas haïr ! Et plus même : la haine aveugle alors que la crainte met en éveil. Pourtant ce n’est pas ce que soulignent les utilisateurs du mot arraché à son sens et utilisé à tout propos. L’appauvrissement de la langue est une arme de combat pernicieuse et efficace. La langue souffre en silence.

À tout démocrate ne devrait pas paraître illégitime la crainte d’une règle qui s’oppose fermement à toute liberté, toute opinion contraire à une loi antique laissée à l’appréciation d’oulémas, une règle qui impose l’irruption du religieux dans le politique, la certitude du caractère incréé du Coran et l’inégalité entre les êtres humains selon leurs convictions religieuses ou leur sexe. Ces règles mettent en danger la démocratie. Pourtant…

L’accusation d’islamophobie est habituellement amenée par la question « avez-vous lu le Coran ? » lancée par des interlocuteurs qui ne l’ont eux-mêmes pas lu mais ont la certitude qu’il s’agit d’un texte de tolérance et d’amour. Une pensée néocolonialiste qui fait accroire à son porteur que ses héros partagent et sa langue et sa vision du monde. S’il y a, bien sûr, des passages d’amour , comme dans tous les textes religieux, il y en a de violence et d’exclusion. Ces accusateurs d’islamophobie seraient abasourdis s’ils l’avaient lu. Mais il faudrait d’abord qu’ils s’avouent à eux même n’avoir pas lu.

Sur la coutume du voile il n’est pas anodin d’en rappeler l’origine sumérienne : les prostituées se couvraient d’un voile intégral, une burqa, tel que rapporté dans l’extraordinaire histoire de Tamar trompant son beau-père… c’est dire comment sont perçues les femmes dans les pays burquaïques ! Les défenseurs de la liberté, de l’égalité de droits et devoirs des citoyens, de la fraternité, de la sexualité libérée ne sont-ils pas en plein fourvoiement ?
Par ses actions et par l’invention de ce mot, l’islamisme radical a rendu tout « vivre ensemble » impossible. Il a aussi pris l’islam en otage imposant lui-même une deuxième séparation qualitative entre les êtres : il représente les bons et vrais musulmans. L’islamisme supplante l’islam. Les autres musulmans en sont les premières victimes et elles se comptent par dizaines de milliers tous les ans. C’est cela que défendent les borgnes à la langue acérée. Ils sont des soutiens d’assassins.

Être islamophobe, par la crainte que ces dérives de fondamentalistes haineux inspirent, ce n’est pas détester les musulmans c’est les défendre. Leitmotiv : la haine aveugle mais la crainte met en éveil, les fondamentalistes ont la haine aveugle de tous ceux qui ne sont pas eux, qui ne pensent pas comme eux qu’ils soient chiites, sunnites, soufis… mécréants.

Mais cela n’est pas nouveau. Quand les wahhabites sunnites détruisirent Karbala la chiite en 1801, ils massacrèrent la population, quand ils prirent La Mecque et Médine en 1806 ils firent déterrer les compagnons de leur prophète et arrachèrent le dôme vert de son mausolée… Tombouctou 2012 était inscrit.

Totalitarisme, c’est le mot qui convient, celui qui dit au plus proche dans notre culture ce que cachent les semeurs du mot jusque dans les instances internationales et clament que les droits du musulman sont différents des droits des autres hommes. Cela provoque forcément une islamophobie, elle est le dernier rempart contre la haine distillée par les islamistes surgis du cœur de l’islam et dans le silence de ses penseurs et autorités.
Ici, certains se croyant bien-pensants, au nom d’une égalité mal digérée, utilisent de façon erronée un mot dont ils n’ont saisi ni le sens ni les conséquences. Du coup ils abandonnent tous les démocrates en combat dans l’espace musulman majoritaire comme au Soudan, en Syrie, au Mali et ailleurs. Espérons que leur orgueil ne les enfermera pas dans leur erreur.

Richard Rossin est écrivain, ancien Secrétaire Général de MSF, cofondateur de Médecins du Monde.
Publié précédemment dans Causeur – 14 juin 2013 – puis  dans Europe Israël – 15 juin 2013

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Point de vue

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Pivoine 10/10/2013 12:18


On peut en dire autant du terme homophobie, qui littéralement signifie crainte des homos, alors qu'on lui attribue la signification de haine des homos. Un argument fallacieux pour discréditer son
opposant.