L'opinion face aux violences urbaines : une demande de sévérité accrue. Par Jérome Fourquet

Publié le 5 Août 2013

N'est-ce pas Manuel Valls le piteux Ministre de l'Intèrieur, le bras cassé de la Hollandie qui réclamait le retour à l'autorité? Voici une enquête qui le confirme.

 

Par Jérome Fourquet (Huffington-Post)

Suite au contrôle par les policiers d'une femme portant un voile intégral à Trappes le jeudi 18 juillet, la situation allait rapidement se tendre et cette ville des Yvelines allait connaître deux nuits de violences au cours desquelles plusieurs centaines de jeunes affrontèrent les forces de l'ordre. Alors que de nombreuses personnalités politiques ont pris position suite à ces évènements, il ressort des études réalisées par l'Ifop que l'opinion publique porte un regard très dur à la fois sur la réaction du gouvernement mais aussi sur les causes perçues de ces violences urbaines.

1- Emeute de Trappes : une réaction du gouvernement pas assez ferme pour 56% des Français

Interrogés quelques jours après les violences qui ont éclaté dans la ville de Trappes, les Français jugent sévèrement la manière dont le gouvernement a réagi face à ces évènements. Une nette majorité des interviewés (56%) déclare ainsi que le gouvernement n'a pas assez fermement agi en réponse à ces violences urbaines, 42% estimant que sa réaction a été appropriée et seulement 2% qu'elle a été trop ferme (1). C'est dans les catégories les plus modestes de la population que le manque de fermeté face aux émeutiers de Trappes est le plus critiqué : 67% des ouvriers et 58% des employés sont sur cette position contre seulement 42% des professions libérales et des cadres supérieurs.

Le jugement sur la réaction du gouvernement face aux violences de Trappes

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Bien entendu, les réponses sont également très clivées politiquement sur un sujet comme celui-ci qui a fait, de surcroît, l'objet d'un affrontement entre la majorité et l'opposition par médias interposés. Si la fermeté de la réaction du gouvernement face aux violences est jugée adéquate par deux tiers des sympathisants de gauche (64%), les sympathisants de droite et d'extrême-droite fustigent, quant à eux, la "mollesse" du gouvernement. Deux tiers des soutiens de l'UMP (68%) et la quasi-totalité de ceux du Front National (91%) pointent ainsi un manque de fermeté de la part du pouvoir exécutif à cette occasion. On notera néanmoins que près d'un tiers des sympathisants de gauche regrette également une réaction insuffisamment musclée du gouvernement, signe d'un durcissement plus global de la société française face aux violences urbaines.


 

Ainsi, à la même question posée en novembre 2005 lors des émeutes qui avaient embrasé de très nombreuses banlieues pendant trois semaines, nous obtenions des résultats sensiblement différents. A l'époque, seuls 25% des personnes interrogées estimaient que le Ministre de l'intérieur n'avait pas fait preuve d'assez de fermeté (contre 56 % aujourd'hui), 23% pensaient qu'il avait été trop ferme (contre 2%) et 48% qu'il avait adopté la fermeté nécessaire (versus 42% aujourd'hui).

Le contexte de l'époque était certes différent (une vague d'émeutes de plusieurs semaines dans de très nombreuses banlieues françaises suite au drame de l'électrocution de deux adolescents à Clichy-sous-Bois versus deux nuits d'affrontement localisés à Trappes suite au contrôle d'une jeune femme voilée), la réaction du Ministre de l'Intérieur de l'époque également (c'est à cette occasion que Nicolas Sarkozy avait évoqué "la racaille et le kärcher"), mais les écarts sont néanmoins très marqués et dénotent une demande de fermeté accrue vis-à-vis de ce type d'évènements.

