La Chine s'est réveillée, le savons-nous vraiment?

Publié le 14 Mai 2010

 

           Depuis quelques jours je suis en Chine! Plus exactement à Pekin, qui s'appelle en réalité bejing. Cette ville est une immense métropole qui est en chantier permanent. je suis fasciné par cette ville au travail. Des millions de personnes circulent, travaillent, mangent, font la fête. Sur les visages aucune terreur, aucun ventre affamé, la misère n'est pas apparente si la misère existe à Pékin.

Paris n'est pas la France c'est certain. Pékin n'est sûrement pas la Chine. Pour autant, je suis étonné de la facilité de circuler, de se déplacer, d'aller ou bon me semble. Du moins me semble t'il. En effet, la police est omniprésente. Le moindre passage souterrain fait l'objet d'un contrôle des bagages. Le métro est sous scanner également. Des policier en civil sont sur les marchés. Ils restent discret mais ne passent pas inaperçus du fait des badges. Aucune pression, aucun regard suspect. Vous circulez tranquillement pour peu que vous vous pliez aux règles. Il est clair que je n'ai pas tenté de m'y soustraire. Les gens s'amusent dans la rue, se font prendre en photos avec les nombreux militaires figés aux gardes-à-vous sur la Place Tian amnem.

Première impression: mon anti-communisme primaire en prend un coup. J'avais visité Pékin il y a 10 ans. La ville était déjà immense mais le touriste lambda du groupe auquel j'appartenais ne voyait que les musées, les cités, les parcs, la grande muraille tout celà, encadrait gentiment par un guide qui nous laissait peu de temps. Ce qui fait que j'avais aimé la ville mais je n'avais pas été confronté à la vie des gens dans la rue.

Aujourd'hui, je suis seul dans Pékin. Un billet d'avion dans une agence, un visa au consulat de Chine, une première nuit à l'hôtel et me voilà dans les rues de Pékin. Sans difficulté autre que la barrière de la langue. Je ne parle pas l'anglais et le français est une langue inconnue par ici. Tout juste sait-on que la France existe. C'est ma deuxième impression désagréable.

La France, ma France est si petite que si elle éternue, la Chine ne l'entend pas! A la télévision chinoise, pas un mot sur la France, rien sur l'Europe, la Grèce, la crise, le volcan islandais. Rien, hormis l'Angleterre et ses élections.

Durant ces quelques jours et mes conversations avec des français ou des Africains francophones vivant en Chine ou travaillant à Pékin je suis arrivé à la triste conclusion que la France n'est plus du tout ce que les français s'imaginent.

J'avais déjà eu cette sensation de malaise ailleurs comme au Canada mais cette impression se confirme violemment. Nous, les français, ne nous regardons pas sur la scène internationale à la hauteur de notre véritable influence. Nous sommes des nains alors nous nous voulons géants parce que nous l'avons été un jour.

On ne peut être et avoir été. C'est à dire un géant militaire et économique. Ce n'est plus le cas y compris avec cette embryon d'Europe impuissante et sans pouvoir en dehors des directives internes qui pourrissent les Etats nations.

Aujourd'hui, je vis dans un pays qui dictera demain ses volontés et aura l'influence nécessaire pour bouger au delà de la marge les réalités du monde de demain.

A l'heure ou j'écris, on commémore en France le 08 Mai 1940. L'appel du 18 juin du général de Gaulle dernier homme politique français qui avait une certaine idée de la France. Ce n'est pas pour rien que le général de Gaulle est connu en Chine. Ce n'est pas le cas des autres Présidents qui se sont succédés par la suite.

Cette grandeur de la France a été noyée dans la volonté européenne de lisser vers le bas les Nations qui la composent. Elle n'est plus qu'une vue de l'esprit.

La Chine ne m'a pas rendu europhile loin de là. Je reste persuadé que la France aurait pu devenir ou rester la France dans une Europe des nations plutôt qu'une province européenne impuissante demandant les autorisations pour simplement baisser sa TVA qui devrait pourtant être l'apanage de la souveraineté d'un peuple. Une autorisation demandée à 27 peuples dont certains ne représentent même pas la force économique d'un département français. C'est tout dire de l'aberration du système européen qui nécessite obligatoirement l'aval d'un pays mineur.

Demander une autorisation nous, qui avons été l'un des pays les plus puissants de ce monde pendant prés de mille ans et l'équivalent des Etats-Unis il y a 200 ans. Quel retournement, quel chute. A qui la faute?

J'ai conscience qu'il ne faut pas vivre dans le passé, ne pas regretter les erreurs. Toutefois, il m'est encore permis de me poser des questions sur les responsabilités des gouvernements qui nous ont mis dans cette situation de nain économique et militaire. Certes, on me rétorquera que nous somme la cinquième puissance militaire, grâce à Charles de Gaulle qui l'imposa contre les politiques du moment. Sans doute que dans 10 ans, nous n'existerons plus sans demander l'autorisation à l'OTAN, à l'Amérique, à l'Europe. Autorisations qui auraient révulsées le général de Gaulle.

On me dira que nous sommes une puissance économique mais nous ne cessons de baisser depuis les trente dernières années sur l'échelle des puissances. Dans 10 ans que serons-nous d'autres qu'une province économique pour passer des vacances sur l'échiquier mondial? Il nous restera le vin (et encore?), les chateaux de la Loire, la bonne cuisine, le joli mois de mai et les plages. J'ai rencontré une Libano-chinoise qui me disait combien la France est chère et combien les services ne sont pas à la hauteur par rapport à la Chine, Singapour, etc.


Toutefois, il restera les syndicats qui appelleront à la grève, le parti socialiste, des associations qui termineront le travail d'amoindrissement de l'idée de Nation et de fierté au non de l'antiracisme et de la nécessaire repentance des fautes commises il y a 400 ou 200 ans.

Pendant ce temps là, le monde avance sans nous et malgré nous. Je suis effaré de voir la technologie bon marché en vente dans les magasins. Du matériel Hi-Fi derniers cris qui n'existent pas encore dans nos rayons. des mobiles I-phone et autres Nokia à 30€, des voitures de luxe bien sûr mais aussi bien d'autres. Les marques ne sont pas françaises. Elles sont coréennes, japonaises, américaines et allemandes. Quelques rares Peugeots et Citroen. Si rare qu'on les recherche par jeux.

Les francophones s'amusent de mon effarement. Eux vivent là depuis plusieurs mois où ils travaillent dans des ambassades ou dans des entreprises. Ils s'amusent de voir le touriste que je suis, prendre conscience de la marche énorme qu'il y a entre ce que j'imaginais et la réalité. La Chine n'a rien à envier, elle a déjà tout et ce n'est pas fini apparemment.

Décidément, l'air de la Chine me rend pessimiste pour l'avenir de mon pays. Dans quelques jours ce sera le retour dans mon petit pays et ses soucis comme les réformes qui patinent et les intellectuels et autres associatifs et politiques qui seront encore à gamberger pour savoir comment réduire les marges de manœuvre du gouvernement. Comme d'habitude en somme!


Gérard Brazon

 

 

Rédigé par Gérard Brazon

Publié dans #Politique Française

Commenter cet article