L’UE dans la spirale maniaco-dépressive par Luc Rosenzweig

Publié le 1 Juillet 2012

L’Europe bipolaire

Vendredi matin 29 juin, les auditeurs des radios matinales prenaient connaissance du résultat des activités nocturnes des vingt-sept chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne réunis à Bruxelles pour un sommet estimé « crucial » par la plupart des observateurs. L’euro et, au delà, l’ensemble de la construction édifiée au cours des soixante dernières années allaient-ils survivre à la crise des dettes souveraines qui ébranle l’Espagne et l’Italie, après la Grèce, le Portugal et quelques autres ? Dans les jours précédant le sommet, un vent de panique, déclenché par quelques éditoriaux de la presse anglo-saxonne, soufflait sur le Vieux continent. A les entendre, l’euro serait déjà mort, et la réunion de Bruxelles ne serait qu’un simulacre destiné à éviter un « bank run » des épargnants désireux de sauver leur magot.

Le principal hebdomadaire allemand, Der Spiegel titrait, en couverture, « Quand l’Euro s’effondrera » avec, comme illustration, une pièce de 1€ côté face dépourvue de tout symbole renvoyant à son lieu d’émission. On ne manquait pas d’arguments pour fonder cet europessimisme : la crise bancaire espagnole serait un trop gros morceau à avaler par la zone euro, l’intransigeance d’Angela Merkel sur le volet « solidarité » de l’harmonisation fiscale et budgétaire des pays membres de cette zone et le rejet par les opinions publiques des transferts de souveraineté vers Bruxelles conduisaient droit à l’échec des négociations des 28 et 29 juin. Les Cassandre allaient même jusqu’à rappeler que ce sommet s’ouvrait le jour du 98ème anniversaire de l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, dont on connaît les conséquences…

Vendredi matin, au contraire, on nageait en pleine euphorie : l’accord conclu au petit matin par les 27 renvoyait tous les prophètes de malheur dans leur coin sombre. L’Italie et l’Espagne avaient réussi à faire céder l’Allemagne en obtenant que le mécanisme européen de stabilité (MES) puisse financer directement les banques des pays soumis à la pression des marchés financiers et respectant leurs engagements relatif à l’assainissement de leurs finances publiques. Le plan de relance de 130 milliards d’euros était adopté dans la foulée, permettant à François Hollande de sortir la tête haute (du moins en apparence) de l’affrontement qu’il avait engagé avec la chancelière allemande. Les « eurobéats » triomphaient sans la moindre modestie, la palme de l’hyperbole revenant une fois de plus à Bernard Guetta de France Inter, regrettant qu’il n’existât pas sur notre continent un nouveau Victor Hugo capable de célébrer par des vers immortels cette avancée décisive vers l’Europe fédérale. Les marchés financiers, soulignent les mêmes, ne s’y sont d’ailleurs pas trompés, en saluant l’accord de Bruxelles par une hausse significative des bourses européennes et une remontée du cours de l’euro face aux principales devises mondiales.

Qu’en est-il exactement ? A-t-on procédé à un nouveau rafistolage dans l’urgence ou écrit le premier acte d’une mutation de l’UE vers un système fédéral à l’image de celui en vigueur en Allemagne et aux Etats-Unis ? Avant de tenter de répondre à ces questions, saluons d’abord l’habileté tactique de Mario Monti et Mariano Rajoy qui ont conditionné leur adoption du plan de relance à l’acceptation préalable par l’Allemagne et ses alliés de la possibilité pour les banques en difficultés de se refinancer directement auprès du MES, ce qui hérisse le poil de Mme Merkel. Si elle a été obligé de craquer, c’est parce que la ratification par le Bundestag du pacte budgétaire européen (la mise sous surveillance par l’UE des budgets nationaux) exige la majorité des deux tiers, donc l’approbation des sociaux-démocrates. Or le SPD fait de l’approbation du plan de relance la condition de son vote favorable au pacte budgétaire. Mais la chancelière n’en a pas pour autant levé son opposition à toute garantie automatique des dettes publiques des pays européens avant que le gendarme financier de la zone euro n’ait été mis en place. Elle n’a tout simplement pas confiance et s’avance même jusqu’à affirmer que « de son vivant » on ne verrait pas d’euro-obligations assurer aux pays du « Club med » des conditions de crédit comparables à celle dont bénéficie aujourd’hui la République fédérale. Comme elle est âgée de 58 ans et que l’espérance de vie des femmes allemandes est de 83 ans en moyenne, cela laisse pas mal de temps aux marchés financiers pour tourmenter les pays de la zone euro incapables de faire adopter à leurs sociétés les comportements germaniques. Angela Merkel vient d’ailleurs d’être sèchement rappelée à l’ordre dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, bible des milieux d’affaires outre-Rhin, pour qui le compromis de Bruxelles est « une attaque contre l’épargnant allemand », car celui-ci, au travers de l’Union bancaire qui doit voir le jour au sein de l’UE, se portera garant des dépôts des cigales méridionales. Une fois ratifié le pacte budgétaire, la chancelière entrera en campagne électorale face à une opinion publique réticente devant tout ce qui peut ressembler à une caution solidaire de ses partenaires.