2- Un changement de regard sur les causes perçues des violences urbaines

Le fait que la situation à Trappes ait dégénéré suite à l'application par des policiers de la loi portant sur l'interdiction du voile islamique intégral dans la rue a sans doute contribué à l'exaspération de toute une partie de l'opinion publique, très remontée face à ce comportement vestimentaire. Interrogés à ce sujet en novembre 2012, 63% des Français se déclaraient ainsi opposés au port du voile ou du foulard dans la rue et 89% pour ce qui des crèches et des écoles publiques. Et plus récemment en mars 2013, suite à l'annulation par la Cour de cassation du licenciement d'une employée voilée de la crèche privée Baby-Loup dans les Yvelines, 84% des personnes interrogées se disaient opposés au port du voile ou du foulard islamique par des femmes travaillant dans des lieux privés accueillant du public (commerces, supermarchés, cabinets médicaux, crèches et écoles privées ...) (2).

La demande croissante d'une réponse plus ferme face aux violences urbaines tient sans doute aussi au fait qu'aucune évolution positive n'est perçue concernant la situation dans les banlieues depuis plusieurs années. A l'automne 2006, soit un an après les émeutes de 2005, 96% des Français pensaient que de tels évènements pouvaient se reproduire (3) et en février 2008, trois mois après les violences de Villiers-le-Bel, 94% des personnes interrogées faisaient le même diagnostic (4).

Ce jugement pessimiste s'accompagne depuis quelques années d'une modification sensible du regard des Français sur les causes des violences dans les banlieues, de plus en plus perçues comme une conséquence d'une criminalité omniprésente et de moins en moins comme s'expliquant par des facteurs sociaux. Fort de ce constat, en juin 2011 (5), 57% des sondés se disaient favorables au recours à l'armée, compte-tenu de l'insécurité existant dans certains quartiers sensibles.

Comme on peut le voir sur le tableau suivant, actuellement 46% des Français mettent en cause avant tout la présence de bandes organisées et le trafic de drogue comme principal facteur explicatif de ces violences (6). A un niveau inférieur, la démission des parents (35% de citations), la présence d'un nombre important d'immigrés dans ces villes ou quartiers (32%) et le chômage des jeunes (28%) sont également invoquées. Alors que les évènements ont éclaté à Trappes à la suite d'un contrôle d'identité et que certains habitants ont pointé le manque de respect dont ils seraient quotidiennement victimes de la part des policiers, seuls 7% des Français interrogées évoquent les tensions entre les jeunes et la police (7).

L'évolution des perceptions des causes des violences dans les banlieues

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La comparaison avec de précédentes enquêtes réalisées à la suite des émeutes de Clichy-sous-Bois en 2005 et de Villiers-le-Bel en 2007 fait état d'un durcissement des positions des Français par rapports aux violences dans les banlieues. La délinquance, via la présence de bandes organisées et le trafic de drogue (46%, + 9 points par rapport à 2008 et + 17 points par rapport à 2006) est ainsi de plus en plus mise en avant pour expliquer ces évènements. Alors que cette cause n'arrivait qu'en troisième position en 2006 et en seconde position en 2008, elle se place désormais, et de loin, en tête des facteurs expliquant selon les Français les violences en banlieue. De la même façon, 32% des personnes interrogées évoquent la présence d'un nombre important d'immigrés dans ces villes ou quartiers (+ 10 points par rapport à 2008). A contrario, les facteurs sociaux, comme la démission des parents (35%, - 7 points par rapport à 2008), le chômage des jeunes (28% et + 3 points seulement par rapport à 2008 alors que nous sommes en période de crise économique et sociale et de haut niveau de chômage) ou les discriminations vécues par les habitants de ces quartiers (14%, - 6 points) ou bien encore le manque de moyens alloués aux associations et la présence insuffisante de travailleurs sociaux (6%, - 4 points) apparaissent en retrait.

Comme l'indique le tableau suivant, les racines perçues des violences urbaines varient sensiblement selon la sensibilité partisane. Les sympathisants de l'UMP et du FN évoquent plus spontanément que les proches de la gauche la présence de bandes organisées et le trafic de drogue mais aussi la présence d'un nombre trop important d'immigrés dans ces villes ou quartiers, facteur, qui avec 63% de citations est la cause principale aux yeux des soutiens du FN, qui apparaissent, une nouvelle fois, très fortement polarisés sur la thématique de l'immigration.

