La Bavière veut démythifier Mein Kampf

Publié le 27 Avril 2012


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Une version sera annotée par des historiens, avant un retour dans le domaine public en 2015.

 

 

 

L’Allemagne aura attendu près de soixante-dix ans, depuis la mort d’Adolf Hitler, avant d’oser s’attaquer à l’un des tabous les plus lourds de son histoire. Après en avoir interdit la publication depuis 1945, la Bavière s’apprête à rééditer Mein Kampf, le brûlot fondateur du nazisme, dans une version assortie de commentaires historiques.  Une édition spécialement adaptée de l’ouvrage, rédigé par le Führer lors d’un séjour en prison en 1924 après une tentative de putsch, sera aussi distribuée dans les écoles bavaroises.

 

Depuis que les alliés lui ont confié les droits de Mein Kampf à la fin de la guerre, l’État régional de Bavière a systématiquement interdit la publication de l’ouvrage, traduit en 16 langues et vendu à près de 10 millions d’exemplaires jusqu’en 1945. La Bavière espérait ainsi éviter la diffusion des idées d’Hitler et toute récupération par des groupuscules néonazis. Cependant, le livre, qui est facilement consultable sur Internet, doit tomber dans le domaine public fin 2015, soit soixante-dix ans après la mort d’Adolf Hitller. Et rien n’aurait pu empêcher sa publication à partir de 2016.

La Bavière s’est donc décidée à prendre les devants. Le ministre des Finances bavarois, Markus Söder, a annoncé que la décision avait été prise après plusieurs discussions, notamment avec des juristes, et afin de «démythifier» cet ouvrage qui mêle des éléments autobiographiques et les fondements de l’idéologie nazie. «Nous voulons clairement montrer à quel point ce livre, aux conséquences catastrophiques, est absurde», a-t-il souligné à propos de l’ouvrage qui a servi de base à la politique génocidaire du IIIe Reich.

«Ne pas sous-estimer le danger»

«Mon Combat»sera annoté de commentaires d’historiens qui ont déjà entamé leurs travaux. Une édition en anglais, un livre électronique et un livre audio sont également à l’étude. Et une version simplifiée, destinée aux écoles, verra également le jour, pour éduquer la jeunesse à propos de l’antisémitisme dans les écoles bavaroises. L’État bavarois va mettre 500.000 euros sur la table pour ­financer ce projet.

Le président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, Dieter Graumann, a salué l’initiative. «S’il doit être réédité, je préfère qu’il le soit dans une version de l’État régional de Bavière avec des commentaires de personnes compétentes plutôt que de voir certains faire de l’argent avec les nazis», a-t-il dit. L’antenne berlinoise de l’American Jewish Committee, Deidre Berger, a toutefois averti qu’il ne fallait pas «sous-estimer le danger potentiel» représenté par ce livre. «Le mieux, selon moi, serait que ce livre ne soit pas lu du tout, souligne Graumann. Mais il y a Internet, il y a la date de 2015.»

La fin programmée de l’interdiction de Mein Kampfsuscite un débat en Allemagne, en particulier en Bavière où Hitler commit une tentative de coup d’État qui le fit connaître en 1923. Début mars, une revue éditée par le Britannique Peter McGee, Zeitungszeugen, avait voulu republier des passages de l’ouvrage controversé assortis de commentaires d’historiens.

Mais la Bavière avait fait interdire cette publication, redoutant que le projet puisse servir les écrits du dictateur.

 

Le Figaro.fr 

De notre correspondant à Berlin

26/04/2012

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Le Nazislamisme

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S. Dekerle 27/04/2012 19:46


Un livre qui fera Führer chez les musulmans...