L’union politique » proposée par Merkel, et que Le Monde presse François Hollande d’accepter, se limite à la constitution d’un conseil de discipline, alors que ses partenaires rêvent pour de l’avènement d’une Société de secours mutuels continentale à l’image de celles qui engendrèrent, aux XIXème siècle, l’essor du syndicalisme ouvrier. Et comme l’a montré Gil Mihaely, c’est s’illusionner de penser que les sociaux-démocrates allemands, s’ils revenaient au pouvoir, adopteraient une ligne radicalement différente. Personne en France n’a remarqué la proposition faite par la Finlande à l’ouverture du sommet de Bruxelles. Les pays du Sud ont du mal à se financer à des taux raisonnables sur le marché ? Eh bien qu’ils émettent des emprunts hypothécaires gagés sur le patrimoine national ou les entreprises publiques ! Si on avait appliqué cette recette à la Grèce, la Deutsche Bank serait peut-être aujourd’hui propriétaire du Parthénon et BNP-Paribas aurait hérité de Mykonos comme village de vacances pour son comité d’entreprise… Or les Finlandais sont réputés pour oser dire tout haut, car cela ne prête pas trop aux conséquences, ce que les Allemands pensent tout bas.

Alors gageons qu’à l’euphorie d’aujourd’hui succèdera bientôt une nouvelle déprime. Car l’Europe est devenu le malade bipolaire d’un monde multipolaire.

Le Monde / Causeur

* Photo : Oxfam Italia

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Europe liberticide

Commenter cet article

Marie-claire Muller 01/07/2012 20:00


Des ministres français sous
influence américaine ?



Réactions (4)






Share on hotmail
Share on facebook
Share on print
Share on email
More Sharing Services
4


Plus atlantiste que Sarkozy, c’est possible? La réponse est assurément oui, quand l’on constate que le nouveau gouvernement socialiste abrite plusieurs poulains de la French
American Foundation (FAF), un groupe d’influence franco-américain dont l’objectif est de « renforcer la relation franco-américaine considérée comme un élément essentiel du partenariat
transatlantique ». Tout un programme !


LA FAF est connue pour sa formation spéciale, les « Young Leaders », annuellement réservée à une dizaine de jeunes surdiplômés. Or, sur les huit socialistes sélectionnés comme Young
Leaders depuis… François Hollande lui-même en 1996, cinq viennent d’entrer dans son gouvernement ou son entourage direct: le ministre de l’Economie et des Finances,
Pierre Moscovici, recruté en 1996, le ministre de la Santé et des Affaires sociales Marisol Touraine et le conseiller politique de l’Elysée, Aquilino
Morelle (1998), le ministre du Redres sement productif, Arnaud Monte bourg (2000) et le ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud- Belkacem (2006).
Ne restent sur la touche, pour le moment, que le député de Seine-Saint-Denis Bruno Le Roux, qualifié par beaucoup de « ministrable », et Olivier
Ferrand, président du think-tank Terra Nova qui a favorisé l’élection de François Hollande aux primaires socialistes. [Cet article a été publié le 17 juin, depuis Olivier Ferrand est mort
brusquement samedi 1er juillet à 42 ans, voir Novopress]


Toutes ces recrues ont été minutieusement choisies et « formées » par la FAF, réseau élitiste inconnu du grand public mais généreusement sponsorisé, entre autres, par la banque Lazard.