Les causes des violences dans les banlieues selon la sympathie partisane

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Les sympathisants de gauche, quant à eux, insistent beaucoup plus sur les causes sociales : chômage des jeunes, discrimination, manque de moyens du milieu associatif et les problèmes urbanistiques. Pour autant, on notera que la présence de bandes organisées et le trafic de drogue, si elle est moins citée qu'à droite, arrive néanmoins en tête dans cet électorat à égalité avec le chômage des jeunes (40% contre 39%).

La comparaison avec les résultats de l'enquête de 2008 fait d'ailleurs apparaître un durcissement du regard porté par l'électorat de gauche sur les violences urbaines. On enregistre certes une progression de 9 points sur l'item "le chômage des jeunes" mais la hausse est près de deux fois supérieure concernant la présence de bandes organisées et le trafic de drogue : +17 points (alors que le taux de citation reste stable dans l'électorat UMP).

Illustration du changement de grille de lecture intervenue en quelques années, parallèlement à cette prise en compte de plus en plus forte du grand banditisme et de l'économie souterraine dans l'origine des violences urbaines, les sympathisants de gauche citent nettement moins qu'en 2008 les discriminations vécues par les habitants de ces quartiers (25% en 2008, 11% aujourd'hui), le manque de moyens alloués au secteur associatif (20 % contre 11 % actuellement) ou bien encore le manque de mixité sociale (16% contre 9 % actuellement) et enfin les tensions entre les jeunes et la police (15% contre 9% désormais). A ce changement de perception de l'opinion publique mais aussi et surtout de l'électorat de gauche sur les causes des violences urbaines a correspondu un ajustement du discours du Parti Socialiste. Les propos martiaux tenus par Manuel Valls sur la reconquête des quartiers populaires et la guerre à mener à l'économie mafieuse cité par cité semblent en effet bien s'inscrire dans le climat d'opinion prévalant désormais sur ce sujet.

  1. Sondage Ifop pour Valeurs Actuelles, réalisé par internet du 24 au 26 juillet 2013 auprès d'un échantillon de 1005 personnes
  2. Sondage Ifop pour Dimanche Ouest-France, réalisé par internet du 19 au 21 mars 2013 auprès d'un échantillon national représentatif de 1004 personnes
  3. Sondage Ifop pour la Délégation Interministérielle à la Ville, réalisé par téléphone du 28 septembre au 5 octobre 2006 auprès d'un échantillon national représentatif de 1006 personnes.
  4. Sondage Ifop pour le Figaro, réalisé par internet du 4 au 5 février 2008 auprès d'un échantillon national représentatif de 1023 personnes
  5. Sondage Ifop pour France Soir, réalisé par internet du 7 au 9 juin 2011 auprès d'un échantillon national représentatif de 1013 personnes
  6. Sondage Ifop pour Atlantico.fr, réalisé par internet du 29 au 31 juillet 2013 auprès d'un échantillon de 1005 personnes
  7. On notera également à ce propos que, selon une enquête réalisée en mars dernier par l'Ifop pour le SIG auprès d'un échantillon représentatif de 803 habitants de Zones Urbaines Sensibles, 62 % de ces derniers déclaraient que les forces de l'ordre n'étaient pas assez présentes dans leur quartier, 35% les jugeant suffisamment présentes et 3 % trop présentes, ce qui vient relativiser les discours sur une pression policière excessive dans ces territoires

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Faits Divers- Sociétés

Commenter cet article

Pivoine 06/08/2013 19:18


Pas assez ferme pour 52 % des Français ?


On croit rêver  !

Pivoine 06/08/2013 19:15


Pas assez ferme pour 56 % des Français ?


On croit rêver...

@ 05/08/2013 21:22


Vous aurez sans  doute noté que 9% des sympathisants du FN trouvent la répression excessive (1%) et correcte (8%)


L'Incohérence mentale des Français a encore frappé..!!!????