A cheval sur Paris et New-York, la fondation a été créée en 1976 par les présidents Ford et Giscard d’Estaing. Young Leaders, son programme phare, vise
à développer « des liens durables entre des jeunes professionnels français et américains talentueux, pressentis pour occuper des postes clefs dans l’un ou l’autre pays ».


Au départ, chaque candidat doit postuler et se faire parrainer pour être admis à suivre le programme Young Leaders. Un comité, majoritairement composé d’anciens, opère ensuite une
stricte sélection: seuls 13 hommes ou femmes politiques français ont été admis depuis 1995, soit moins d’un politique par an en moyenne !


Etrangement, si le site américain de la FAF se flatte de voir ses poulains arriver en force à la tête de notre pays, le site français n’en pipe pas mot… Sans doute le maintien d’une tradition
bien française du respect de la vie privée. D’ailleurs, depuis son élection, les médias français sont restés étonnamment discrets sur le séjour d’étudiant de François Hollande aux Etats-Unis, se
contentant de relater ses souvenirs de hamburger et de sauce barbecue… Dommage, car certains de nos plus éminents patrons de presse sont eux-mêmes des anciens du programme Young leaders,
voire des copains de promo du président ou de ses ministres – tels Laurent Joffrin (« Le Nouvel Observateur »), Denis Olivennes (Europe 1, « Paris Match » et «
Journal du Dimanche »), Matthieu Pigasse, Louis Dreyfus ou Erik Izraelewicz (« Le Monde »)… Ceux qui s’inquiétaient d’un virage anti-atlantiste
de François Hollande peuvent se rassurer. Les intérêts des Etats-Unis ont rarement été aussi bien gardés.


Patrick Cousteau



Article de l’hebdomadaire “Minute” du 27 juin 2012 reproduit avec son aimable autorisation. En kiosque ou sur Internet.


 



Pour connaitre la vérité pour savoir ce que les mondialistes préparent ;écoutez Nigel farage!!!In ne faut pas oublier que Barroso a été mis à la tête de l'uerss par les Etats Unis



Epicure 30/06/2012 09:31


Quand on est dans le Dreaming State on est dans une paralysie complète.


La pensée, elle, s'active, mais en deça de notre volonté. Ainsi les Français et autres sudistes !


Attendons le réveil brutal mais efficace qui remettra ces infa,ntiles et paresseux pays dans le réel de l'etat de Veille!

mfh 30/06/2012 00:03


angela va peut etre finir par reprendre des marques....en reprenant...ses marks....mf

Claude Germain V 29/06/2012 20:32


Employons peut etre un mot qui convient mieux ,peut etre : Schizophrénie ,si c'est cela grave ,grave parce que je pense que la situation que l'on nous presente est
egalement un lavage de cerveaux en ce qui nous concerne .ON !!!se fout de nous pour ne pas dire autre chose .........plus ça va
mal ,plus l'Europe trouve des milliards ,,, Merde !!!! ça suffit !!! il vient d'ou ce fric ??? plus c'est la cata ,plus il y a de fric ,on nous prend pour quoi ??qui veut rendre
qui schizophrene ??? tous ces beau parleurs de hauts techniciens de la finance qui viennent TOUS LES JOURS nous raconter leur apocalypse ...ça va durer jusqu'a quand ces conneries ? Il n'y en a
pas un qui va reellement nous donner la date de la cata ? un sur de lui ,un vrai ? combien se remplissent les poches par des annonces bidons ,des bouquins ou des lettres hebdomadaires qui ne
remplissent que leurs poches grace a la credulité publique ....MERDE !!!!! que ça pete une bonne fois pour toute ,que l'on regle nos problemes a coups de paves ou d'autres chose ,mais que l'on en
finisse de voir TOUS CES VIEUX CONgres DE MERDE SE CONGRATULER TOUS LES 2 JOURS .